À Herning, King Henrik et King Edward conquièrent enfin une couronne d’or en individuel !

14 August 2022Auteur : Mélina Massias

Les championnats du monde de Herning se sont achevés en apothéose pour Henrik von Eckermann. Grand favori pour le titre individuel, avant même le début de la compétition, le Suédois, déjà en or collectivement vendredi à la suite de l’épreuve par équipe, a tenu son rang de numéro un mondial pour s’emparer d’une seconde médaille d’or. Ces titres de champion du monde, il a pu les glaner grâce à son King Edward, ovni parmi les ovnis, et seul cheval de cette échéance à avoir conservé son score de la Chasse intact. Deuxième, Jérôme Guéry a vécu, de son propre aveu, le plus beau jour de sa carrière, en s’emparant de l’argent avec Quel Homme de Hus. Comme à Tokyo, le podium est complété par Maikel van der Vleuten et Beauville Z. Jusqu’au bout, il y aura eu du suspense au Danemark, où ces Mondiaux, orchestrés par le chef de piste Louis Konickx et ses équipes, n’ont connu aucune fausse note tout au long de la semaine.

“King Edward, je te suis redevable à vie.” Derrière ses grandes lunettes noires, Henrik von Eckermann n’a pas pu cacher son immense sourire et ses émotions, quelques secondes après avoir conquis le titre mondial individuel, à Herning, au Danemark, dimanche 14 août, face à un public largement coloré de jaune et bleu, couleurs de la Suède. Déjà sacré par équipe, l’actuel numéro un mondial n’a, cette fois, pas laissé le titre individuel lui échapper. Au bout du suspense, après un parcours où l'entièreté du stade Stutteri Ask a retenu son souffle, le Suédois a lancé son casque en l’air, après avoir coupé la ligne d’arrivée, célébrant une récompense attendue de longue date. “Ne pas avoir décroché une médaille individuelle a été une déception et le demeurera toujours, à chaque fois que j’y repenserai. Je ne verrais jamais cela comme une chose positive, même si c’était extraordinaire. Quoi qu’il en soit, je ne peux plus changer le cours des choses, alors, je me tourne vers l’avenir”, avait-t-il avoué, en mai dernier, faisant référence à son amer quatrième place individuelle aux Jeux olympiques de Tokyo.

La joie immense de Henrik von Eckermann à la fin de son second parcours du jour. © Sportfot

Il en avait fait son objectif majeur, il n’a pas tremblé et a conquis l’or mondial qui lui tendait les bras. En grand champion et homme de cheval qu’il est, le jeune père de famille n’a pas manqué de saluer son formidable, extraordinaire, extraterrestre King Edward. “Sans King Edward, on ne serait même pas proche de cela”, a-t-il déclaré, encore sans voix. Quel cheval peut se targuer d’avoir enchaîné deux championnats consécutifs sans renverser la moindre barre ? Et quel cavalier peut en faire de même ? Eux le peuvent. Et cette médaille d’or vaut peut-être bien plus qu’un sacre olympique. Sur un format sportif irréprochable, où toutes les fautes ont compté, de la Chasse, épreuve inaugurale, à la deuxième manche de la finale individuelle, et où le sport a été magnifié par un scénario parfait, l’absence d’images désagréables, et des parcours toujours extrêmement subtiles, signés Louis Konickx, les meilleurs ont été justement récompensés. Tout sourire avant de se hisser sur la plus haute marche du podium danois, le Suédois semblait presque peiner à réaliser l’ampleur de son exploit.

Les trois médaillés individuels. © Sportfot

Pourtant, s’il y avait bien un favori avant le début de cette échéance mondiale, c’était lui. Ou plutôt : c’étaient eux. Parce qu’en plus d’un pilote exceptionnel, il fallait un cheval hors-norme et une équipe dévouée. On parlera bien évidemment du rôle de sa compagne, la Suissesse Janika Sprunger, de son fils Noah, de toutes les personnes œuvrant autour de son crack, et surtout de sa groom, la Française Louise Barraud, à qui revient une partie de ce titre. Et on ne peut que saluer les efforts consentis par l’organisation de ces championnats, qui ont, toujours, mis à l’honneur les chevaux et les grooms, rouages essentiels de ce sport si spécial.

