Bertram Allen et Lovisa Munter, sa groom, décryptent leur incroyable réussite

10 March 2022Auteur : Mélina Massias

Où s’arrêtera Bertram Allen ? Dans la droite lignée de ses compatriotes, particulièrement en forme en ce début d’année, l’Irlandais a remporté non pas un, ni deux, mais bien trois Grands Prix, coup sur coup. Le jeune homme a d’abord mis le grappin sur les temps fort des CSI 3 puis 5* de Wellington, avant d’enfoncer le clou dans le Grand Prix CSI 4*-W d’Ocala, il y a moins d’une semaine. Le cavalier et sa groom, Lovisa Munter, reviennent sur cette incroyable série de victoires. 

“C’est fantastique”, lance Bertram Allen. “Normalement, lorsqu’on remporte trois Grands Prix en un an, notre année est réussie. Alors, que ces trois victoires arrivent à la suite est un peu unique. Je suis ravi. Tous mes chevaux sont en forme et c’est bien de voir que cela paye.” Décrocher trois Grands Prix internationaux consécutivement n’est sans doute pas loin d’être inédit dans l’histoire du sport moderne. Aux États-Unis, l’Irlandais Bertram Allen a signé un petit exploit ces dernières semaines, en s’imposant dans les temps forts 3 puis 5* de Wellington, avant d’ajouter un nouveau succès à son palmarès, à l’occasion de la Coupe du monde CSI 4*-W d’Ocala… le tout en trois semaines ! Aux anges après cette insolente réussite - oeuvre de ses deux montures Harley vd Bisschop (BWP, Dulf van den Bisschop x Coronado), primé dans le 3* de Wellington puis à Ocala, et Pacino Amiro (ISH, Pacino x NC Amiro), récompensé, lui, dans le 5* de Wellington -, le jeune homme de vingt-six ans n’en garde pas moins les pieds sur terre. “Je suis déjà chanceux d’en avoir gagné trois, je ne pense pas en remporter un quatrième. Mais nous allons continuer d’essayer !”, assure-t-il.

Grande artisane de cette razzia, Lovisa Munter prend quotidiennement soin des montures de Bertram. “C’est incroyable. Lorsque nous avons gagné le premier Grand Prix, cela faisait un moment que ça ne nous était plus arrivé. C’était un moment d’autant plus spécial qu’Harley est mon cheval préféré. Rien qu’empocher une victoire dans un barrage à quatorze avec lui était suffisamment spécial en soi”, développe la soigneuse. “Ensuite, nous nous sommes mis à plaisanter sur le fait que nous pourrions peut-être sortir vainqueurs du prochain Grand Prix aussi, comme nous l’avions déjà fait l’année précédente… et nous avons récidivé ! C’était aussi un moment particulier, qui marquait le grand retour de Buddy (surnom de Pacino Amiro, ndlr) après Tokyo (où se sont déroulés les Jeux olympiques l’année dernière, ndlr). Il a sauté de façon magnifique. Mais je dois dire que ma victoire préférée reste la troisième. Encore une fois, c’était Harley. Bertram était le dernier cavalier au barrage, ce qui est toujours sympa. Ils ont fait un parcours incroyable ; ils étaient si rapides ! C’était un sentiment fou.” 

Bertram Allen et Harley vd Bisschop à Ocala. ©  FEI/ Shannon Brinkman 

Le trio avait pris ses quartiers à Wellington, à l’occasion du Winter Equestrian Festival (WEF), qui se court sur douze semaines, au sein des installations du Palm Beach Equestrian Center. Pourtant, le week-end dernier, alors qu’avait lui un CSIO 4* au WEF, l’équipe a préféré se rendre à Ocala, support de l’ultime étape de la Coupe du monde sur le continent nord-américain. “Je n’avais pas vraiment de monture qui convenait pour la Coupe des nations”, explique Bertram Allen. “Cloe Reid gère le concours de Live Oak, à Ocala, et elle est une très bonne amie. J’avais déjà monté là-bas il y a deux ans et c’est un concours très agréable donc j’avais prévu depuis longtemps de m’y rendre. En plus, Harley adore les pistes en herbe, ce qui a aidé ma décision.” Un choix plus que payant pour la troupe, qui a continué sa folle moisson floridienne ! Alors, le jeune Irlandais a-t-il un secret qui pourrait justifier ses derniers résultats ? “Non, pas vraiment”, répond-t-il. “Après les Jeux olympiques, Pacino n’a pas fait grand-chose. Le plan était de l’avoir en forme ici. Harley est aussi en pleine forme en ce moment. C’est super que tous deux soient en pleine possession de leurs moyens au même moment.” 

