Romain Duguet en toute humilité.

24 November 2015

Romain Duguet en toute humilité. C'est comme cela que la vie tourne ? R.D. : « Tout à fait, c'est comme ça que la vie tourne. Lorsque je suis arrivé ici, je ne parlais pas un mot d'allemand et je débarquais en Suisse Allemande. Je me suis dit que ça allait peut-être être compliqué. Pendant deux mois, je travaillais puis je rentrais chez moi car au final, je ne savais pas communiquer avec beaucoup de gens. La famille Hauri parle très bien français mais ce n'était pas facile à vivre tous les jours. D'un côté, c'était moi qui l'avais voulu. Je n'avais pas besoin de choisir la Suisse Allemande et personne ne m'a imposé d'être là … mais c'est sûr que des jours où ça se passe un peu moins bien au travail, que l'on n'a pas tout à fait le moral et qu'on n'a personne à qui véritablement se confier, c'est dur. Mes amis étaient un peu loin ! Néanmoins, quand j'en avais marre et que j'avais un jour de congé, je pouvais rentrer chez moi, il n'y avait que trois heures de route. Il y a pire comme situation. Il y a beaucoup de gens qui vivent bien pire dans leur vie que ce que nous on doit vivre parce que nous, nous vivons de notre passion. Nous ne pouvons donc pas nous plaindre. Quand on fait ses choix, il faut les assumer totalement. » Qu'est-ce que Max Hauri a pu vous apporter au niveau équitation ?

R.D. : « Max m'a déjà permis de continuer à monter de très bons jeunes chevaux chez lui et être aussi pour la première fois dans une vraie écurie de commerce. Ce qui veut dire que c'est aussi la chance de pouvoir présenter des chevaux à Markus Fuchs qui était à l'époque numéro un mondial mais aussi à Beezie Madden qui était déjà au top du top depuis quelques années. J'ai appris à sélectionner de très bons jeunes chevaux et à faire en sorte que cela tourne et réaliser que cela faisait aussi partie de notre métier : le commerce ! Réaliser qu'avoir une bonne écurie de commerce peut aussi te permettre dans l'avenir de pouvoir conserver l'un ou l'autre cheval plus tard pour le sport. Je pense que c'est là où j'ai beaucoup appris chez lui. »

Le commerce, c'est une chose qui vous a plu ?

R.D. : « Oui, c'est quelque chose que j'aime bien et que j'aimerais maintenant développer plus chez moi. J'ai eu la chance jusqu'à maintenant que ma femme m'aide beaucoup pour essayer de percer dans le sport et ces derniers temps, nous y sommes d'ailleurs pas mal arrivés mais j'aimerais développer plus cette activité de commerce d'autant que maintenant Jennifer Meylan travaille pour moi depuis presque une année. Elle a commencé après Genève l'an dernier et j'aimerais faire grandir cette activité avec elle en lui confiant des bons chevaux. » Otello du Soleil (Alligator Fontaine)

Le haut niveau ne vous suffit pas ? C'est dans le but de vous trouver de bons jeunes chevaux ?

R.D. : « Le haut niveau me plaît et comme je le vis en ce moment, cela me suffit amplement, c'est même beaucoup quand on veut faire les deux mais j'ai aussi la chance d'être bien entouré en ce moment. Je voudrais donc aussi un peu profiter de cette petite notoriété que je suis en train d'acquérir en ce moment pour développer mon écurie et ne pas attendre que Quorida ait fini sa carrière sans que j'aie d'autres chevaux qui soient arrivés en passant peut-être à côté de quelque chose. Avec le sport, on ne sait jamais de quoi l'avenir est fait. Le sport de haut niveau, ça tient à un ou deux chevaux. Si un de ces deux chevaux là est vendu et que l'autre se blesse, vous n'êtes de nouveau plus rien et il ne se passe plus grand-chose. Je pense donc que si on a une partie commerce qui est assez solide, si à un moment cela va un peu moins bien dans le sport, la vie continue et l'écurie continue à tourner tout en continuant à trouver des jeunes chevaux car je pense que c'est vraiment important d'avoir un turn-over de chevaux et de se dire parfois que, tiens celui-là, c'est peut-être pas celui qu'on aurait cru mais c'est avec lui que j'ai le plus d'affinité et on va essayer de le garder un peu. Je pense aussi que c'est bien de ne pas se focaliser uniquement sur le sport et d'avoir aussi une autre motivation à côté. Cela permet de relativiser. Depuis que j'ai commencé ce projet de développer le commerce et d'avoir une autre personne qui monte pour moi, je me rends compte que le sport va beaucoup mieux. Il est certain que Quorida arrive aussi plus à maturité et que j'ai aussi pris plus d'expérience mais je pense que c'est un ensemble de choses dont le fait de mieux relativiser le week-end car je sais que j'ai autre chose en rentrant le lundi. Tout cela permet de moins se mettre de pression le dimanche et de vivre tout cela de manière un peu plus cool. »

Vous vous mettiez beaucoup de pression ?

