“J’espère atteindre le plus haut niveau et refaire des Coupes des nations”, Fanny Guerdat Skalli (1/2)

06 August 2022Auteur : Mélina Massias

Fraîchement mariée, maman d’une adorable petite fille et entourée de chevaux de qualité, Fanny Guerdat Skalli mène une vie idyllique. Installée à Elgg, près de Zurich, aux côtés de son époux, le champion olympique Steve Guerdat, la Française trace sa route et se forge son propre nom. Après avoir remporté son premier flot au niveau 5* il y a un an, celle qui n’a pas caché avoir traversé quelques mois plus difficiles cette année revient en force, avec la farouche volonté de gravir les échelons, sans griller les étapes. Avec toute la franchise qui la caractérise, la récente lauréate du Grand Prix 2* de Courrière s’est livrée sur ses ambitions, ses cracks, ses années Jeunes, mais aussi sur sa vision sur le bien-être animal ou encore l’élevage. Entretien en deux épisodes.

Avec quels objectifs êtes-vous venue à Dinard ?

Je suis accompagnée de quatre chevaux ici, avec lesquels je recherche avant tout la régularité. J’apprends encore à connaître ma nouvelle jument de neuf ans (Diana du Langrier, SF, Dandy du Marais II x Chef Rouge, ndlr). Jonka-A (BWP, Cardento x Chin Chin), ma jument de Grand Prix est aussi ici. Le premier parcours ne s’est pas passé comme je l’aurais voulu (la paire est sortie de piste avec douze points, ndlr), mais nous nous sommes rattrapées hier (entretien réalisé le samedi 30 juillet, ndlr). Elle a super bien sauté et répondait parfaitement à toutes mes demandes (toutes deux n’ont concédé qu’une faute dans une épreuve relevée vendredi, avant de se classer sixièmes du Grand Prix 3* dimanche, ndlr). Mes jeunes chevaux (Freud de Kreisker, SCSL, Taalex x Diamant de Semilly, et Katja Loma W, KWPN, Cardento x Quidam B Z, ndlr) restent très réguliers et nous sommes ravis de pouvoir compter sur de telles montures de sept ans.

Pouvez-vous nous parler un peu plus des quatre chevaux qui vous accompagnent ce week-end ?

J’ai acheté Jonka en octobre 2019, lorsqu’elle avait dix ans, à Daniel Etter, l’un des meilleurs amis de Steve (Guerdat, son époux, ndlr). Je l’ai vue en vidéo et j’ai craqué. Je l’ai essayée et nous sommes tombées amoureuses l’une de l’autre. Nous formons un couple depuis bientôt trois ans et tout se passe super bien. Elle m’a permis de courir des épreuves que je n’avais jamais disputées auparavant. Elle est désormais âgée de treize ans et j'espère qu’elle restera en forme encore longtemps. J’ai également Diana du Langrier, qui a neuf ans et que j’ai achetée il y a trois mois. Nous essayons de former un couple et j’espère qu’elle pourra épauler Jonka à l’avenir. J’ai la chance d’avoir cinq chevaux de sept ans dans mon piquet, donc certains sont restés à la maison. Mon père a acheté Freud de Kreisker à trois ans. Il est assez incroyable, très démonstratif et montre beaucoup de qualités. Il progresse incroyablement bien. Au départ, il n’avait pas un geste des antérieurs parfait, mais il se range de plus en plus. Je n’ai jamais monté un cheval d’une telle qualité. Katja Loma, elle, est encore différente. C’est un petit chat. Elle est presque toujours sans-faute. Ces deux derniers week-ends, elle n’a pas touché une barre. Je l’ai achetée à Carlos Pinto en début d’année et j’ai beaucoup de chance de pouvoir la monter.

Diana du Langrier, la nouvelle recrue de Fanny Guerdat-Skalli.

“Cela faisait un moment que je n’étais pas à 100% avec mes chevaux”

À quoi va ressembler la suite de votre saison ?

J’ai la chance de participer au CSI 3* de Herning, en parallèle des championnats du monde (dont les épreuves de saut d’obstacles débuteront le mercredi 10 août, ndlr). Je pourrais ainsi soutenir Steve pendant les championnats, tout en concourant de mon côté. Je serais accompagnée de Jonka et Diana. Ensuite, j’aimerais participer au concours de Bruxelles, chez Stephan Conter, puis nous verrons comment se portent les chevaux. Je vais également continuer à former mes jeunes. Je ne peux pas tous les emmener à chaque fois ; il faut faire des choix. Je devrais également participer à des épreuves nationales en Suisse. J’espère pouvoir participer une nouvelle fois au CHI de Genève, pourquoi pas en 5*, en fin d’année, avec Jonka. Globalement, je vais continuer à évoluer en 3*, en essayant d’obtenir de bons résultats et de monter les marches petit à petit. J’espère prendre part à des épreuves 5* d’ici peu.

