Ready Cash, l'avènement d'un roi

17 août 2012Auteur : Julien Counet

Suite et fin de notre rencontre avec Ready Cash et son entourage !

Que peut-on lui souhaiter pour cette année ? 

Christophe Toulorge : « Qu' il reste en forme et qu'il gagne à l' étranger. Il devrait avoir une grande course au mois de septembre en Suède avec les meilleurs chevaux du monde de trois ou quatre pays qui devraient venir courir. Lorsqu'il est bien, il n' est pas facile à battre : c' est un client. Il y en a qui ont couru derrière lui qui ne courrent plus ! Personnellement, j'étais parmi ceux qui voulaient qu'il arrête de courir après le prix de France, qu'il ne revoit plus jamais un hippodrome et j'avais tort car il continue d'évoluer et de progresser. Il atteint un niveau de souplesse et de relâchement qu' il n'avait encore jamais atteint. » 

Le haras de Bouttemont, lieu de vacances et de reproduction de Ready Cash.

 Pourtant, Ready Cash aurait très bien pu ne jamais naître ? 

« C' est vrai. En fait, Viking's Way était issu d'un étalon américain que les Haras Nationaux avaient acheté. Cet étalon était un cheval moyen de groupe 3 mais très bien né avec de grands géniteurs américains. Je pense qu'aujourd'hui, il serait exploité différemment. Il s' appelait Mickey Viking. C' est aujourd'hui, l'arrière-grand père de Ready Cash. Il a été entraîné à la française et il n' a pas fait une grande carrière chez nous. Les haras l'ont acheté pour son origine, il a fait une saison de monte et il est mort ! Il a donné 31 poulains, 30 vivants, 29 qualifiés, 28 gagnants : exceptionnel ! 

En vacances ou à l'entrainement, Ready Cash vit au paddock lorsqu'il ne s'entraine pas, été comme hiver.

Parmi eux, il y avait ce cheval qui est rentré au haras qui appartenait à Albert Cayron qui s'appelait Viking's Way. On travaillait à l'époque dans un haras à côté d'ici et le cheval n'avait pas le droit de faire la monte, il lui manquait une performance. Au trot, dans ces cas-là, vous passez devant une commission des Haras Nationaux. Vous vous retrouvez devant 8 mecs dont six ont bouffé la tirelire, un analphabète et un aveugle. C'est la vérité. Vous passez devant eux et ils vous disent : oui, non, non, oui. Si vous avez de la chance de tomber des fois sur des gens compréhensifs… Ce jour là, nous avons été chanceux. Il y avait deux personnes, le patron des Haras Nationaux et un éleveur du Bessin qui s'appelait Philippe Henry. Les autres ont dit niet, le cheval n'aura pas le droit de faire la monte ! Zéro carte. Je leur ai dit : « Vous êtes durs, vous avez fait acheter le père : donnez-lui une chance, laissez -lui quelques cartes. » On m' a répondu : « Ok, 20 cartes. Dehors ! » Par l' intermédiaire de quelqu'un, on a approché le taulier qui à l'époque était au ministère et il a obtenu 60 saillies du cheval. C'était un grand cheval, un peu plat qui ne ressemblait pas aux chevaux dont on a l' habitude. Il avait des angles. Il était construit comme un cheval de vitesse, un cheval américain. La première année, on arrive à la fin du mois d' avril, le cheval avait sailli 10 juments. Personne ne voulait venir même si on donnait les saillies. Là, je me suis dit : « ouhla, ça va mal. » Un jour, il y a un gars qui passe dans la cour, Moise Monthean. Je lui ai demandé s'il n' avait pas une jument pour le cheval en lui expliquant qu'il ne travaillait pas.  Il vient le voir puis me dit : « Oh, ce n'est pas les chevaux que j' aime mais bon, j'ai vendu une jument dans un club hippique, je ne pense pas qu' elle fasse l'affaire. Si elle est gentille, je te la ramène et on la fait saillir ». Ca a donné sans doute la plus grande jument de 3 ans qu'on n' ait jamais vu, elle a couru 11 semi-classiques et elle les a toutes gagnées. Elle s'appelait Eyra de Bellouet ! Ca a lancé le cheval et c'est parti, on l'a fait travailler et nous avons été bien servis car il nous a donné Holly du Locton, grande crack et avec Philippe, on a eu Likable River. On a eu trois-quatre grands cracks qui pédalaient. Puis un jour, l'éleveur de Ready Cash qui est associé avec Philippe va à une porte ouverte et il voit un beau cheval noir racé et bien né par Viking's Way. Comme à l' époque il était raide et le cheval pas cher, il y a mis sa jument Kidea et ça a donné Ready Cash. Ce cheval s'appelait Indy de Vive et son histoire est rocambolesque. Viking's Way a fait une fourbure. Il est resté cinq mois couché. Tous les vétos qui se sont penchés sur lui ont dit à l'unanimité qu' il fallait l'euthanasier, qu'il ne se relèverait jamais. L'os du pied était en train de basculer, il y a aucune autre alternative. Mais un soir, le père de Philippe, qui est un phénomène, est passé. Il partait aux courses de Cabourg.  Je l'ai fait venir en lui demandant d' essayer de faire quelque chose. Il m'a dit : « Ca va être compliqué, mais j' ai vu des chevaux de travail se relever. On va lui ouvrir la pince. » Il a pris un couteau à greffer les pommes et lui a ouvert la pince. Pendant huit à quinze jours, le pied a coulé avec du pus qui sortait  et le cheval s' est relevé. C'était un cadavre. Là, les vétos ont dit : « Ouf, avec tout ce qu' il a eu comme anti-inflammatoires, corticoïdes et tout ce qui s'en suit : il ne va jamais remplir une jument ! ». Le cheval avait toujours une semence exceptionnelle, comme Ready Cash aujourd' hui. C'est une lignée de chevaux qui de ce côté-là n'ont pas de soucis. Un an après, on fabriquait l'année des I. Arrive Monsieur Girard avec une jument très bien née qui s' appelle Tekiflore. C'est une grande origine. Il voit Viking's Way dans la cour et me dit « Christophe, je vous aime bien mais s'il monte sur ma jument, il prend un coup de fusil. » Je dis « Ah, ne faites pas ça. On va essayer une fois, si elle est vide on arrête. » Un saut, elle était pleine et ça a donné Indy de Vive. Comme de quoi, ça tient à rien. » 

AuteurJulien Counet