Notre site web utilise la publicite pour se financer. Soutenez nous en desactivant votre bloqueur de publicite. Merci !

Ondine de Grozieux, ou la formidable épopée d’une poulinière… Trotteur Français !

Elevage mardi 13 septembre 2022 Mélina Massias

Sous l’affixe “de Chez Nous”, Bernard Sainsardos a fait naître plusieurs chevaux performants, notamment sur le circuit national. Fidèle à sa seule et unique souche, qui descend de sa chère Ondine de Grozieux, le Tarn-et-Garonnais est ainsi à l’origine de deux montures ayant obtenu un indice de performance supérieur à 150. Pas mal, pour une production encore jeune. Mieux encore lorsque l’on réalise que sa matrone est en réalité enregistrée au stud-book du… Trotteur Français ! Croisée à des étalons confirmés, la petite baie de vingt ans au caractère affirmé a marqué sa production, qui se démarque principalement sur le circuit national. Retour sur une histoire pas comme les autres.

Rien ne prédestinait vraiment Ondine de Grozieux à produire deux chevaux crédités d’un ISO supérieur à 150, et plusieurs autres jeunes montures prometteuses. Née en 2002, chez Éric Benoist, en Moselle, cette petite jument aurait en effet dû connaître une belle carrière… sur les champs de course ! Issue du croisement entre Bisolo et Bavaria, Ondine de Grozieux est une digne représentante du stud-book Trotteur Français. Pourtant, la baie a connu un destin bien différent, en croisant la route de Bernard Sainsardos, il y a maintenant plusieurs années.

“Mon père avait des chevaux et, comme tout le monde, je faisais des promenades. Puis j’ai commencé à sauter et à faire des petits concours, avant d’en arriver là. Nous avons toujours eu une poulinière, mais rien de plus. Un jour, un ami est venu me présenter une Trotteuse qui avait de vraies qualités à l’obstacles. Je l’ai achetée pour la faire saillir. Elle était petite, mais avait une jolie tête”, se souvient l’ancien cavalier professionnel, retraité mais toujours redoutable sur les terrains de concours. Installé dans le Tarn-et-Garonne, à Lamagistère, une petite commune située à l’Ouest du département, ce discret passionné a fait naître une vingtaine de produits. S’il s’était déjà brièvement essayé à l’élevage au début des années 90 avec la Selle Français Tosca de Campredon, l’aventure a pris une tout autre tournure grâce à la fameuse Ondine.

Grivna de Chez Nous, une fille de Cornet Obolensky et Ondine de Grozieux à Fontainebleau. © Mélina Massias

[revivead zoneid=48][/revivead]

Un, Venant et Alaïd, premières pépites d’une production encore jeune

Acquise pour ses qualités, et non pas “pour ses origines”, comme s’en amuse son heureux propriétaire, la Trotteur Français va rapidement s'illustrer à l’élevage. À cinq ans, la baie est inséminée par Kannan et donne naissance, en 2008, à Un de Chez Nous, son meilleur produit à l’heure actuelle. Sous la selle de son naisseur, qui l’a formé de A à Z et continue à le faire briller en concours, le bai a évolué jusqu’à 1,45m, se montrant particulièrement redoutable à 1,35 et 1,40m et obtenant un ISO 155 en en 2017. 

Un de Chez Nous, lors de sa victoire dans le Grand Prix à 1,40m du CSI 1* de Blaye, en 2019. © GRANDPRIX.tv

L’année suivante, Ondine donne naissance au propre frère d’Un de Chez Nous, Venant de Chez Nous (ISO 137). Formé par Bernard Sainsardos lui-même, ce dernier est désormais le complice d’une autre amazone. “Venant est en région toulousaine et est un bon gagnant. Il vient d’ailleurs de remporter une épreuve à 1,40m (à Perpignan, ndlr) avec Julie Fradin”, apprécie l’éleveur. En s’imposant dans ce Grand Prix Pro 1, le 28 août dernier, Venant a offert à sa cavalière la plus belle victoire de sa carrière, après avoir battu quelques excellentes montures, à l’image de Diane du Roch, une soeur utérine de l’olympique Urvoso du Roch, ou encore Velvote des Aubiers, remarquée jusqu’en CSI 5* à 1,55m la saison passée avec Olivier Robert.

