Gerrit Nieberg fait souffler un vent de fraîcheur sur la Mannschaft

16 May 2022Auteur : Mélina Massias

Auteur d’excellentes performances tout au long de sa jeune carrière, Gerrit Nieberg éclos au plus haut niveau depuis un peu plus d’un an. Porté par l’excellent, mais tout autant délicat, Ben 431, qui lui a permis de disputer son premier championnat majeur, début avril, à Leipzig, l’Allemand se construit progressivement un piquet de chevaux capable de l’épauler dans ses rêves les plus fous. Alors qu’il briguera une place dans la Mannschaft pour les Mondiaux de Herning, cet été au Danemark, le pilote de vingt-huit ans apparaît sérieux, déterminé et appliqué dans sa quête. En plus de son bouillonnant bai, il peut aussi compter sur Blues d’Aveline CH, un hongre de dix ans qui gravit progressivement les échelons, et d’autres jeunes montures toujours en formation. Rendez-vous était pris dans le charmant cadre de La Baule pour rencontrer ce sympathique cavalier.

Les rangs allemands ne dérogent pas à la règle. Comme la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, la Suisse et même la France, la Mannschaft se renouvelle et fait émerger de nouveaux visages au sein de son équipe A. Aux côtés des Christian Ahlmann, Daniel Deusser et autres Marcus Ehning, plusieurs jeunes pousses se fraient un chemin vers le très haut niveau. À l’image de Jana Wargers, Philippe Schulze Topphoff ou Christian Kukuk, Gerrit Nieberg arrive à pleine maturité. Âgé de vingt-huit ans, le jeune homme a défendu ses couleurs nationales pour la première fois lors d’un grand championnat début avril, à l’occasion de la finale de la Coupe du monde Longines. Treizième, Gerrit a signé la deuxième meilleure performance des siens lors de ce rendez-vous indoor. “C’était très spécial. J’ai déjà été chanceux d’obtenir mon ticket pour la finale ; j’ai été le dernier appelé, après quelques désistements. Ensuite, effectivement, nous avons passé un très bon week-end là-bas. C’était un sentiment particulier de prendre part à ma première finale de la Coupe du monde, devant mon public. Cela a plutôt bien fonctionné je crois”, sourit le discret cavalier. “Quatre des cinq cavaliers allemands disputaient leur première finale (contrairement à Marcus Ehning, qui en était à sa dix-neuvième finale, David Will, Gerrit, Philipp Schulze Topphoff et Christian Kukuk découvraient l’événement de l’intérieur, ndlr). La nouvelle génération arrive et nous avons aussi la chance de pouvoir conserver nos chevaux pour nous maintenir à ce niveau. C’est chouette de voir des nouveaux noms dans notre sport.” 

Ben 431 et Gerrit Nieberg à La Baule.

Rencontré entre deux épreuves à La Baule, où il disputait sa cinquième Coupe des nations, dans une équipe mêlant expérience et jeunesse, l’Allemand est loin des clichés qui peuvent parfois coller à la peau des Germaniques. Sympathique, Gerrit est enclin à la discussion, peu importe le sujet et la langue parlée. Pour sa première participation à l’Officiel de France, le jeune homme s’est classé quatrième de l’épreuve d’ouverture, avant de poursuivre sa prise d’expérience dans les temps forts de l’événement baulois. “Le concours est vraiment bien, l’atmosphère est plaisante. Le public est vraiment super. Après la pandémie liée au Covid, c’est une bonne chose de retrouver une compétition normale. Les encouragements nous poussent à nous surpasser en piste. Ici, tout le monde nous soutient et nous applaudit, ce qui est très appréciable. Hier (entretien réalisé samedi 7 mai, ndlr), nous avons disputé la Coupe des nations. J’ai commis deux fautes dans chaque manche. Cela aurait pu être un peu mieux, mais il s’agissait aussi d’une première à ce niveau pour mon cheval, Blues d’Aveline, donc j’étais plutôt content de lui”, a analysé le pilote, qui figurait au départ de l’épreuve collective aux côtés de la jeune Jana Wargers et des chevronnés Hans-Dieter Dreher et Marcus Ehning. “C’est toujours bien d’avoir un mix entre de nouveaux visages et des cavaliers d’expérience. Nous en parlions hier : Marcus disputait sa quatre-vingt-douzième Coupe des nations, alors que je n’en étais qu’à ma cinquième (rires).” Et d’ajouter : “Je vais monter mon autre cheval, Ben, dans le Grand Prix. Nous avons déjà obtenu de bons résultats par le passé, alors, je croise les doigts pour demain.” Dimanche, Gerrit a renversé une fragile palanque dans le Grand Prix, terminant quinzième à l’issue d’un parcours d’une grande précision. Sa belle équitation lui a d’ailleurs déjà permis de s’offrir des classements dans de prestigieuses compétitions, à l’image du Grand Prix du mythique CSIO 5* d’Aix-la-Chapelle.

