La victoire de Daniel Deusser et Tobago à Bois-le-Duc vue par leur groom, Marine Renaudet

16 March 2022Auteur : Mélina Massias

Dans l’ombre de Daniel Deusser et Scuderia 1918 Tobago Z, lauréats dimanche du Grand Prix 5* de Bois-le-Duc, toute une équipe a œuvré pour rendre leur performance possible. Au plus près du duo ce week-end, Marine Renaudet, habituelle groom maison de l’Allemand, a participé à ce nouveau succès. Pour StudForLife, la jeune Française revient sur les moments marquants de cette victoire. 

Marine Renaudet a vécu un moment particulièrement émouvant, dimanche 13 mars. La jeune Française, arrivée aux écuries Stephex à l’été 2018, s’est occupée de Bingo Ste Hermelle (SF, Number One d’Iso x Diamant de Semilly) et Scuderia 1918 Tobago (Z, Tangelo van de Zuuthoeve x Mr Blue) au CSI 5* de Bois-le-Duc, aux Pays Bas. Habituée à prendre soin des chevaux de l’Allemand Daniel Deusser à la maison, la groom a pris le relais de Sean Lynch, familier des voyages autour du globe et resté en Floride, où se déroule le Winter Equestrian Festival (WEF) de Wellington. “Lorsque je suis arrivée en juillet 2018, la cavalière maison de Daniel partait, et sa groom maison prenait sa place. Par conséquent, l’équipe cherchait un nouveau groom maison. Le premier jour où je suis arrivée, je pensais travailler pour l’écurie nationale. Le matin, mon manager est venu me voir et m’a dit que je resterais dans l’écurie nationale pendant trois semaines avant de rejoindre celle de Daniel Deusser. Sur le moment, je n’ai pas trop compris”, plaisante Marine. “Tout s’est fait un peu hasard, puisque j’ai envoyé une candidature spontanée alors qu’ils ne cherchaient pas vraiment de nouveaux employés. Tout s’est enchaîné très vite et je suis vraiment contente d’avoir été prise.”

Daniel Deusser et Tobago posent ici aux côtés de leur beau trophée. © Digishots/The Dutch Masters

Bien que la soigneuse n’ait pas vécu sa première victoire à Bois-le-Duc, puisqu’elle avait déjà accompagné Calisto Blue (OS, Chacco-Blue x Con Air) lors de son succès dans le Grand Prix de la ville du CSI 5* de Göteborg en 2020, puis Tobago lors de son triomphe l’an passé dans le Grand Prix 5* Rolex de Wellington, cette nouvelle victoire avait forcément un goût particulier. “C’était un peu bizarre”, confesse Marine. “Tobago est en grande forme et cela se passe super bien avec Daniel. Ils sont d’une grande régularité et je savais qu’ils en étaient capables. Malgré tout, je ne voulais pas trop penser à la victoire et ne pas me mettre une pression supplémentaire. Ensuite, quand on voit le résultat, il y a beaucoup d’émotions, beaucoup de personnes autour de nous. C’est d’autant plus particulier que Tobago est vraiment le bébé de Sean. Je sais qu’il me fait confiance, mais cela ajoute une pression supplémentaire car j’ai envie de bien faire pour lui et toute l’équipe.” Resté outre-Atlantique avec une partie de la team Stephex, le groom a évidemment suivi le succès de son protégé. “En Floride, tout le monde attendait le Grand Prix et a regardé l’épreuve”, confirme Marine, à qui Sean avait conseillé de simplement se faire confiance.

Un moment de partage

Située tout près des écuries Stephex, à moins de deux heures en voiture, la piste de Bois-le-Duc, étape du prestigieux Rolex Grand Chelem de saut d’obstacles, a permis à tous de venir soutenir leur trio groom-cheval-cavalier. “Stephan Conter était là, tout comme notre manager d’écurie, des personnes du bureau et pas mal des membres de l’équipe Stephex”, reprend la Française. Même la jeune Stella, fille de Daniel Deusser et sa compagne, Caroline Wauters, a pu assister à la victoire. “Elle est adorable et était super contente. Quand papa gagne, elle est toujours ravie. Elle donne le sourire à tout le monde. La première chose que j’ai faite en apprenant la victoire, c’est de me mettre à pleurer. J’ai relâché toute la pression et toutes mes émotions. Et Stella m’a fait rire parce qu’elle disait à mon manager : ‘regarde, Marine elle pleure !’. Elle était un peu en train de se moquer de moi, mais ça redonne le sourire. C’étaient des larmes de joie, mais c’est toujours bien de les partager dans de tels moments”, complète Marine.