Julie Fradin et Venant de Chez Nous lors de leur dernière victoire à 1,40m. 

Après Un et Venant, Ondine a produit, coup sur coup, une troisième excellente jument : Alaïd de Chez Nous (ISO 151). Lancée, elle aussi, en compétition par son éleveur, propriétaire et alors cavalier, la baie a rapidement montré l’étendue de son talent, se classant déjà à 1,40m à sept ans. À huit ans, cette fille d’Ogano Sitte a pris la direction des écuries de Samantha McIntosh, alors installée dans l’Hexagone et titulaire d’une licence française. Sous la selle de la Néo-zélandaise, Alaïd a été jusqu’à disputer une étape Coupe du monde de niveau CSIO 4*-W à Rabat, et a surtout remporté l’étape de Taupo, en décembre 2020.

Alaid de Chez Nous. © Sportfot

Avec ces trois seuls premiers produits, la qualité de reproductrice d’Ondine de Grozieux est déjà remarquable. Certes, l’atypique jument n’a pas donné naissance à trois champions olympiques, mais ses descendants se sont tous montrés performants à leur niveau, ce qui est sans doute la plus grande qualité d’un cheval de concours. Mais la folle épopée de cette poulinière prédestinée aux courses ne s’arrête pas là. Entre 2012 et 2021, Ondine a donné huit autres produits, qui montrent, eux aussi, beaucoup de qualités, tandis que ses filles, ont, à leur tour, pris la relève à l’élevage.

Helle de Chez Nous, lors d'une Préparatoire 1,20m cette saison. © GRANDPRIX.tv

[revivead zoneid=48][/revivead]

“C’est peut-être un coup de chance que j’ai eu avec cette jument”, glisse avec modestie Bernard Sainsardos, rencontré à Fontainebleau, où il présentait la plaisante Grivna de Chez Nous dans le championnat des six ans. Avec une faute lors de chaque manche, la grise, fille de Cornet Obolensky (ex Windows vh Costersveld) n’a pas accédé à la finale, mais a montré toute son aisance. “Elle est douée”, se réjouit son cavalier, qui peut également compter sur la toute bonne Ella (Ogano Sitte), qui disputait l’an passé le championnat des sept ans sur la piste bellifontaine avec Mélissa Garbail, Fanturo (Canturo), son cadet d’un an, ou encore Helle, une propre sœur de Grivna qu’il juge très prometteuse. “Ondine ne produit que des chevaux qui ont de la qualité de saut. En revanche, ils ne sont pas tous simples. Elle a elle-même un très fort caractère. Elle est coquine, maligne et donne des chevaux durs, solides”, détaille Bernard Sainsardos. “Dans la locomotion, certains de ses produits sont moins faciles que d’autres, mais cet apport de sang trotteur donne quand même des chevaux courageux, souvent plus rustiques que les autres, et avec de meilleures visites vétérinaires.”

La plaisante Grivna de Chez Nous, présentée sans artifice. © Mélina Massias

Si Ondine a soufflé sa vingtième bougie en début d’année, sa production reste jeune. En effet, la géniale mère a porté chacun de ses produits. Ainsi, après Helle sont nés Just de Chez Nous (Berlin), Kiarado de Chez Nous (Diarado) et Loly de Chez Nous (Comme Le Père). Et les gènes de la baie sont assurés d’être encore longtemps conservés, notamment grâce à ses nombreuses filles. Avant d'entamer sa carrière sportive, Ella a engendré Histoire de Chez Nous (Candy de Nantuel), qui a effectué quelques parcours à quatre et cinq ans. La délicate Capsella de Chez Nous (Lando), elle, est désormais poulinière à plein temps et a donné Idée (Vagabond de la Pomme), Krapule (Cornet’s Stern) et Lui de Chez Nous (Candy de Nantuel). Des étalons confirmés, donc, associé à cette lignée maternelle exotique. “Comme Ondine est petite, j’essaye de choisir des étalons avec un peu de modèle”, précise Bernard Sainsardos.