King Edward avait des ailes cette semaine. © FEI/Leanjo de Koster

Quel Homme de Hus s’offre SA médaille, Beauville confirme

Quel Homme de Hus, partenaire du Belge Jérôme Guéry, n’a rien à se reprocher. L’étalon bai foncé au charisme indéniable a mis le grappin sur une médaille individuelle, après avoir été sacré champion d’Europe collectivement à Rotterdam, en 2019, et s’être paré de bronze, toujours avec la Belgique, l’été dernier aux Jeux olympiques de Tokyo. Confié aux bons soins de Brianna Lobreau, qui a pris la relève de Kirsty Pascoe, longtemps à ses côtés, le fils de Quidam de Revel a réussi une excellente remontée. Bien lancé dans la Chasse avec un sans-faute et une huitième place provisoire, la paire a d’abord aligné un parcours à un point dans la première manche de la Coupe des nations, puis un clear round salvateur le lendemain. Si la Belgique est passée au travers collectivement, son couple de stars a tenu bon, allant jusqu’à signer l’un des quatre double zéro de la finale dominicale. Au bout du compte, avec leurs 3,35 points, tous deux se sont emparés de l’argent, juste derrière les rois du jour, crédités de 0,58 pénalité, dont ils avaient hérité après leur quatrième rang lors de l’épreuve de vitesse de mercredi.

Jérôme Guéry et Quel Homme de Hus. © FEI/Richard Juilliart

Que dire de la performance de Beauville Z, partenaire de Maikel van der Vleuten ? Si le petit hongre - formé en France par Xavier Hazebroucq, Jean Sébastien Ochin et Maxime Rius - et son pilote Néerlandais ont leur style bien à eux, force est de constater qu’ils ont encore franchi un cap cette semaine, un an après avoir empoché le bronze à Tokyo. Au Japon, pourtant, le format avait été bien différent. Cette fois, les deux complices ont tenu jusqu’au bout. Sans faire de bruit, ils ont compté sur le manque de régularité d’autres paires, pour se frayer, une nouvelle fois, un chemin sur le podium. Également médaillé d’argent par équipe, le hongre de douze ans avait un sacré costume à endosser, après la retraite de Verdi TN et la fin de carrière prématurée de Dana Blue. Aujourd’hui, ce costume semble parfaitement à sa taille.

Beauville Z, de nouveau en bronze. © FEI/Leanjo de Koster

Au pied du podium, Ben Maher pourra regretter les deux petites touchettes concédées par son adorable Faltic HB, douze ans, et au départ de son premier championnat. Vendredi soir, l’étalon avait bêtement fauté sur le premier oxer du parcours, avant de se faire piéger par un vertical aujourd’hui. Pour autant, avec une quatrième place à la clef, le protégé d’Oakhingam Stud, et prunelle de ses éleveurs, Marjoleine Huisman et Bert Brinkman, ne peut qu’être félicité ! Alors que le champion olympique Explosion W aurait dû affronter les cinq parcours de cette compétition, le petit bai a parfaitement pris le relais, ne baissant jamais de pied et faisant montre de toutes ses qualités. L’avenir s’annonce radieux, pour celui qui a prouvé qu’il était un vrai rival à son voisin d’écurie, d’autant qu’il n’évolue avec son pilote Britannique que depuis moins d’un an !

L'excellent Faltic HB a révélé son potentiel au monde entier. © Sportfot

Les absents ont souvent tort

Avant le coup d’envoi de cette dernière journée de compétition, on pouvait déjà regretter l’absence de plusieurs couples, pourtant classés parmi les vingt-cinq meilleurs et invités à se présenter une dernière fois face au public aujourd’hui. Mais, avec la concurrence toujours plus rude des divers circuits, à commencer par le Global Champions Tour, qui reprendra ses droits le week-end prochain après plusieurs semaines de pause, mais aussi des Coupes des nations, dont une étape est programmée à Dublin la semaine prochaine, plusieurs forfaits ont été enregistrés. Ainsi, Bertram Allen et Cian O’Connor, qui ne comptent que sur un cheval de Grand Prix en forme optimale, ont d’ores et déjà pris la route, direction l’Irlande, où ils défendront leurs couleurs dans l’épreuve collective de l’Officiel d’Irlande. Sanne Thijssen, qui aurait pu être repêchée, a préféré économiser son Con Quidam RB, seize ans, tout comme Peder Fredricson, dont le précieux H&M All In de Vinck était apparu un peu en deçà de ses capacités vendredi. Christian Ahlmann aussi a préféré mettre un terme prématuré à son championnat. Peut-être verra-t-on son puissant étalon noir, Dominator 2000 Z, la semaine prochaine à Londres ? Si Yuri Mansur, septième au provisoire, avait sans doute fortement envie de défendre ses chances, après un formidable début de championnat avec QH Alfons Santo Antonio, la visite vétérinaire a contrecarré ses plans, tandis que son coéquipier, Marlon Modolo Zanotelli a jeté l’éponge. À cette liste, s'ajoutent également Julien Epaillard et Caracole de la Roque, qui avaient pourtant tenu la tête des opérations pendant deux jours, et Harry Charles, qui aurait pu présenter Roméo 88. Ces absents ont souvent justifié leur choix par la faible probabilité d’empocher une médaille. Pourtant, plusieurs de ces couples figuraient devant un certain Marcus Ehning, vingt-deuxième au provisoire avant la finale et les divers forfaits, puis premier des douze cavaliers à être revenus en piste pour l’ultime manche de ces Mondiaux. Avec 10,4 points, l’Allemand est remonté… au cinquième rang, au profit d’un superbe double sans-faute, réussi aux rênes du formidable Stargold, qui atteint, à onze ans, son plein potentiel. La médaille était-elle si loin ? Peut-être pas tant que ça. Malgré tout, ce scénario peut laisser quelques regrets au Centaure, qui avait signé une performance similaire, en 2019, à Rotterdam, avec le crack Comme Il Faut, déjà cinquième après… deux fautes dans la compétition par équipe et un double sans-faute aux obstacles dans la finale individuelle. Rageant !

