“Je dois tellement à Salt’n Peppa”, Jodie Hall McAteer (1/3)

17 January 2023Auteur : Mélina Massias

Jodie Hall McAteer est indéniablement l’une des pépites de la couronne britannique. À vingt-deux ans, cette talentueuse jeune femme progresse avec une régularité salutaire, année après année. En 2022, l’amazone, actuelle cent-vingt-huitième mondiale et treizième du classement réservé aux cavaliers de moins de vingt-cinq, a continué sa montée en puissance. Grâce à la complicité d’un certain Salt’n Peppa, avec lequel elle a gravi les échelons un à un, des Juniors jusqu’à un double sans-faute dans la Coupe des nations de Falsterbo ou encore une troisième place dans l’étape de la Coupe du monde Longines de Londres, la cavalière à l’accent so british s’est fait une place, dans une équipe solide et tirée vers le haut par la jeunesse. Après avoir pris quelques jours pour se ressourcer et tirer les enseignements de l’année écoulée, Jodie se prépare à poursuivre son œuvre en 2023, avec en ligne de mire le jumping d’Amsterdam, dans un premier, et, qui sait, peut-être un voyage en Italie cet été. Avant cela, elle s’est prêtée avec sensibilité et fraîcheur au jeu des questions-réponses. Son fidèle partenaire, ses espoirs de demain, l’expérience accumulée au sein de la Young Riders Academy, le rôle de sa coach mentale ou encore ses débuts d’équitante ; la Britannique s’est livrée tout en honnêteté. Premier des trois épisodes de cet entretien.

Votre année 2022 s’est achevée à Londres, quasiment de la meilleure des manières, puisque vous avez pris la troisième place du Grand Prix de la Coupe du monde Longines, derrière Scott Brash et Daniel Deusser, le tout devant votre public. Comment vous sentez-vous depuis cette formidable performance, réalisée aux rênes de votre fidèle Salt’n Peppa (Stolzenberg x Escudo I) ?

C’était une semaine incroyable. Je prenais part pour la première fois au label 5* de ce concours, alors j’avais à cœur que mes chevaux soient tous en bonne forme. Ma préparation pour le concours est allée crescendo. C’était également ma première étape de la Coupe du monde. Ces dernières années j’ai disputé quelques 5*, mais il s’agissait de mes débuts sur ce circuit. Ces événements sont un peu plus difficiles d’accès. Je ne figurais pas assez haut dans le classement mondial pour être sélectionnée pour les étapes précédentes. Mon expérience à Londres a été fabuleuse. Tous mes chevaux ont sauté incroyablement bien. Ils ont également tous été très réguliers. Bien sûr, j’avais préparé Salt’n Peppa pour la Coupe du monde. Savoir que notre plan et tous nos efforts ont payé, que nous sommes parvenus à remplir nos objectifs, est un sentiment très particulier. Nous n’étions pas loin. Cela aurait été chouette de gagner, et nous étions tout proches de la victoire (quarante-sept centièmes la séparaient de Scott Brash, ndlr), mais c’était déjà une émotion formidable. Le public anglais soutient vraiment les siens. Je trouve que c’est une ambiance spéciale pour les cavaliers britanniques. C’est incroyable.

Jodie Hall McAteer et Salt'n Peppa à Londres. © FEI/Jon Stroud

Non seulement vous avez terminé sur le podium de l’étape Coupe du monde, mais vous avez surtout été la meilleure cavalière du concours. Que cela représente-t-il pour vous ?

Assurément, cela m’a donné beaucoup de confiance et de motivation pour aborder la nouvelle année. Être la meilleure cavalière parmi tous les pilotes qui étaient présents, qui font partie des meilleurs du monde, est une vraie satisfaction. Cela prouve aussi que mes trois chevaux (Salt’n Peppa, Hardessa et Kimosa van het Kritrahof, ndlr) ont répondu présent. Ce n’était pas une seule épreuve. Ce résultat montre que je deviens de plus en plus constante dans mon équitation et que je progresse, qu’il s’agisse d’épreuves de vitesse ou de Grand Prix Coupe du monde. Savoir que j’avance dans la bonne direction est un super sentiment, qui me motive à poursuivre dans cette direction.

