Xavier Marie, l'avenir comme obsession. (6)

29 May 2011

Xavier Marie, l'avenir comme obsession. (6) SFL : Au départ, lorsque vous avez acheté des chevaux, vous avez toujours conservé l'affixe des éleveurs … puis récemment, on a vu plusieurs chevaux prendre l'affixe «de Hus ». X.M. : «  Le problème ne s'est pas posé au départ puisque l'on s'est dit que le haut niveau devait s'autofinancer par la commercialisation avec l'achat et la vente de chevaux. C'est pour ça que le piquet de Kevin doit être composé de deux chevaux de tête et le reste, ça doit tourner. Ca ne s'est pas passé, tout simplement parce que les premiers achats n'ont pas été à la hauteur des derniers. Du coup, on se retrouve avec un piquet de haut niveau qui coûte une fortune par an, cela coûte 700.000 euros par an pour faire marcher cela sans compter l'amortissement des chevaux et quelle contrepartie pour l'instant ? Une contrepartie d'image, certes, mais qui n'est pas nécessaire pour faire naître des poulains et à les vendre, soyons clair. Donc on travaille vraiment pour l'avenir et pour le sport français. L'avenir car je crois énormément en Kevin et Kevin croit énormément au système que nous avons mis en place. Il faut donc tenir. On n'a pas encore eu le temps de s'en occuper mais on veut partir à la recherche de sponsoring pour alléger la note en apportant à d'autres de la visibilité au travers des chevaux pas simplement « Hus ». Banda de Hus (Argentinus x Lefevre), grand espoir du haras. Puis lors d'une discussion, on s'est dit qu'il était dommage de lorsque les chevaux entraient en piste, Hus ne soit que les tapis de selles … etc et que vu le budget, ce serait bien qu'on ait plus de visibilité. Tout est parti comme cela. Cela a fait une polémique que j'ai très bien comprise. Je ne suis pas rentré dedans, j'ai laissé Kevin gérer ça… Le sujet s'est ensuite calmé mais si ça ne s'était pas calmé, je pense que j'aurais donné raison à l'éleveur. Je pense qu'il faut comprendre que le haras de Hus compte tenu de ses projets et des moyens qui ont été mis en œuvre, ce n'est pas à ça près. Je veux dire que ce n'est pas le fait de donner l'affixe « de Hus » en plus ou pas qui va changer la face du monde donc si ça doit nuire à l'image du haras, il ne faut pas le faire … mais je pense que les éleveurs doivent comprendre que ce sera une nécessité dans l'avenir et qui si ce n'est pas « de Hus », ce sera « des petits pois un tel » ou « de la banque du crédit agricole »… France de Hus (Fergar Mail, à gauche) et Champagne de Hus (Chellano, à droite), deux filles de Banda suitées de Conrad, avec Guillaume Gauthier, responsable de l'élevage au haras de Hus. Le coût du haut niveau est énorme et si on veut que le haut niveau marche, il va falloir trouver le moyen de faire entrer du financement extérieur, c'est de la visibilité et donc il va falloir lâcher beaucoup de choses y compris le nom et moi, je suis prêt à le faire. Nous n'avons pas encore eu le temps de le faire ici, mais nous allons nous y atteler. Cela a été difficile pour moi de réussir à former une équipe. On n'en parlait tout à l'heure par rapport aux cavaliers mais ce n'est pas que par rapport à eux. Cela a été une plaie de constituer une équipe car la France n'est pas très professionnalisée en matière de sports équestres par rapport à des pays comme la Hollande, l'Allemagne ou encore la Belgique. De plus, ici, nous sommes loin de la grosse base française qui est la Normandie. Cela a donc été assez compliqué à tous les niveaux de constituer une équipe. Maintenant, au niveau de l'élevage, je suis vraiment content de l'équipe en place, c'est redevenu un plaisir alors qu'à un moment donné, c'était devenu uniquement des choses chiantes. Les deux poulains de Conrad avec les filles de Banda (mère Chellano à gauche et mère Fergar Mail à droite). Déjà c'est une activité qu'il faut mettre en place, qu'il faut faire tourner, on a fait de gros investissements … et quand ça ne suit pas au niveau des hommes, on se dit qu'on ne va jamais y arriver. On a besoin de ça, de pouvoir compter sur des gens rassurants, qui font bien leur métier, qui sont impliqués et positifs. Aujourd'hui, c'est le cas à tous les niveaux des bureaux aux écuries. Les personnes qui se trouvent dans les bureaux ne sont pas issues du milieu du cheval et doivent encore se professionnaliser à ce niveau-là mais elles ont beaucoup de potentiel, font très bien leur travail et sont très impliquées, intelligentes, parlent plusieurs langues, c'est vraiment très plaisant. Maintenant, nous avons donc la base au niveau humain pour aller de l'avant. Notamment, et ce sera pour nous l'étape suivante, pour aller chercher du sponsoring. Effacer Hus pour trouver des revenus pour co-financer le haut niveau sinon, ce n'est pas possible … sauf s'il y a des étalons qui tournent mais ce n'est pas le cas aujourd'hui et il faudra attendre encore un peu de temps puisque nos premiers étalons susceptibles de passer le cap vers le haut niveau ont 6 & 7 ans, mais c'est dans l'ordre des choses.