Blues d'Aveline CH dans sa première Coupe des nations 5*, à La Baule.

Une histoire de famille

Révélé il y a une poignée d'années grâce à l’étalon Contagio, retraité depuis début 2020, Gerrit Nieberg ne vient pas de nulle part. Comme beaucoup de jeunes pousses qui émergent ces derniers temps, l’Allemand est issu d’une famille bien implantée dans le business équestre. Le père de Gerrit, Lars, a fait les belles heures de la Mannschaft, remportant quatre fois l’or par équipe : aux Jeux olympiques d’Atlanta et Sydney, aux Jeux équestres mondiaux de Rome ainsi qu’aux Européens de Mannheim. “Il est vrai qu’il est beaucoup plus simple d’avoir sa famille impliquée dans le sport depuis des années”, concède Gerrit. “Cependant, je pense qu’il est toujours possible de se faire un nom en partant de rien, même si cela sera forcément beaucoup plus difficile. Avoir un peu d’argent pour investir et conserver de bons chevaux est aussi un avantage non négligeable.”


Bien que baigné dans le monde des chevaux depuis sa tendre enfance, l’Allemand ne s’est pas immédiatement destiné à une carrière de cavalier. “J’ai commencé à monter assez tardivement, à l’âge de treize ans. J’étais alors davantage intéressé par le football. En revanche, dès le moment où j’ai commencé à me mettre à cheval, j’ai tout de suite su que je voulais devenir cavalier”, se souvient l’intéressé. “Ensuite, tout s’est fait petit à petit. Tout dépend forcément des chevaux que nous avons car sans eux, nous ne sommes rien (rires). Je suis chanceux d’avoir de bons sponsors et de pouvoir participer à des concours de ce niveau.” Venir d’une famille aussi connue est-il source de pression ? “Oui, bien-sûr. Il y a plus de pression que pour d’autres, mais l’expérience de mon père est aussi un grand atout. Davantage de choses sont facilités par cela, même si quelques aspects restent délicats à appréhender”, répond Gerrit. Installé près de Münster, dans le nord-ouest de l’Allemagne, depuis près de neuf ans, le jeune homme travaille en famille, avec ses parents et son frère. “Nous avons une entreprise familiale. C’est vraiment agréable. Mon père continue de beaucoup monter à la maison, plus vraiment en compétition, mais nous continuons à travailler ensemble tous les jours”, ajoute-t-il.

Blues d'Aveline a découvert les bienfaits de l'océan à La Baule.

Après avoir suivi un cursus scolaire classique, Gerrit a également effectué une formation dans le domaine économique, avant de se concentrer pleinement sur ses chevaux. S’entraînant quotidiennement avec son père et son frère, Max, le pilote bénéficie d’un entourage solide à Gut Berl, dans les installations d’Henrik Snoek. Vouant une grande admiration à son illustre patriarche, le jeune homme admire également l’un de ses coéquipiers dans l’équipe nationale. “Mon père est évidemment l’un de mes grands idoles, mais j’adore aussi observer Daniel Deusser monter différents types de chevaux”, révèle-t-il. Sérieux en piste et dans son travail, Gerrit sait aussi profiter en dehors des écuries et autres terrains de concours. “Lorsque je ne suis pas à cheval, je passe beaucoup de temps avec mes amis. J’aime beaucoup le poker et nous y jouons une fois par semaine avec quelques copains”, sourit-il, concédant toutefois que ses montures ne lui laissent pas énormément de temps libre.

