Yves Lauwers, sans tabou !

23 September 2006

Yves Lauwers, sans tabou ! (5/5)

Qu' avez- vous comme satisfaction avec les chevaux que vous avez élevés par rapport à ceux que vous avez achetés en cours de route ?

Au début, j'ai acheté pas mal . M aintenant, j'achète de moins en moins et presque jamais « en cours de route ». C'est vrai que j'achète régulièrement un foal qui me plait, que ce soit aux ventes chez Melchior, à Pompadour, à Fences … Au départ, je n'avais pas le choix, je n'avais rien ! Je partais de zéro . J' avais acheté une poulinière, 3-4 chevaux à certaines ventes … E t puis, il a fallu étoffé. Quand j'ai acheté le haras en Normandie, j'ai acheté d'un coup sec 90 hectares . Il fallait donc bien acheté quelques chevaux pour y manger l'herbe. J'ai alors commencé à acheter quelques étalons. Ca s 'est fait parfois par hasard comme avec Adelfos. François Mathy et moi étions parti s à Aix pour l'acheter et le faire monter par François junior. Mais Fuchs est venu pleurer près de François en lui disant qu'il ne pouvait pas lui prendre son cheval de tête, et, très diplomate comme il peut l'être, Mathy m'a dit : « Il n'y a pas de problème, je te cède ma part » et j'ai acheté le cheval avec Fuchs. Nous avions conclu un arrangement pour que le cheval revienne en France en fin de carrière pour faire la monte. J'ai donc acheté au début sous les conseils avisés de professionnels . P uis au fil du temps, j'ai cru que j'avais quand même un petit coup d'œil pour repérer les chevaux qui sortaient de l'ordinaire et c'est ce que j'ai fait avec Hugo Gesmeray. Ce cheval m'avait tapé dans l'œil au concours d'étalons de 3 ans et j e l'ai acheté à Fences . Il ne m'a pas trop déçu quand même. Je crois avoir un coup d'œil pour acheter des chevaux à des prix raisonnables. Je n'achète pas de chevaux tout faits, car mon plaisir c'est de les faire moi-même.

Kathleen Lauwers s'occupe de l'entretient de la propriété, mais également, avec son mari, des 18 kilomètres de sentiers qu'ils ont créé à travers bois pour l'épanouissement de leurs jeunes chevaux.

Vous êtes éleveur – propriétaire, mais vous êtes avant tout un homme d'affaire. Ne pensez-vous pas que l'image de votre écurie et celle des sports équestres auraient pu servir à vos sociétés ?

Les sports équestres sont malheureusement des sports très peu médiatique s . On a essayé différentes choses , comme des qualificatives la veille de l'épreuve coupe du monde dans laquelle seuls les dix-huit meilleurs pouvaient prendre le départ . Cela rentrait mieux dans le créneau horaire des télévisions. Mais cette formule a été abandonnée tout de suite , car les cavaliers étaient fâchés. Ils ne pouvaient pas participer au Grand Prix Coupe du monde du fait qu'ils n' étaient pas dans les dix-huit meilleurs de la qualificative … etc.

Ravel des Hayettes (Mozart des Hayettes x Everest Life style) & Bérénice Urbain

Mais la TV passe mal. On l'a d'ailleurs vu dans les reportages sur Aix - la - Chapelle. Les chaînes allemandes ne passaient que les meilleurs cavaliers allemands , puis la dernière demi-heure des épreuves. C'est trop long, c'est un sport qui n'est pas très porteur . On l'a d'ailleurs vu avec tous les sponsors qui le sont resté s très peu de temps. Volvo a été un grand sponsor des sports équestres . Maintenant , il y a Rolex, Samsung … mais c'est toujours très difficile de chiffrer les retombées en matière de publicité. C'est quasiment « inchiffrable ». Malheureusement, la télé qui est le moyen de communication le plus percutant actuellement n'aime pas trop les sports équestres qui sont des évènements très ‘carnivores' en temps. Ces sports sont parfois mouvants.