SFL : Après avoir délocalisé votre cavalier, vous organisez l'an prochain un concours de foal à Saint Lô. Nantes, c'est vraiment un mauvais choix géographique ? A refaire, construiriez-vous vos installations ailleurs ?

X.M. : « Oui, ce n'est pas le meilleur choix, c'est mon avis (rires) ! Dans un problème purement agricole, Nantes n'est pas une terre d'élevage. Les prairies ici ne sont pas belles, ne sont pas top et sèchent très vite en été, dès le mois de juillet. Nous avons donc contourné ça avec des systèmes d'arrosage… etc mais enfin, là, nous utilisons 20 hectares pour l'élevage et j'aimerais que ce soit beaucoup plus extensif que cela. Nous cherchons aujourd'hui entre 100 et 150 hectares supplémentaires. Donc en effet, je pense que ce n'est pas la meilleure région et peut-être qu'un jour, je délocaliserai l'élevage pour cette raison là car je pense que c'est important. Nous mettons beaucoup de « 1 an » en Bretagne que nous récupérons à 3 ans. Néanmoins, en même temps, j'habite ici et moi, cette activité, c'est honnêtement l'un des plus grands plaisirs de ma vie alors si en plus, elle devait être dissociée de mon lieu de résidence, aujourd'hui ce serait impossible. Acheté lors de l'expertise du Holstein dans les non-approuvés, Conrad (Con Air x Locato) fait aujourd'hui partie des plus grands espoirs du haras. J'ai besoin de voir les foals qui passent leurs 15 premiers jours en étant manipulé au boxe et en étant au paddock devant la maison tous les jours, ce qui me permet de les enregistrer tous les matins, de les évaluer … etc. Ca me permet de passer peu de temps en étant au contact avec beaucoup de chevaux et cela correspond à ma vie d'aujourd'hui. C'est surtout au plan agricole que ce n'est pas la région idéale. Ensuite pourquoi faire le concours à Saint Lo ? Parce que je pense que nous ne pouvons continuer notre activité ici qu'en étant tout à fait accepté en Normandie par les éleveurs normands. C'est quand même là qu'il y a le plus de juments … et ce n'est pas simple. Premièrement ce n'est pas simple lorsqu'on en est loin et deuxièmement, ce n'est pas simple quand on a l'histoire du haras de Hus même si cela va beaucoup mieux chaque année. Je pense donc que faire la première édition de ce concours à cet endroit est un moyen de se rapprocher de la Normandie. Nous n'avons encore rien décidé pour l'avenir de ce concours mais l'idée était d'alterner l'endroit entre ici et Saint Lô … on verra. La mère et la soeur utérine par Corrado I de Conrad sont également au haras. SFL : Ce concours, c'est aussi pour suivre le modèle de Zangersheide ? Après le Z festival, les journées de Hus ? X.M. : « Pour l'instant, honnêtement, on ne suit aucun modèle particulier. On regarde chaque année ce que l'on peut faire pour améliorer les choses et progresser étape après étape. Je suis jeune dans le monde du cheval et je n'ai donc pas un grand recul sur ce qui a été fait auparavant. Je sais évidemment que Zangersheide a initié énormément de choses mais aujourd'hui, surtout en Allemagne où cela reste le pays où j'ai le plus de contact, il n'y a pas un étalonnier qui ne fait pas un concours de foals, comme il n'y en a pas un qui ne fait pas un show d'étalons qui a de la gueule. A un moment donné, ce modèle-là a fait ses preuves en Allemagne ainsi qu'en Hollande donc même si ce n'est pas très développé en France, ce n'est pas spécialement le modèle de Zangersheide. C'est quelque chose qui est très présent en dehors de la France et je pense que c'est bien. » SFL : Chaque année, vous annoncez des « soldes » dans vos produits. Est-ce une belle occasion de faire parler de vous ? N'avez-vous pas peur de dévaluer vos produits et le travail que vous faites ? X.M. : « C'est vrai que cela a pu choquer certains… et je ne sais pas trop quoi répondre. Moi, j'ai trouvé ça amusant et c'était plus un clin d'œil de faire ça la première année et ça créait un peu la polémique aussi, même s'il n'y avait sincèrement aucune recherche de provocation. C'était vraiment au deuxième degré car un cheval n'est pas un vêtement sur un porte manteau. Néanmoins, cela correspond à une réalité économique où, en tout cas dans mon cas, on décide de faire naître tant de chevaux et on ne peut raisonnablement en élever qu'un certain nombre. Nous faisons naître chaque année 100 poulains par an pour les deux disciplines et idéalement, il ne faut pas en garder plus de 50. Alors, il y a ceux que nous arrivons à vendre durant toute la saison d'élevage naturellement et il y a ceux qui restent et que l'on avait décidé de vendre à un moment donné. Ailleurs, cela se fait de gré à gré mais cela se fait de la même façon. C'était plus rationnalisé comme ça et finalement, même si cela faisait un peu de polémique, cela a bien marché la première année donc on l'a refait la deuxième puis la troisième et aujourd'hui, c'est un peu rentré dans les mœurs. Soeur utérine de Corrado I & II par Lavaletto