Un an après avoir gagné votre premier flot 5*, aux Masters de Chantilly, cela doit vous donner envie d’agrandir votre collection…

Les deux 5* que j’ai disputé l’année dernière se sont plutôt bien déroulés. Nous avons eu des hauts et des bas avec Jonka, mais elle a toujours répondu présent dans les moments où il faut être à 100%. J’ai beaucoup de chance de pouvoir compter sur elle pour évoluer. Malheureusement, elle est pour l’instant la seule en mesure de courir ces grosses épreuves. Mais la relève arrive !

Le sourire de la Française après son premier classement en 5*, il y a tout juste un an.

Quels sont vos rêves et objectifs sportifs, à plus ou moins long terme ?

Nous avons tous des rêves, peut-être parfois un peu trop grands. J’espère atteindre le plus haut niveau et refaire des Coupes des nations, cette fois-ci en Séniors. J’en ai déjà fait lors de mes années à Poneys, puis Juniors et Jeunes Cavaliers. J’espère connaître cela encore une fois. J’aimerai arriver au niveau 5*. En ce moment, je m’attache à être régulière avec mes chevaux et dans mes classements, tout en montant correctement. Et ce n’est pas toujours facile dans ce sport !

Il y a quelques semaines, vous avez remporté le Grand Prix 2* de Courrière avec Jonka-A. Comment avez-vous vécu cette victoire, qui a dû être d’autant plus particulière que vous avez traversé une période un peu plus compliquée ces dernier temps ? 

On l’attendait avec impatience ! Cela faisait un moment que je n’étais pas à 100% avec mes chevaux. Je recherchais la perfection, et, malheureusement, lorsqu’on se lance dans cette quête, on obtient souvent l’inverse. Et c’est ce qu’il s’est passé avec Jonka en Grands Prix. Je suis passée à côté de plusieurs épreuves avant notre victoire à Courrière. Lorsque j’ai vu qu’il n’y avait que deux sans-faute dans le Grand Prix à la pause, alors que tous les cavaliers présents étaient plutôt expérimentés, je me suis dit que ça n’allait pas bien se passer. Puis j’ai pensé positif, et, comme dit souvent mon coach mental, le positif amène le positif. Cette victoire nous a fait du bien. Jonka est juste extraordinaire ; elle fait toujours de son mieux.

“Il est toujours bon de savoir que les sportifs rencontrent également des moments de bas”

Vous êtes très présente sur les réseaux sociaux, notamment sur Instagram. Bien que votre communauté regroupe plus de quarante mille personnes, vous semblez toujours très transparente sur vos résultats et n’hésitez pas à évoquer vos moments de doutes. Ne craignez-vous pas d’être confrontée aux critiques des internautes ?

Il y a du positif et du négatif dans les réseaux sociaux. J’aime être transparente et ma communauté est très bienveillante avec moi. D’ailleurs, je la remercie ! Je ne suis que très peu confrontée à de mauvaises personnes. Je suis de nature assez franche et honnête. Je pense qu’il est toujours bon de savoir que les sportifs comme nous rencontrent également des moments de bas. Oui, parfois nous touchons le fond du trou et nous devons remonter la pente. Ce n’est pas toujours facile. Nous sommes humains ; nous ne sommes pas des robots. J’ai la chance d’avoir beaucoup de chevaux de qualité, mais ce n’est pas pour autant que je ne fais pas d’erreurs. J’en commets, c’est humain. Et je pense qu’il faut aussi le dire. Il y a parfois des Grands Prix qui ne se passent pas bien, nous pouvons avoir un sentiment moins bon, etc. Mais lorsqu’on obtient une victoire comme celle de Courrière, on est sur notre nuage. C’est juste kiffant ! Il y a des hauts et des bas dans la vie, d’autant plus dans l’équitation. Tout n’est pas toujours parfait, tout beau tout rose. Au contraire. Nous travaillons tous les jours, montons à cheval trois cent soixante-cinq jours par an, ne prenons pas de vacances, etc. Les chevaux sont notre passion et notre métier. Nous avons la chance de pouvoir faire ce que nous aimons, mais il n’y a pas que des moments de bonheur. Et cela nous fait aussi avancer.

Le très remarqué Freud de Kreisker.

Vous êtes désormais encadrée par un coach mental. Comment en êtes-vous venue à explorer cet aspect du sport ?