Merva des Hayettes (Ramino x Nerva) & Michael Whitaker Beaucoup de concours ont une demi-heure, trois quart d'heure de retard, ça ne se marie pas trop bien avec la télé. Je pense que le cheval passe mal avec la publicité et donc forcément, les sociétés ne sont pas très friandes de ce genre d'outil. Il y a quand même des exceptions en Allemagne lorsque l'on voit la facette d'organisation d'Aix-la-Chapelle . Mais là, nous sommes sur une autre planète où l'on arrive à utiliser l'événement comme public relation pour la clientèle de grandes sociétés . M ais la moitié des salons VIP ne voient même pas la piste. C'est du pure « public relation ». Les sports équestres n'ont rien de populaire comme le football ou le cyclisme . I l n'y a rien à faire.

Vous qui êtes un grand amateur de sport et surtout de champion s , de quelque sport que ce soit, ne pensez -vous pas que l'image des cavaliers pourrait être améliorée ?

On peut toujours l'améliorer, mais je ne pense pas que l'image du cavalier soit véritablement mauvaise. Je crois que l'on a besoin de choc s émotionnel s comme cela a longtemps été le cas pour Milton et Jappeloup. Il y a toujours quelque chose de très spécial qui fait que le public vit, s'enthousiasme pour une personne ou pour un cheval. C'était Japeloup avec Pierre Durand ou Milton avec John Whitaker . Ce sont des images chocs qui restent toujours dans la mémoire des gens , car ils avaient la crinière au vent et ils gagnaient tous le temps. Gagner, c'est évidement la chose la plus importante pour être médiatique , mais il faut en plus ce petit quelque chose qui fait que l'on se souviendra du nom du vainqueur. Pour améliorer l'image de l'équitation , il faudra avant tout de grandes stars. Le dernier qui a amélioré l'image du monde du cheval, c'est Rodrigo avec Baloubet en remportant de grands succès et surtout les 3 finales de coupe du monde. C'est toujours la vedette qui tire vers le haut.

Après, le problème vient du fait que ce sport n'est pas très « spectaculaire » pour la personne qui n'est pas initiée. Un concours s'étend sur 3 et souvent 4 jours maintenant , alors qu'en football, le gars qui veut aller voir un match, il prend sa voiture, il se met aux couleurs de son équipe et le soir, il est rentré.

Mais observons maintenant le cas de Félix -Marie Brasseur . L'attelage est certes une discipline assez confinée, pourtant tout le monde connaît son nom en Belgique et il a également fait beaucoup pour la notoriété du monde du cheval.

Je pense que si l'on va voir du coté des trotteurs et des galopeurs, on se retrouve dans un tout autre milieu . M ais l'avantage de ce genre de sport, c'est que cela se cours sur deux minutes. C'est facile à retransmettre à la télé, tout le monde part en même temps et c'est celui qui va le plus vite qui a gagné . C 'est donc vraiment très médiatique. En plus, il y a l'attrait du jeu. Ce serait peut-être d'ailleurs une chose à étudier : la notion de pari. Cela se fait déjà dans certains concours au nord de l'Espagne. Les cavaliers passe par groupe de 10, puis on interromp t l'épreuve pour que les gens puissent aller parier. Cela coupe quelque peu le rythme des épreuves, mais on peut observer que lorsqu'il n'y a pas de paris, les tribunes sont vides et une fois que les paris commencent, elles sont pleines. Les gens viennent donc, sans rien connaître du milieu équestre, juste pour les paris. Si demain, vous supprimez les paris aux courses, trotteurs ou galopeurs, les tribunes ser aient vide s . Ca, c'est clair. Mais malheureusement, je n'ai pas la formule magique pour attirer plus de monde sur les terrains de CSO.

Que peut-on vous souhaiter avec vos jeunes chevaux ?

Toujours la première place au Grand Prix d'Aix-la-Chapelle , je n'ai pas changé d'objectif. C'est l'aboutissement de la carrière d e tout éleveur.

Avec votre expérience tirée de toutes vos années d'élevage, changeriez -vous quelque chose pour atteindre cette victoire ?

Changer de moyen, oui, certainement. Changer aussi de cavaliers ainsi que la technique d'y arriver. Je pense que lorsqu'on arrive dans cette sphère-là , il faut faire appelle aux meilleurs pilotes : il n'y a pas de miracle à ce niveau-là , il faut les meilleurs chevaux avec les meilleurs pilotes. C'est pour cela que j 'essaye, dans mon élevage , de faire naître des cracks capables d'aller dans ces épreuves.