Objectif Mondiaux

Pouvant compter sur deux très bons chevaux, Ben 431, qui l’a accompagné à Leipzig en avril, et Blues d’Avelines CH, qui découvre avec réussite le très haut niveau, le garçon de vingt-huit ans briguera une sélection pour les championnats du monde, prévus à Herning, au Danemark, début août. “Il s’agit de mon plus grand objectif pour cette année : essayer de me qualifier et d’être sélectionné. C’est ce pour quoi je travaille chaque jour. Bien-sûr, mes chevaux doivent rester sains. Si nous parvenons à maintenir notre forme, je crois que nous ne sommes pas très loin de ce but”, lance dans un sourire rêveur et ambitieux le cavalier. Intelligent et la tête sur les épaules, Gerrit sait qu’il devra ménager ses montures pour atteindre ses rêves. “J’ai la chance d’avoir deux chevaux capables de sauter à ce niveau, alors j’essaye d’alterner de week-end en week-end, de me concentrer davantage sur Ben ou Blues d’Avelines dans les épreuves majeures telle semaine, puis d’inverser. Ainsi, je n’en demande pas trop à l’un ou à l’autre et chacun peut profiter d’un temps de repos”, précise-t-il.

Le bouillonnant Ben dans le Grand Prix de La Baule.

“Ben est très motivé, je dois dire. Parfois, ce n’est pas simple de gérer son envie et de réussir à le calmer. C’est un peu mon plus grand défi avec lui. Il ne doit pas avoir trop d’énergie et devenir trop impatient. Je crois que nous nous connaissons plutôt bien maintenant. Nous l’avons acheté lorsqu’il avait sept ans et il en a onze. Depuis l’année dernière, nous sommes en progrès constant”, reprend Gerrit. “Blues d’Aveline, lui, nous a rejoint l’été dernier, en août. Je suis très chanceux de l’avoir. Un seul cheval ne pourrait pas tout faire, alors, en avoir deux pour évoluer à ce niveau est vraiment une bonne chose. J’espère aussi avoir quelques jeunes pour l’avenir, c’est le but (rires). La plupart ont huit ou neuf ans. Il est assez difficile de prédire s’ils sauteront des Grands Prix 5* ou non, mais nous travaillons pour et espérons le meilleur.” Et de reprendre : “Cette année est également ma première sur le Global Champions Tour et j’aimerais aller à la finale, à Prague. Tous ces concours sont une découverte pour moi et j’espère avoir une bonne saison.” 

Si ses deux chevaux de tête restent encore jeunes et ont l’avenir devant eux, l’Allemand pourra peut-être un jour évoluer au plus haut niveau avec une monture de l’élevage familial. S’il concède ne pas être aussi mordu par cette partie de l’aventure que ses parents, qui comptent près de trente poulinières, Gerrit garde un œil sur les poulains et pouliches qui grandissent dans ses prés. “Je crois que nous avons beaucoup de poulinières (rires). Il est important d’avoir de nouveaux chevaux et il n’est pas simple de produire une monture de qualité. Avec trois ou quatre juments, c’est presque impossible d’y parvenir. Alors, tout est plus simple avec trente. Malgré tout, il faut trouver le bon équilibre et ne pas tous les garder. Sinon, je crois que nous allons devoir construire de nouvelles écuries”, plaisante volontiers Gerrit.

Felidae, neuf ans, a profité de la vaste piste de l'Officiel de France pour poursuivre son apprentissage dans les épreuves intermédiaires.

Aussi discret dans ses aides lorsqu’il pilote ses cracks sur les plus belles pistes du monde que sur les réseaux sociaux, dont il reconnaît ne pas être un grand fan, le jeune Allemand écrit une belle page de son histoire. Appliqué, précis, déterminé et bien entouré, Gerrit Nieberg peut légitimement nourrir de grands rêves. Et peut-être se construira-t-il un palmarès aussi riche que son illustre père ?

Crédit photo : © Mélina Massias. Photo à la Une : Gerrit Nieberg et Blues d’Avelines.

AuteurMélina Massias