Martin, mon coach mental, est une personne que je connais depuis que je suis toute petite. Il m’a connue à l’adolescence. Depuis quelque temps, mes résultats n’étaient pas du tout en adéquation avec le travail que je fournissais à la maison. Je pensais pouvoir gérer cette phase-là toute seule, mais j’ai eu besoin de parler à quelqu’un de complètement extérieur à tout cela. Sur un coup de tête, je lui ai proposé de travailler avec lui. Et il était partant. Cela fait deux mois qu’il m’aide, et pour l’instant nous mettons l’accent sur la régularité. Je pense que nous sommes en bonne voie pour atteindre ce premier objectif.

En fin d’année dernière, vous confiez à GRANDPRIX.info espérer pouvoir un jour dire que cavalière professionnelle est votre métier. Où en êtes-vous dans cette quête ?

Je suis sur la bonne voie. Avec Steve, nous essayons de faire un peu de commerce et de vendre des chevaux. J’aime beaucoup chercher des jeunes chevaux et voir s’ils peuvent convenir à notre clientèle. Nous sommes ouverts à plusieurs catégories de chevaux, pas seulement à des cracks. D’ailleurs, le crack ne se trouve pas, il se forme. C’est ce que Steve essaye de m’inculquer. Pour dire que cavalière professionnelle est mon métier, il faut que cette activité-là me rapporte de l’argent. Je ne rentre toujours pas dans mes frais, mais j’essaye de développer le commerce et d’ouvrir des portes à notre écurie. Nous essayons de faire les choses bien et cela fonctionne pas mal.

Vous semblez particulièrement attachée à vos chevaux sur le plan émotionnel. Cela ne doit pas être simple de les laisser partir vers de nouveaux horizons, même lorsqu’ils sont destinés à la vente…

C’est très difficile. J’ai la chance de pouvoir conserver mes chevaux, notamment parce que mon père est impliqué dans l’élevage. Il achète également des jeunes chevaux et nous avons un très bon formateur en Normandie. Cependant, je suis plus vendeuse que mon papa ou Steve ne le sont. Lorsque nous avons de bonnes montures, nous avons tous envie de les garder, mais nous ne sommes pas idiots. Nous devons parfois les laisser partir. Que ce soit Anthony (Bourquard, ndlr), le cavalier de Steve, Steve ou moi, nous devons vendre nos chevaux. C’est notre métier. Nous ne les faisons pas essayer à n’importe qui. Nous avons des chevaux de qualité, donc il est parfois difficile de trouver de bonnes maisons, mais nous prenons le temps et ne faisons pas n’importe quoi. Il y a beaucoup d’émotions lorsque nous formons un cheval et le voyons partir, d’autant plus lorsque nous les aimons comme nous. Heureusement, nous ne les vendons pas tous. Par exemple, Jonka et Freud ne seront jamais à vendre.

Une caresse bien méritée pour Katja Loma après un nouveau double sans-faute. 

“Je suis assez compétitrice, alors, lorsque je ne suis pas performante, cela m’énerve”

Quel a été votre premier souvenir avec les chevaux et comment avez-vous découvert cet univers ? 

Ma maman est passionnée d’équitation depuis qu’elle est toute petite. Elle nous a appris, à ma sœur (Marion Skalli, qui évolue régulièrement au niveau 2 et 3*, ndlr) et moi, à monter à cheval. Mon beau-père (Gérard Marragou, ndlr) est un ancien cavalier de haut niveau. Il a évolué en première ligue en saut d’obstacles et nous entraîne avec ma sœur. C’est vraiment une grande histoire de famille : mon père est éleveur, mon beau-père entraîneur et ma mère, ma nounou, ma fille et ma belle-famille sont passionnés par les chevaux.

À quel moment avez-vous su que vous vouliez faire du métier de cavalière votre activité principale ?

J’ai arrêté l’équitation pendant quelque temps, à une période de ma vie où je n’obtenais pas les résultats que j’espérais. Je suis assez compétitrice, alors, lorsque je ne suis pas performante, cela m’énerve. J’ai intégré une école de théâtre, les Cours Florent, à Paris. Mais l’équitation m’a vite rattrapée, puisqu’à ce moment-là, Steve et moi nous sommes mis ensemble. Là, je me suis dit “ok, je vais finir mon année scolaire, mais je sais que l’équitation est ma voie”. J’avais juste besoin d’en être sûre.

Dans le Grand Prix 3* de Dinard, Fanny Guerdat-Skalli et Jonka-A ont laissé échapper quatre points au barrage... en renversant un chandelier !

La suite de cet entretien est disponible ici. 

Crédit photo : © Mélina Massias. Photo à la Une : Fanny Guerdat-Skally et Jonka-A, sa jument de tête, ici à Dinard. 

AuteurMélina Massias