Uélème, l'envol du haras de Villers (3/7)

29 July 2015

Il y a des juments qui rentrent dans l'histoire pour leur palmarès, d'autres pour leur production. Très rares sont celles qui arrivent à combiner les deux. Uélème fait partie de ces exceptions. Après avoir permis à Olivier Jouanneteau de se révéler au plus haut niveau, ce sont ses produits qui prennent le relais sur les pistes internationales. Rencontre au haras de Villers avec son cavalier de toujours, Olivier Jouanneteau puis sa dernière cavalière, sa fille Pauline. Deux cavaliers qui continuent aujourd'hui à monter ses produits et leur descendance.

PARTIE 3 : LES ÉTALONS UTILISÉS

Regrettez-vous aujourd'hui de ne pas avoir marié Uélème à davantage d'étalons extérieurs ? 

« Non car je pense qu'on n'aurait pas vraiment pu faire autrement. Une année, j'ai bien essayé Diamant de Sémilly et une autre Quick Star mais elle n'a pas rempli. À chaque fois, on a utilisé du frais derrière pour être sûr d'avoir un embryon sur la saison. Elle ne remplissait pas spécialement bien en congelé donc on faisait une ou deux chaleurs puis on mettait quelque chose de « plus facile » où l'on était sûr d'avoir un poulain.  Les choix se sont faits un peu comme ça puis j'ai mes critères de sélection pour un étalon et mes étalons, je les connais. Happy Villers est un étalon qui était très typé Quidam avec un peu de bec mais qui était beau, gentil et qui sautait très bien. L'année dernière, il a fait la championne de France des 6 ans, qui est l'une des meilleures 7 ans cette année. Alors oui, c'est une fille d'Uélème mais ça reste une très bonne jument et il y a des étalons qui même avec des bonnes juments n'ont rien produit. Happy Villers est également issu d'une bonne famille puisque sa grand-mère était une sœur utérine de la grand-mère de Shogun, Jus de Pomme … Ce n'était donc pas déraisonnable comme génétique.

Phylomène (Adelfos & Uélème)

Happy Villers (Quidam de Revel x J'T'Adore) 

Ululu (Happy Villers & Uélème), championne de France des six ans sous la selle de Franck Vancrayelynghe. 

J'ai ensuite utilisé Adelfos parce qu'il était chez moi puis Qualisco III. Globalement, avec des étalons différents mais qui n'étaient peut-être pas des vedettes du moment, elle a quand même bien produit. Norman Pré Noir est certes un cheval qui n'a pas eu des performances exceptionnelles mais qui a un frère utérin, Quorioso Pré Noir, qui est quand même un bon cheval alors que leur mère était meilleure 6 ans et 7 ans de sa génération. Norman Pré Noir (Carthago x Trésor de Cheux) C'est un courant de sang un peu atypique avec la grand-mère qui est une pursang mais Norman sautait à trois ans comme un phénomène, même s'il avait une technique un peu lente comme peuvent l'avoir les produits de Carthago. C'était néanmoins un cheval souple, respectueux avec de gros moyens et sa production l'a propulsé l'an dernier en tête des pères de 5 ans à Fontainebleau. Plein de gens me disent qu'ils ont un Norman Pré Noir qui est très bon. Après ce sont mes critères d'éleveur-étalonnier. Cette année, nous avons néanmoins un peu évolué car lorsqu'on ne tourne qu'avec ses étalons, on se retrouve avec toutes les filles de ses étalons et il faut bien ouvrir un peu l'éventail. J'ai donc recherché des choses un peu différentes mais on n'est pas mieux servi pour la cause… »

Le fait d'avoir bien souvent monté les étalons que vous utilisez apporte également un plus ?

« Oui, en général, je ne fais pas non plus n'importe quoi. J'essaie toujours de combler les trous d'un côté ou de l'autre. Si une jument a un mauvais style devant, je ne vais pas lui mettre un fils de Quidam car en général ils ont beaucoup de force dans le dos mais ce n'est pas tout à fait ça devant. Ensuite, j'ai utilisé un étalon qui s'appelait Trophée du Rozel qui était un cheval un peu typé Narcos, rigide dans le dos, une grande galopade avec une mère Night and Day ce qui est vraiment très bien. 

 Queen of Lulu (Happy Villers & Uélème)

J'adore Night and Day, je pense que c'est certainement le meilleur pur-sang que l'on ait jamais eu en France. A l'époque, il avait ses détracteurs qui disaient qu'il faisait de mauvais pieds. Il faut dire que c'était une époque où, quand on avait un trou dans le naviculaire, on disait que c'était dramatique alors qu'on s'est aperçu après que cela dépendait de la forme du naviculaire et du nombre de trous qu'il y avait. 

No Problem Villers (Trophée du Rozel & Uélème)

De plus, à l'époque, ces chevaux galopaient sur des terrains qui étaient durs comme du béton. Les pur-sangs étaient peut-être un peu plus fragiles à ce niveau-là mais je ne suis pas certain qu'on dise encore aujourd'hui que les radios des fils de Night and Day soient pourries. On a mis beaucoup d'eau dans notre vin aujourd'hui pour juger de ce type de lésions. Je pense qu'aujourd'hui, il aurait meilleur presse mais il a quand même sorti quelques phénomènes à une époque où l'on se dirigeait vers les Haras Nationaux pour faire saillir nos juments plutôt qu'à un pur-sang qui débarquait d'Angleterre et dont on ne savait pas grand-chose. Il y a quand même eu des gens qui ont été des précurseurs et qui lui ont adressé une jumenterie assez épaisse qu'il fallait affiner et à laquelle il fallait ramener du sang. Qualisco III était un Jalisco x Night and Day, Nelfo du Mesnil, le père d'Uélème, était un Elf III x Night and Day, donc ce sont toujours des courants de sang qui m'interpellent un peu. Après, c'est certain qu'il y a des croisements coup de cœoeur et que l'on n'aurait pas fait en réfléchissant un peu avant mais ce n'est pas très simple. Quand je vois Uélème qui a produit un certain nombre de poulains « propre frère ou propre sœoeur », ils sont tous différents alors après ça, je suis assez prudent et je ne fais pas de grandes théories sur l'élevage. » 

La seconde partie est à retrouver ici

La quatrième partie est à retrouver ici