Tobago et Daniel Deusser en route vers la victoire. © Remco Veurinck/The Dutch Masters

Après le barrage de Daniel Deusser, Marine et Stella ont fait marché Tobago en attendant le dénouement de l’épreuve. “Nous attendions au paddock car, lorsque l’on signe un double sans-faute, on espère au minimum une remise des prix. Nous étions les septièmes à partir au barrage, sur treize cavaliers. Daniel était en train de regarder la suite du barrage. Quand on est en tête et qu’il reste quatre ou cinq cavaliers derrière nous, c’est une énorme pression”, retrace la soigneuse. “On ne peut pas savoir quelle stratégie vont adopter les suivants. En sortant de piste, nous savions que Daniel et Tobago avaient été rapides. Derrière, soit les cavaliers décidaient d’assurer pour être classés, soit ils tentaient d’aller plus vite, au risque de commettre une erreur. Il y avait des cavaliers vraiment rapides derrière nous (notamment Scott Brash et Marcus Ehning, qui ont battu le chronomètre de Daniel Deusser mais ont concédé une faute, ndlr). C’était stressant ! J’ai eu de la chance ; en faisant marcher Tobago, je pensais un peu à autre chose et je gardais l’écran géant dans un coin de l'œil. Quand le dernier (Willem Greve, finalement troisième, ndlr) a passé la ligne et que nous avons compris que nous venions de gagner, toute la pression est retombée et tout le monde a commencé à s’activer, à venir nous féliciter, etc. C’était incroyable.”

Tobago, la force tranquille

Un peu plus d’une semaine après son retour de Floride, Scuderia 1918 Tobago Z a montré, une nouvelle fois, toute l’étendue de son talent. À chacune de ses sorties, qui ne sont pas particulièrement nombreuses, le petit alezan impressionne son monde. Déjà titulaire de deux belles victoires, acquises l’an passé dans les Grands Prix des CSIO 4* et CSI 5* de Wellington, l’étalon de quatorze ans a de nouveau brillé. Cette fois, il a, en plus, permis à son pilote d’empocher un bonus de 250.000 €, pour avoir remporté une deuxième échéance du Rolex Grand Chelem de saut d’obstacles, six mois après celle du mythique CHIO d’Aix-la-Chapelle. “Tobago était tranquille ce week-end. Au box, il était hyper calme, et ne donnait pas l’impression de se rendre compte de la pression qui l’entourait. Il était détendu et faisait sa sieste comme si de rien n’était”, sourit Marine.

Globalement, cette dernière voit son alezan aux allures de poney comme une force tranquille. “Quand on le voit, on pourrait croire que ce n’est pas un étalon. Les trois quarts du temps, il est extrêmement calme. ll est parfois plus joyeux ou plus frais et peut montrer des comportements d’entier, comme lorsqu’on descend du camion en concours. Ce week-end, en revanche, il était très calme, alors que Bingo, à l’inverse, était beaucoup plus chaud en arrivant à Bois-le-Duc ! Je m’attendais vraiment à l’opposé. Je n’ai pas entendu Tobago appeler ses voisins une seule fois au concours. Il est vraiment resté relax tout le week-end. On peut d’ailleurs le voir sur les photos où Stella le tient : il ne bouge pas et est parfaitement serein”, note la groom. “Au quotidien, Tobago est très facile à vivre. Il adore regarder par la fenêtre de son box et est assez câlin. Lorsque Sean est à la maison, s’il fait un bruit de bisou, Tobago vient directement à la porte de son box car il sait que Sean est là. C’est impressionnant. Dans la salle de douche, Tobago est souvent un peu endormi, mais si Sean l’appelle, il se redresse immédiatement et regarde autour de lui pour voir où il est. Tobago est vraiment marrant et a une personnalité assez forte, tout en étant très calme. C’est un très, très bon poney (rires).”

Tobago dans les allées de Bois-le-Duc. © Collection privée

Le petit alezan va, pour l’heure, rester en Europe et participer au Saut Hermès dès ce week-end, tandis que ses habituels voisines d’écuries, Killer Queen VDM (BWP, Eldorado vd Zeshoek x For Pleasure), Kiana van het Herdershof (BWP, Toulon x Lys de Drammen) et In Time (KWPN, Indoctro x Zelote VDL) devraient disputer les dernières semaines de compétition du WEF. S’en suivront les échéances de Miami et Mexico, pour lesquelles plusieurs montures sont susceptibles d’être choisies. Quant à Marine, qui a également accompagné Kendra Claricia Brinkop à Oliva juste avant les Dutch Masters, ses belles réussites sous la casquette de groom concours ont-elles fait naître une nouvelle vocation ? “Je ne voudrais pas me porter malheur”, rigole-t-elle. “J’aime beaucoup aller au concours, tout comme j’adore rester à la maison. En concours, je trouve que l’on peut développer plus de liens avec nos chevaux car ils sont moins nombreux. En même temps, j’apprécie énormément les voir au quotidien. Nous avons aussi la chance d’avoir des infrastructures incroyables ici à Stephex. Je ne suis pas très compliquée : j’aime être à la maison autant qu’en concours et je donne toujours le meilleur de moi.”

Photo à la Une : Tobago, entouré de Daniel Deusser, sa fille Stella, et Marine Renaudet, à droite. © Remco Veurink/The Dutch Masters

AuteurMélina Massias