Votre saison 2022, de façon générale, a été une franche réussite, avec, notamment, quatre classements en Grands Prix 5* et trois Coupes des nations 5* disputées. Que gardez-vous en mémoire de vos performances ?

Lorsque j’y repense, tout est un peu flou. C’était sans aucun doute une longue et intense saison, mais elle a été incroyable. Beaucoup de mes objectifs ont été atteints. Lorsque je réfléchis à mes résultats, j’ai effectivement réalisé des doubles sans-faute et suis montée sur des podiums en Grands Prix 5* ; j’ai disputé une épreuve Coupe du monde, signé des double clear en Coupes des nations, participé à ma première finale du circuit (à Barcelone, ndlr), accroché un podium dans la Global Champions League (GCL), … C’était une année bien remplie et ça n’a pas toujours été facile ni ne m’est tombé tout cru dans la bouche. Cela a demandé du travail et je suis super fière des progrès que toute mon équipe a réalisé ces douze derniers mois. Désormais, je me projette sur l’année qui nous attend.

Les deux complices à Barcelone. © Mélina Massias

“Salt’n Peppa est un cheval très sensible”

Depuis quelque temps déjà, Salt’n Peppa est votre cheval de tête. Comment avez-vous croisé sa route ?

Je l’ai rencontré durant l’été 2018, il y a donc maintenant quatre ans et demi. Il est arrivé des écuries Ashford Farm (une écurie de commerce de haut niveau basée en Belgique et dont Enda Caroll est l’instigateur, ndlr). J’ai pris mon temps avec lui. C’est un cheval très sensible. Il a tout le talent et les moyens, mais il fallait que je le rende sûr de lui et qu’il me fasse confiance. Nous avons progressé en Juniors, puis avons évolué sur le circuit Jeunes Cavaliers. Je l’ai emmené aux championnats d’Europe Jeunes Cavaliers (en 2019, à Zuidwolde, ndlr), puis j’ai fait ma première Coupe des nations 3* en Séniors avec lui et nous avons simplement continué à progresser. Nous avons grandi ensemble à travers les niveaux et nous commençons à être compétitifs. Je lui fais confiance et je n’ai aucun doute sur ses capacités. J’ai une relation très spéciale avec lui. Il est dans la fleur de l’âge, il connaît son travail, même s’il peut encore parfois être un peu sur l'œil. Il reste très sensible, mais je crois que cela fait aussi sa force ; je suis petite et il est très réactif. Il sait presque ce que je veux avant même que je ne lui demande. C’est quelque chose d’assez unique.

Jodie et Salt'n Peppa en 2020, deux ans après leurs débuts ensemble. © Sportfot

Lorsque vous avez commencé à le monter, pressentiez-vous qu’il deviendrait aussi doué qu’il l’est aujourd’hui ?

Honnêtement ? Non ! (rires) Je me souviens que j’étais à Oliva une fois, il y a quelques années, et je l’avais fait sauter pour la première fois sur la piste en herbe là-bas. Il avait tellement peur ! Il était plus préoccupé par ce qui se passait autour de lui qu’autre chose. À mesure que je me suis habituée à lui, et inversement, qu’il a gagné en expérience et pris du métier, il s’est vraiment posé. Plus il est relâché, meilleur il est en piste et à monter. Nous avons désormais un bon système et je sais exactement ce dont il a besoin. Il est à son meilleur lorsqu’il est heureux. On ne peut jamais vraiment savoir avec les chevaux ; ils peuvent avoir tout le talent du monde, mais on ne sait jamais s’ils seront en mesure d’atteindre un certain niveau avant qu’ils ne le fassent réellement. On peut fonder beaucoup d’espoir en eux et être déçu s’ils ne progressent pas aussi vite ou aussi loin que l’on aimerait. Dans le cas de Salt’n Peppa, il a vraiment dépassé toutes nos attentes. Je suis si reconnaissante de l’avoir et d’être dans cette aventure avec lui ! Je lui dois tellement. Il m’a donné énormément de confiance. Au début, franchir le cap du très haut niveau était un défi. Ce n’était pas simple. Nous avons commis des erreurs sur certains parcours, mais peu importe ; cela fait partie du chemin. Nous allons évidemment continuer à apprendre au fil du temps, mais Peppa m’a aussi permis d’être dans la position où je suis assez sûre de moi pour affronter ce niveau avec d’autres chevaux, tout en étant compétitive, et pas seulement avec lui. Je peux ainsi faire profiter mes autres chevaux de ce que j’ai appris de lui, de la confiance et de l’expérience que nous avons engrangée ensemble. Cela me permet de former de nouveaux couples avec mes autres chevaux afin de soutenir Peppa, ce qui est vraiment bien.