“Pacino Amiro et Harley sont totalement différents”, Lovisa Munter

Lovisa Munter, en revanche, semble avoir développé un petit rituel porte bonheur. “Il y a trois semaines, lors de notre première victoire, je portais un haut bleu et une casquette verte avec le trèfle irlandais dessus. Depuis que nous avons gagné, je continue à porter cette tenue. Je l’avais pour le 5* et je l’ai gardée à nouveau la troisième semaine (rires). Apparemment, cela fonctionne, alors je vais continuer”, sourit la jeune femme. “Concernant les chevaux, nous n’avons pas de rituel particulier. Ils vivent une vie paisible, et passent beaucoup de temps à aller dehors et à brouter de l’herbe. En somme, nous les laissons vivre une vie de cheval.” Il y a de cela à peine plus d’un an, la Suédoise n’avait jamais partagé de victoire avec son ancien cavalier. Ses premiers succès, elle les a connus à Wellington, lors du doublé de Bertram Allen, en 2021. Visiblement bien rodé, le duo a conservé son dû cette année et accru sa série avec une troisième victoire. “Désormais, cela fait presque bizarre de ne pas gagner”, plaisante la groom. “Je ne peux pas dire que nous étions en difficulté, mais nous n’avons pas eu les meilleurs résultats pendant un temps. Alors, c’était un come-back et un beau moyen de prouver à tout le monde que nous sommes vraiment là pour le grand sport.” 



Sans aucun doute, Lovisa est l’une des clefs du succès de Bertram Allen et ses montures. La sympathique groom connaît ses chevaux par cœur. “Buddy et Harley sont très différents, bien qu’ils soient tous les deux de très grands chevaux. Buddy, évidemment, est le numéro un dans l’écurie et il le sait (rires). Il peut-être un peu dominant et nerveux parfois. Ce n’est pas le cheval le plus facile à gérer et il y a beaucoup à faire avec lui. Il a une grande personnalité, mais il est très rigolo. Harley, lui, est vraiment le plus gentil des chevaux. Je pense que n’importe quel groom ou cavalier adorerait avoir un cheval comme lui”, décrit Lovisa. “Il est comme un grand chien : il nous suit partout ! Beaucoup de personnes pensent qu’il est entier en raison de son imposante encolure, mais il est juste comme un chiot. On pourrait l’emmener brouter de l’herbe et le laisser tout seul : il serait probablement toujours au même endroit cinq heures plus tard. Il fait des bisous et est juste un cheval adorable.” 

Les Mondiaux de Herning en ligne de mire

Désormais, toute l’équipe espère pouvoir continuer à performer, même si une quatrième victoire consécutive en Grand Prix relèverait de l’exploit. “Nous allons rester ici jusqu’à la fin du circuit, puis rentrerons en Europe. Les compétitions à Wellington sont très bonnes, avec un niveau élevé. Cela a été un vrai avantage ces dernières saisons, notamment par rapport au Covid. Nous savions que, quel que soit notre plan, les concours étaient maintenus. En outre, le commerce est très fructueux ici, ce qui est bénéfique pour mon frère et moi”, reprend Bertram Allen. “Après notre retour en Allemagne, nous aurons alors un mois plus calme, puis ciblerons quelques concours. Ensuite, notre grand objectif serait d’aller aux championnats du monde avec Pacino Amiro s’il est en forme et que l’équipe a besoin de lui.” 

Bertram Allen et Pacino Amiro lors de leur victoire en Grand Prix 5*. © Sportfot

Sélectionné l’année dernière pour les Jeux olympiques de Tokyo, Bertram et son agile bai auront toutefois fort à faire cette année pour décrocher leur billet pour Herning. En effet, l’hégémonie irlandaise semble s'accroître sans limite. Le week-end passé, outre la victoire de l’ancien disciple de Marcus Ehning à Ocala, ses compatriotes Daniel Coyle et Conor Swail ont respectivement terminé deux et quatrième du Grand Prix, tandis que l’escouade formée par le jeune Max Wachman, Eoin McMahon, Andrew Bourns et Cian O’Connor a remporté l’épreuve collective de Wellington. Et cette domination s’étend jusqu’en Europe, où il est fréquent de voir les représentants du Trèfle aux avant-postes. “Là où il y a des chevaux, il y a des Irlandais”, résume le cavalier. “Particulièrement à Wellington, il y a une grande communauté d’Irlandais : des entraîneurs, des cavaliers, etc. C’est bien de faire partie de cela et de pouvoir accumuler des résultats. Je pense que beaucoup de personnes en Irlande grandissent entourées de chevaux dès leur plus jeune âge. Ensuite, cela leur colle à la peau.”

Photo à la Une : Lovisa Munter, Bertram Allen et Pacino Amiro à l'entrée de piste. © Sportfot

AuteurMélina Massias