La toute bonne Ella de Chez Nous. © GRANDPRIX.tv

Ella de Chez Nous en sortie de piste après le championnat de France des sept ans en 2021 à Fontainebleau, sous la selle de Mélissa Garbail. © Mélina Massias

Les Trotteurs Français, anciennes figures de proue du saut d’obstacles

Par le passé, les Trotteurs Français, et plus encore leur sang, associé à d’autres races de chevaux de sport, étaient fortement représentés en saut d’obstacles. Dès lors, il n’était pas rare d’en croiser en compétition, et même à très bon niveau. En France, selon les données du SIRE, qui ne prennent pas toujours en compte les performances très anciennes, le meilleur représentant de ce stud-book en jumping est un certain Alban de Bellevue, crédité d’un ISO 168 sous la selle de… Bernard Sainsardos ! Pourtant, le Tarn-et-Garonnais, qui a également monté Canavo de la Noye, Cultivée, Atoll II ou Famestan du Breuil, tous issus d’une mère TF, l’assure : il ne court pas après cette race en particulier.

Grivna de Chez Nous. © Mélina Massias

[revivead zoneid=48][/revivead]

Toutefois, l’apport de cette génétique outcross peut toujours présenter des avantages. “Cela donne souvent des chevaux courageux. Il s’avère qu’Alban était très bon. Beaucoup de chevaux performants ont, en deux ou troisième génération, du Trotteur. On parle souvent de cas exceptionnels, comme avec Jappeloup (champion olympique en 1988 avec Pierre Durand, ndlr), mais il y a plusieurs exemples”, note Bernard Sainsardos. Dans la voie mâle, le stud-book Trotteur Français est forcément représenté par Galoubet A (Almé et Viti, TF x Nystag, TF). Plusieurs chevaux de haut niveau cachent également l’apport de ce sang du côté maternel. Croqsel de Blaignac, dont la souche ramène à Viti, la mère de Galoubet, en fait partie, tout comme Winnetou de la Hamente et Queensland E (ex Quinto de la Hamente), dont la grand-mère maternelle, Une de Pontmain était, elle aussi, initialement destinée aux courses de trot. La jeune Ispillia BC (Quabri de l’Isle), qualifiée pour la finale des quatre ans à Fontainebleau grâce à une saison couronnée de neuf parcours sans-faute sur dix, mais préservée cette année, est également issue d’une mère Trotteur Français, Nanny de Manzat. Chez Noblesse des Tess, lauréate de plusieurs Grands Prix internationaux sous selle saoudienne, le Trotteur Français se retrouve via sa grand-mère, Caline de Monts, tandis qu’El Diablo du Belver, un pur Trotteur Français de huit ans, évolue jusqu’en CSI 1* à 1,30m avec Romain Jehle.

 

Le barrage gagnant d'Alaïd de Chez Nous lors de la Coupe du monde de Taupo, en Nouvelle Zélande.

Et si cette génétique s'essouffle peu à peu au fil des années, il n’en reste pas moins quelques belles exceptions, à l’image d’Ondine. “Sa production est un peu un hasard, mais en sautant comme elle sautait, on pouvait espérer qu’elle transmette cette qualité”, reprend Bernard Sainsardos. “Lorsque le sang de Trotteur est aussi proche dans le papier, ce n’est pas l’idéal, mais cela reste intéressant.” En poursuivant le travail amorcé avec Ondine et ses filles, l’éleveur-cavalier peut continuer à rêver. “Nous voyons de plus en plus de très bons chevaux, notamment ici à Fontainebleau, dans les championnats des six et sept ans, par exemple. Tout s’améliore et les éleveurs font un bon travail. Mon élevage est une originalité ; c’est de chez nous”, sourit Bernard Sainsardos. Même si le sympathique pilote préfère rester dans l’ombre, sa réussite et celle des descendants de sa chère Ondine de Grozieux méritent bien d’être mis en lumière.

Photo à la Une : Bernard Sainsardos et Grivna de Chez Nous, une fille d’Ondine de Grozieux, à Fontainebleau. © Mélina Massias

[revivead zoneid=48][/revivead]