Rencontre avec Marine Scauflaire.

06 October 2016

Marine Scauflaire: échelon par échelon. Photos : Studforlife, Agence Ecary & G2S Finalement, vos sœurs ont également choisi de suivre vos traces en évoluant également à cheval toutes les deux mais est-ce que vous pensez qu'avec l'expérience que vous avez engrangée, elles ont fait les choses un peu différemment que vous ? M.S. : « Oui. Mes sœurs ont commencé un peu plus tard que moi car il y en avait une qui avait un peu peur et l'autre qui n'était pas très motivée. Pour ma part, lorsque j'étais à l'école secondaire, nous allions nous entrainer deux fois par semaine avec 4 ou 5 poneys chez François Bossu, j'ai fait des internationaux. Nous vivions vraiment le truc à fond. Mes sœurs ont fait moins vite des internationaux, la progression a été un peu plus lente car mes parents sentaient que la motivation était différente mais ma maman s'est dit aussi que pour ma part, j'avais vraiment grandi uniquement avec les chevaux et elle a essayé que ce soit différent pour mes sœurs en essayant qu'elles puissent avoir d'autres activités. La 8 ans Antonia van de Helle Z (Asca Z) évolue conjointement sous les selles de Léa et Marine Scauflaire.

Lorsque je suis sortie des secondaires, je n'avais vraiment aucune idée de ce que j'allais faire ! Il n'y avait rien d'autres que les chevaux dans ma vie. C'est évidemment par amour des chevaux et aujourd'hui encore, je ne me vois pas faire autre chose … mais c'était néanmoins un problème. Ma petite sœur évolue encore en poney mais elle va désormais passer à cheval car si moi j'ai eu la chance que la transition poney-cheval se passe bien, ce n'est pas toujours le cas et mon papa préfère qu'elle passe le pas plus vite que moi… puis mon papa a aussi été très déçu de ce qui s'est passé avec moi lorsque j'étais en poney. Elles font leur petit truc mais sans que cela devienne une corvée ce qui, je trouve, peut arriver quand on est jeune. »

A la sortie de l'école secondaire, c'était important pour vous de quand même poursuivre des études ?

M.S. : « Si ce n'était que moi, je me serais bien arrêtée … mais aujourd'hui, je me rends compte que cela aurait été une très mauvaise idée. Pour mes parents, il en était hors de question. Ils m'ont dit que je ferais ce que je voulais après mais que d'abord ils voulaient que j'aie un diplôme car les chevaux ce n'est quand même pas facile. Savoir vivre de sa passion, c'est bien mais ce n'est pas évident alors ils m'ont toujours dit que le jour où ça ne se passerait pas bien, je pourrais toujours retomber sur mes pieds car j'avais un diplôme. Personnellement, je n'aimais pas vraiment l'école alors je me serais bien arrêtée… mais j'ai poursuivi par trois ans d'études dans le marketing.

J'ai procédé par élimination après avoir passé mes deux mois de vacances à réfléchir à ce que j'allais faire. Je me suis inscrite le 5 septembre et l'on débutait deux ou trois jours plus tard. Je me suis dit que le marketing touchait un peu à tout et pourrait aussi servir dans les chevaux si je voulais travailler plus tard pour une écurie de commerce ou autre. Mais cela n'a néanmoins pas été des années de corvée pour la cause car c'était des études assez chouettes et la haute école était quand même plus conviviale que l'université. Ce n'était évidemment pas tous les jours faciles car cela représentait tellement de travail avec les chevaux en plus que j'avais parfois envie de tout arrêter mais durant ces années-là, les professeurs ont été très compréhensifs et m'ont laissé partir durant trois semaines à la tournée de Vidauban et je suis également partie à Oliva quand j'ai fait mon stage en entreprise chez Béatrice et Constant van Paesschen. Je ne regrette vraiment d'avoir fait ce choix. »

Par contre, lorsqu'on choisit également un compagnon dans les chevaux, ça n'aide pas à parler d'autre chose ?

