Romain Duguet en toute humilité.

25 November 2015

Romain Duguet en toute humilité. C'est important pour vous de garder ce côté le plus réaliste possible ? R.D. : « Oui bien sûr. Je pense que quand vous vivez même ce qui m'arrive cette année, il faut garder les pieds sur terre et bien garder à l'esprit que demain tout peut s'arrêter si tu n'as plus un cheval comme ça ou les deux-trois choses qui font que tout est là. Cette réussite, c'est celle d'un propriétaire, d'une équipe dont fait partie l'entraîneur, d'un cheval … Ce n'est pas toi tout seul qui fait que tu rejoins l'élite mondiale. Je pense qu'il faut rester réaliste par rapport à tout cela et respecter cela. Si elle avait pris la décision de vendre la jument, j'aurais aussi respecté sa décision et je l'aurais tout à fait comprise. » Quand vous avez décidé de vous lancer dans cette formation dans les chevaux, c'était avec un petit espoir de faire partie du haut niveau ? R.D. : « J'ai toujours rêvé de faire ce que je fais aujourd'hui mais les rêves ne deviennent pas toujours réalité. Quand je suis parti de chez moi, de chez Jean-Michel Gaspard, c'était aussi pour ça. Je voulais me donner toutes les chances d'y arriver et pas rester là autour de chez moi dans un endroit où à la fin, tu finis par être catalogué pour monter des 4,5 et si tout va bien des 6 ans. Je me suis dit que je n'avais pas envie de ça … même si peut-être je serai un jour obligé de le faire pour manger ou nourrir ma famille ce qui n'était pas le cas à cette époque.

Je n'ai jamais voulu louer ou construire une écurie pour devoir ensuite la remplir. Je préférais l'idée de monter pour un marchand et peut-être de gagner moins tous les mois mais avoir l'espoir, le rêve de faire des beaux concours et du sport. Même si j'ai aussi pensé ne pas être assez bon et que peut-être je devrais arrêter ça. »

A un moment donné, on y pense à ça ?

R.D. : « Oui parce que quand vous travaillez 12 à 15 h par jour et qu'à la fin, il y a des moments où vous ne sentez pas que ça évolue vraiment, c'est difficile. On se dit que peut-être on ne doit pas attendre 40 ans pour trouver un autre job. A un moment, j'ai réfléchi à trouver une autre voie que je voyais peut-être en relation avec les chevaux et peut-être au niveau des camions tout en gardant un ou deux chevaux quand j'en aurai les moyens juste pour le plaisir. » Pourquoi les camions ? R.D. : « J'adore les camions ! Je trouve cela fantastique. J'aime bien conduire un camion même si je ne suis pas sûr que ça m'amuserait de conduire pour faire les voyages que l'on fait tous les week-ends et là, je n'ai plus trop le temps mais j'essaie de conduire moi-même le camion avec deux-trois copains pour descendre chaque année au Sunshine Tour. Quand on fait cela avec des amis, c'est assez cool … quand on doit conduire douze heures, c'est déjà nettement moins rigolo.

Quand il faut aider un groom pour conduire lors d'un voyage un peu plus long, je le fais volontiers. Je trouve que maintenant ce que l'on arrive à faire avec les appartements, c'est juste fantastique de mettre tellement de choses dans un espace aussi réduit. Je trouve que c'est beau, j'adore cela ! Ma femme avait fait un très beau camion il y a quatre ou cinq ans pour nous permettre de partir en famille avec les enfants et qu'on ait vraiment tout le confort d'autant qu'à cette époque, je ne faisais pas les mêmes concours, il fallait payer l'hôtel tous les week-ends puis les enfants n'allaient pas à l'école et pouvaient venir avec nous tous les week-ends. C'était vraiment le plaisir d'avoir un super camion et c'était comme une maison de vacances. Maintenant, les choses sont différentes, les filles vont à l'école, on peut moins les prendre avec nous. Nous avons souvent l'hôtel payé et il faut rester ensemble lors des concours par équipe… les choses sont donc complètement différentes. J'ai donc fait faire un camion avec beaucoup de place pour Quorida avec tout le luxe pour elle et beaucoup moins pour nous. »

Aujourd'hui, il faut savoir aussi gérer toute une saison et cela passe aussi par les week-ends sans Quorida. Ça vous ennuie de devoir refaire des CSI deux ou trois étoiles ?