R.D. : « Oui parce que tant que vous n'avez pas prouvé, vous devez prouver ! Vous remettez tout en question à chaque Grand Prix, chaque coupe des nations. Les gens t'attendent puis tout le monde sait très bien que si on vous laisse deux, trois fois la chance puis que vous vous loupez, vous ne l'aurez plus car il y en a d'autres qui poussent derrière, qui ont des résultats comme vous et qui méritent aussi leur place. Je savais qu'avec Quorida il y avait vraiment moyen de faire quelque chose.

Je savais que j'avais un cheval entre les mains qui était vraiment capable de peser au plus haut niveau … mais il fallait le faire et il fallait le prouver car je ne suis pas le seul à essayer d'avoir ma chance. Maintenant, nous avons eu trois belles victoires et quelques autres beaux résultats cette année…  »

C'est une pression qui vient de l'extérieur ou de vous-même ?

R.D. : « J'ai la chance que la jument appartienne à ma femme et de ce côté-là, je n'ai aucune pression et c'est une grande chance pour un sportif de n'avoir personne pour vous appeler le vendredi matin en vous disant que vous devez absolument gagner ce week-end. De toute façon, on veut à tout prix gagner tous les week-ends sinon je pense qu'on ne serait pas là.

De plus, savoir que si durant deux mois ça ne se passe pas bien, la jument ne partira pas pour autant chez un autre cavalier comme ça peut arriver malheureusement pour certains chevaux, c'est un luxe. En fait, personne ne me met la pression mais si tu montes dans l'équipe, tu sais très bien que tu dois être bon pour la coupe ou lorsque c'est un championnat. Automatiquement, il y a une pression. »

Quand on veut faire du commerce, automatiquement, les chevaux que l'on demande ce sont aussi des chevaux comme Quorida et les autres chevaux de tête, vous pourriez envisager un jour de la voir partir ?

R.D. : « J'espère pas … mais nous avons eu déjà quelques très grosses offres. Déjà à 9 ans lorsque nous étions à Calgary, nous avions reçu une très belle offre alors qu'elle n'avait encore rien gagné même si on voyait qu'il y avait un fort potentiel sur la jument. Ma femme avait résisté à ce moment-là. Cette année, nous avons eu plusieurs proposition dont une très sérieuse après le Saut Hermès. Au début de l'année, nous avions discuté que si j'avais une chance pour aller aux championnats d'Europe, nous la conserverions. J'avais été un peu déçu et peut-être ma femme encore plus lorsque nous nous étions retrouvé en tant que réserviste l'an dernier lors des championnats du monde. C'est comme ça, le chef d'équipe devait faire un choix, il l'a fait et j'ai respecté son choix, il n'y a aucun problème avec cela. Cette année, j'avais dit que j'allais tout faire pour être meilleur et qu'il n'y ait pas de discussion entre la 4 ème et la 5 ème place ! Je n'avais pas dit qu'il serait obligé de me prendre mais je comptais bien avoir les résultats pour qu'il n'y ait pas de discussion. En début d'année, Christiana avait décidé qu'on allait tout faire pour être aux championnats d'Europe et que si nous nous qualifions pour les Jeux Olympiques, elle ne vendrait pas la jument … elle est restée sur son choix. C'est fort de sa part et je ne peux que l'en remercier car ce sont des gens comme ça qui font que l'on peut devenir les gens que l'on arrive à être. »

Ca reste des relations « propriétaire-cavalier » ou ce sont des décisions familiales ?

R.D. : « Quand on discute comme cela, c'est une relation propriétaire-cavalier. Je lui ai transmis l'offre pour laquelle on m'avait appelé et je lui ai dit que là, c'était son choix et que la décision lui appartenait. Ce n'est pas à moi de décider. Je ne peux pas lui dire de ne pas vendre puis que la jument ait un accident malheureux 15 jours plus tard. C'est vraiment une décision qui lui appartient. »

La suite, c'est ici et demain !