Torquator Tasso, l’Arc et le triomphe dans le sang ?

09 octobre 2021Auteur : Myriam Rousselle

Dimanche 6 octobre, les aficionados des courses hippiques avaient rendez-vous à Longchamp pour le Grand Prix de l’Arc de triomphe. Cette course historique, qui fêtait d’ailleurs sa 100e édition en 2021, réunit chaque année les meilleurs pur-sang du monde sur les 2400m de l’hippodrome parisien. De part la qualité des chevaux qui en prennent le départ, de part l’importance de la dotation totale allouée (5 millions d’euros à partager entre les cinq premiers, ce qui en fait la course la mieux dotée du programme français) et de part l’aura définitivement international du rendez-vous (rediffusée dans 60 pays, la course met en concurrence des chevaux entrainés en France, mais aussi en Allemagne, en Italie, en Grande-Bretagne, en Irlande ou encore au Japon !), l’Arc de triomphe est considéré comme la plus grande course du monde.

La remporter, c’est inscrire son nom dans l’histoire. Et comme pour de nombreux évènements prestigieux, l’expérience fait souvent la différence. Les victoires dans l’Arc de triomphe sont associées à des casaques historiques, des entraineurs à la carrière auréolée de succès et de jockeys considérés comme les meilleurs du monde. Cette année pourtant, c’est un discret trio allemand qui s’est imposé. Enorme surprise avec la victoire du poulain allemand Torquator Tasso, piloté par le jockey Rene Piechulek, 34 ans, qui montait pour la première fois cette course. Le fils d’Adlerflug, est venu tout à la fin dominer la favorite Tarnawa, associée au jockey star Christophe Soumillon, alors que les deux représentants Godolphin, Hurricane Lane et Adayar terminent à la troisième et à la quatrième place.

Si Marcel Weiss, l’entraîneur, travaille depuis quatorze ans pour le propriétaire de Torquator Tasso, le Gestüt Auenquelle, il n’est devenu son entraineur qu’en novembre 2019, après avoir été l’assistant de Jens Hirschenberger durant quatorze ans. « C’est seulement ma deuxième saison en tant qu’entraîneur. J’ai été assistant chez des entraineurs pendant vingt ans et j’ai été ravi il y a deux ans que des propriétaires me donnent l’occasion de reprendre l’écurie. Surtout avec un cheval comme Torquator que je voyais déjà comme une petite star », indique l’entraineur, réputé sérieux et discret, de 43 ans. Une première tentative donc couronnée de succès pour ce professionnel qui compte quelques cinquante chevaux dans son effectif. Une première qui fut la bonne également pour le tout aussi réservé jockey Rene Piechulek. Si il monte en France depuis 2008, jamais il n’avait pris le départ d’une course de Groupe 1 dans l’Hexagone. Jamais non plus il n’avait monté le parcours de 2400m de Longchamps. Ce parcours reconnu comme si exigeant, pour les jockeys et les chevaux, avec sa montée de 600m avant le premier virage, suivie de la descente jusqu’à la fausse ligne droite. « Au départ, il n’y avait pas beaucoup de train dans la course, j’ai donc vite essayé de trouver une position vers la tête. Je voulais être prêt le plus tôt possible parce que j’ai un cheval qui ne fait qu’accélérer avec la distance. Je voulais être en position pour attaquer et c’est ce que nous avons fait », explique le jockey. « Le terrain nous a beaucoup aidés », renchérit l’entraineur, dont le protégé a en effet été particulièrement à l’aise sur la piste lourde de Longchamp après plusieurs heures d’importantes pluies. 

L’Arc dans le sang ? 


Si l’entraineur et le jockey n’avaient pas spécialement attiré l’oeil des pronostiqueurs, Torquator non-plus ! Alors, vraiment sorti de nul part cet alezan à la tenue incroyable ? Pas vraiment ! Si il n’était encore jamais sorti d’Allemagne, le cheval avait connu une belle réussite dans son pays natal. Acheté pour moins de 30 000euros par le Gestüt Auenquelle, Torquator est issu d’Alderflug, troisième du prix Ganay (Groupe 1) et lauréat du Derby allemand (qui désigne le meilleur 3 ans de sa génération Outre-rhin), lui-même issu de la souche maternelle d’Urban Sea, lauréate de l’Arc en 1993 et à l’origine d’une production particulièrement performante dans l’Arc. Elle est la mère de Sea the Stars qui a remporté l’Arc en 2009, et de Galileo, considéré comme l’un des meilleurs étalons au monde, père de Found (gagnante de l’Arc en 2016) et Waldgeist (lauréat en 2019). Galilelo est également présent dans la lignée d’Enable, qui signait le doublé en 2017 et 2018 ! Et si la génétique ne fait pas tout, l’entourage de Torquator lui trouve très vite de grandes qualités, qu’il confirme en course. Débuté relativement tardivement lors de son année de 3 ans, il est d’emblée élu cheval de l’année 2020 en Allemagne. Dès l’hiver 2021, l’Arc de triomphe entre dans les objectifs de son entraineur, qui peaufine sa préparation lors des Grands Prix de Berlin (dont le cheval termine 2e) et Baden (qu’il remporte). En s’imposant à Longchamp, Torquator Tasso a défié toute la hiérarchie, inscrivant une troisième victoire allemande au tableau des lauréats de l’Arc de Triomphe. Le dernier succès allemand remontait à 2011, avec la victoire de Danedream, qui avait d’ailleurs elle aussi remporté le Grand Prix de Baden avant d’être sacrée à Longchamp ! 

Initialement intéressé pour orienter son protégé vers la Japan Cup en novembre, Marcel Weiss a revu sa copie après cette victoire aussi inattendue que méritée et a annoncé que le cheval ne serait plus revu sur les pistes en 2021. Il a également annoncé qu’il serait au départ de l’Arc 2022 pour défendre son titre. Torquator rejoindra-t-il le cercle très privé des chevaux ayant signé le doublé ? Ils ne sont que huit à avoir réussi cet exploit !

Photos : Torquator Tasso et Rene Piechulek ©France Galop/Scoopdyga

AuteurMyriam Rousselle