La plus belle remontée de la journée a été l'oeuvre de Marcus Ehning, qui a d'ailleurs vécu un scénario similaire à celui des Européens de Rotterdam ! © Sportfot

Des rebondissements jusqu’au bout

Pendant l’acte initial de cette ultime journée de compétition, Louis Konickx a dû trembler, en voyant quatorze couples s’extirper sans encombre de son parcours. Auteur d’un championnat parfait, le Néerlandais s’est largement rattrapé, en offrant un scénario final absolument impeccable, plein de rebondissements, jusqu’au passage de l’avant-dernier duo, formé par Jens Fredricson et Markan Cosmopolit. Excellents depuis mercredi, après avoir terminé troisièmes de la finale de la Coupe du monde Longines de Leipzig un peu plus tôt cette année, tous deux ont failli, concédant treize points sur l’ultime parcours. Terrible pour la paire, finalement dixième. Derrière elle, Martin Fuchs, et son encore très jeune Leone Jei (ex Hay El Desta Ali), et Tiffany Foster, en selle sur Figor, complètent le top 12, alors qu’ils étaient des prétendants possibles à une médaille.

En première manche, la plus grande déception aura sans doute été celle de Daniel Bluman, alors sixième, et bien engagé avec son cher Ladriano Z, en très, très grande forme. Son grand bai a étrangement refusé le mur numéro 3, lui coûtant un sans-faute et une place pour le second tour de la finale. Même sanction pour Scott Brash, Jur Vrieling, Ioli Mytilineou, Denis Lynch et Antonio Garofalo, ainsi que Harrie Smolders, Pius Schwizer et Lorenzo de Luca, qui, malgré de bons parcours, sont restés aux portes du top 12.

Ladriano Z a tout donné à son cavalier cette semaine au Danemark. © Sportfot

Malgré un parcours à six points en deuxième manche, après un splendide sans-faute en première, Jana Wargers a conclu ses premiers championnats du monde avec la manière, à la neuvième place. C’est bien simple, Limbridge, son cheval, n’a jamais semblé à l’effort sur le moindre obstacle, tout au long de la semaine. De belle augure pour la suite, d’autant plus que la souriante allemande vise les Jeux olympiques de Paris, en 2024, pour lesquels son escouade est déjà qualifiée. Juste devant, Nicola Philippaerts termine lui aussi sur une note positive, après avoir manqué de chance à plusieurs reprises sur la délicate Katanga v/d Digeshof. Avec son Cayman Jolly Jumper, qui a franchi quelques obstacles de façon complètement folle, Simon Delestre conclu au septième rang, juste derrière Max Kühner. L’Autrichien a craqué lors de son dernier parcours avec Elektric Blue P, qui faisait pourtant une très bonne impression. De la quatrième à la huitième position de ce classement définitif, moins d’une barre sépare les différents couples. C’est dire si cette échéance mondiale a tenu ses promesses… jusqu’au bout !

Max Kühner et Elektric Blue P ont terminé sixièmes. © Sportfot 

Les résultats complets ici.

Photo à la Une : La joie d’Henrik von Eckermann, qui récompense son crack King Edward d’un câlin après son titre de champion du monde. © Sportfot

AuteurMélina Massias