Le duo a notamment défendu les couleurs de la Grande-Bretagne à Barcelone, à l'occasion de la finale du circuit des Coupes des nations Longines. © Mélina Massias

“Il faut toujours prendre de l’avance et faire progresser également les jeunes”

Quel va être son programme pour cette nouvelle année ?

Après Londres, j’ai pris un peu de temps pour redescendre. Je n’ai pas encore concouru cette année. J’ai passé beaucoup de temps en Hollande en 2022, puisque je m’entraîne et que je suis installée là-bas. C’est beaucoup plus central et pratique pour les concours, et mon entraîneur (Ben Schröder, ndlr) est sur place. Par conséquent, c’était super de pouvoir rester un peu à la maison après Londres. Je retourne aux Pays-Bas ce week-end, et je reprendrai à Amsterdam la semaine suivante. Comme j’ai réalisé une bonne performance lors de la Coupe du monde à Londres, j’ai pu avoir une place à Amsterdam. C’est une autre occasion palpitante. Après ce premier concours, je pense que le plan pour Salt’n Peppa sera pour sûr centré sur les Coupes des nations pour la Grande-Bretagne. Si nous sommes suffisamment bons, j’espère que nous serons sélectionnés pour davantage d’épreuves collectives. Ensuite, peut-être que nous tenterons aussi notre chance pour les championnats d’Europe (qui auront lieu à Milan du 29 août au 3 septembre, ndlr). Ce serait incroyable. Je suis également très chanceuse de conserver ma place en tant que cavalière de moins de vingt-cinq ans au sein de l’équipe de Georgina Bloomberg, les New York Empires pour le Global Tour. Évidemment, nous jouerons notre carte sur ce circuit, avec Peppa et d’autres de mes chevaux, ce qui est aussi très motivant.

Harry Charles et Jodie sur le podium de la GCL de Londres, l'été dernier. © Sportfot

Justement, sur quelles autres montures allez-vous pouvoir compter cette année ?

J’ai Kimosa van het Kritrahof (Chatman x Eros Platière) et Hardessa (Berlin x Kashmir van’t Schuttershof) pour le plus haut niveau. Toutes deux étaient d’ailleurs présentes à Londres. Il y a aussi Itoulavsca Fortuna (Etoulon VDL, ex Etuloun x Cartano). Elle est un peu plus jeune mais a passé un cap l’été dernier en disputant ses premières épreuves à 1,50 et 1,60m, notamment à Rome. Je vais continuer à la former. Ensuite, j’ai quelques chevaux plus jeunes, quelques nouveaux visages dans mon piquet cette saison. Ils ont beaucoup moins d’expérience que ceux déjà cités, mais je vais les faire évoluer en parallèle afin qu’ils puissent, je l’espère, donner un coup de main à leurs voisins pendant l’été, en fin d’année ou en 2024. Peppa prend malheureusement un peu d’âge. Les carrières des chevaux de sont pas sans fin et il ne sera pas à mes côtés pour toujours. Alors, il faut toujours prendre de l’avance et faire progresser également les jeunes.

La toute bonne Hardessa, ici à Prague. © Sportfot

La deuxième partie de cette interview est disponible ici.

Photo à la Une : La joie de Jodie Hall McAteer à Londres, sur le dos de son cher Salt’n Peppa. © FEI/Jon Stroud

AuteurMélina Massias