M.S. : « Non, c'est sûr. Néanmoins, comme nous vivons et travaillons dedans tous les jours, ce serait quand même difficile d'envisager de vivre avec quelqu'un qui n'est pas dans le milieu sinon, il ne peut pas comprendre que l'on s'en aille le week-end au concours ou que l'on ne peut pas sortir car le lendemain, on a des choses à faire et que l'on doit se lever tôt. Avec mon compagnon, Gauthier Mercenier, ce n'est pas toujours évident car nous sommes tous les deux fort pris … mais je pense que c'est nécessaire sinon, il ne peut pas comprendre la vie que l'on a. » Venzi de Malélor (Nabab de Rêve) est issu d'une soeur utérine de l'étalon Jarnac de la Bonette qui a évolué sous la selle de David Jobertie.

Cette année, c'est une saison fantastique avec de nombreux classements en Grand Prix. Cela fait du bien au moral ?

M.S. : « Oui, énormément. C'est un peu tout le travail qui paie. C'est un peu ma revanche par rapport à tout ce qui s'est passé avant. J'ai toujours eu peur de ne jamais recevoir ma chance, que ça ne passe jamais … alors aujourd'hui, je le vis un peu comme une revanche. Je trouve surtout qu'en poney et junior, on ressent beaucoup la différence de niveau social. Nous avons un niveau de vie normal avec des moyens normaux et on le ressent beaucoup chez les jeunes quand on voit ces enfants arriver avec des camions derniers cris, des grooms, des chevaux qui coûtent des fortunes … et je dis ça sans aucune animosité, tant mieux pour eux … mais on le ressent de manière négative en se sentant un peu rabaissé. Aujourd'hui, cela prouve que l'on peut réussir avec le travail et aussi un peu de chance car on a eu la chance de trouver un cheval comme Opodium qui ne coûtait pas des fortunes et qui était dans nos moyens. Je suis évidemment encore très loin du haut niveau à l'image d'un Grégory Wathelet ou des gens comme ça … mais que l'on peut déjà faire de bonnes choses. »

Ce ressenti aurait pu devenir quelque chose de très négatif ?

M.S. : « Maintenant plus mais quand on est jeune, c'est plus difficile. On se demande si un jour, on va réussir à arriver au niveau de ces jeunes bien équipés. C'est une chaine sans fin et oui, je trouve que cela a un côté négatif et qu'en équitation, le talent ne suffit malheureusement plus quand on voit le prix pour rentrer au concours ou pour avoir accès aux beaux concours, il faut prendre un table VIP … cela devient un sport de plus en plus difficile même si cela a toujours été un sport cher. » Marine Scauflaire partage sa vie avec un autre cavalier international belge: Gauthier Mercenier.

Après cette belle saison, est-ce que l'on rêve de très haut niveau ?

M.S. : « Je pense que tous les cavaliers rêvent de haut niveau et d'évoluer un jour en cinq étoiles … maintenant, il faut être réaliste. A l'âge que j'ai, on ne va pas venir me confier un cheval qui tourne sur des épreuves 1m50. Le cheval que j'ai qui évolue sur ces hauteurs-là, c'est un cheval que j'ai construit et que mes parents ont acheté. Je suis réaliste … mais on en rêve surtout quand on fait de belles choses. Cette saison, j'ai été quasiment toujours sans-faute en Grand Prix deux étoiles. J'essaie de faire quelques trois étoiles mais de nouveau, ce n'est pas simple de pouvoir avoir accès à ces concours même si j'en ai fait un à Lummen en début d'année où cela s'était également bien passé. A chaque fois, on repousse ses objectifs un peu plus hauts. Cela fait rêver mais je suis réaliste et je sais que ce n'est pas facile. »

Que peut-on vous souhaiter pour l'avenir ?

M.S. : « De trouver de bons jeunes chevaux car les jeunes, c'est l'avenir. Je souhaiterais dans un futur proche pouvoir acheter ou que l'on me confie de bons jeunes en espérant en trouver qui pourront prendre la relève d'Opodium car il a aujourd'hui 14 ans et n'est pas éternel non plus. J'espère continuer les résultats que je fais avec lui actuellement et pourquoi pas viser les trois étoiles. Avec lui, je rêve de pouvoir intégrer l'équipe belge sur l'une ou l'autre coupe des nations de seconde ligue… nous verrons. »

Première partie FIN