R.D. : « Non pas du tout. J'ai la chance d'avoir d'autres chevaux ici que j'aime, peut-être pas autant car je vis un rêve avec la jument mais j'ai beaucoup de chevaux que j'apprécie énormément de 6 ans, 8 ans, 9 ans et à propos desquels je rêve beaucoup aussi. Quand je peux aller au concours avec eux le week-end, je suis aussi très heureux d'autant qu'il y a beaucoup de très beaux concours deux ou trois étoiles où l'on est très bien reçu qui sont des concours d'une très grande qualité. Je ne fais pas souvent des nationaux mais quand j'en fais cela permet aussi de garder le contact avec des gens qui sont autour de chez nous. Cela fait aussi partie des choses qui sont importantes. J'adore faire du concours peu importe si c'est un bon deux étoiles ou un top concours cinq étoiles. Je suis content de faire quelque chose. Si je reste trop longtemps à la maison, j'ai l'impression de perdre mon temps. J'ai l'impression de plus travailler au concours même si le travail à la maison est évidemment important. Au concours, vous avez plus l'impression de faire quelque chose de vos mains en pouvant mettre un cheval en valeur ou en en faisant évoluer un. C'est cette expérience-là qu'il ne prendra pas lorsqu'il reste à la maison. C'est donc important d'aller aussi au concours avec les autres chevaux et pour moi, c'est toujours un plaisir d'y aller. »

Aujourd'hui, Thomas Fuchs a intégré votre équipe. C'est la première fois qu'un entraineur vous suit ?

R.D. : « Marie Pellegrin-Etter m'avait accompagné un moment. Elle avait un peu moins de chevaux, nous étions très amis et elle avait un peu de temps puis j'ai fait un peu plus tout seul car je trouve que parfois, c'est bien aussi de se retrouver un peu seul et de faire un peu avec notre propre feeling. Lorsque j'étais chez Jean-Michel Gaspard, il m'a beaucoup aidé puis chez Max Hauri, il y avait toute une équipe. Ses enfants avaient aussi tourné à un bon niveau et donnaient un coup de main de temps à autre. Le complexe imaginé par Christina Duguet comprend non seulement les écuries familiales avec un manège ainsi qu'une piste extérieure couverte mais aussi un restaurant, un magasin d'articles d'équitation ainsi que différents bureaux et des parkings au sous-sol. J'ai ensuite travaillé chez un autre cavalier qui avait fait le grand sport avant, j'ai donc toujours été un peu avec quelqu'un. Six mois après avoir débuté Quorida, j'étais un peu dans l'impasse. Je n'y arrivais pas, la jument était très sensible et très forte… jusqu'au jour où j'étais plus dépressif que jouissif. Là, je me suis dit que j'allais la tête dans le mur et que je devais me faire aider par quelqu'un. Je connaissais déjà un peu Thomas, j'avais déjà parlé avec lui quelques fois, c'était quelqu'un que j'aimais beaucoup dans son idée par rapport aux chevaux. J'ai donc pris le téléphone et je l'ai appelé. Ca n'a pas commencé tout de suite mais j'espérais qu'il me donnerait une réponse positive. » Quand on voit vos résultats, ceux de Steve et de son fils Martin, c'est assez incroyable. Qu'est-ce qu'il change, qu'est-ce qu'il apporte ? R.D. : « Déjà ce que nous nous faisons en ce moment, lui, il l'a fait avant nous ! Il a évolué avec le sport. Ce n'est pas quelqu'un qui est resté à se dire, il y a 25 ans, je gagnais comme cela et c'est comme ça que ça se passe. Lorsqu'il faisait partie des meilleurs cavaliers mondiaux, c'est déjà quelqu'un qui avait des chevaux modernes. Cela prouve qu'il savait déjà acheter un cheval. Ensuite ce qu'il apporte à l'équipe nationale ou à son équipe à lui, c'est que c'est un gagneur qui est tous les jours motivé, qui a envie que l'on progresse et que l'on gagne tous les jours. Il est derrière nous. Thomas, ce n'est pas quelqu'un qui dit « Moi, j'ai fait ça. », c'est quelqu'un qui va dire « Les mecs, allez-y, vous êtes bons, vous pouvez gagner. » Jamais il ne va se mettre en avant. Si je n'avais pas lu la biographie de sa carrière, je ne saurais même pas ce qu'il a gagné. Il va nous dire si on doit essayer de gagner ou si c'est préférable qu'on joue placé pour l'une ou l'autre raison. C'est quelqu'un qui connaît le sport, c'est un véritable homme de cheval. Il vient chez moi : il sait ce que mes chevaux mangent, comment ils sont ferrés, il connaît leur planning et si il ne le sait pas, il va demander ce que les chevaux ont fait les trois jours avant et ce que j'ai prévu de faire trois jours après, on va discuter le programme de concours… Il est toujours à l'affût de trouver un bon jeune cheval dans un tout petit concours que personne n'a vu. C'est quelqu'un qui fait le travail de A à Z pour nous trois en quelque sorte. Tous les trois, on sait qu'on peut se reposer sur lui à chaque moment quand on en a besoin. » La suite, c'est ici et demain !