Philippe Le Jeune, 30 ans au plus haut niveau !

18 January 2011

Deuxième volet de l'exceptionnel reportage dédié au Champion du monde, Philippe Le Jeune !

Est-ce que vous pensez que votre parcours est encore possible aujourd'hui ?

Oui, tout à fait ! Je pense que c'est tout à fait possible mais il faut s'y consacrer à 200%, il faut tout faire, tout gérer, c'est un travail énorme avec beaucoup de déceptions. Cela aurait été plus facile si j'avais eu un peu d'aide de quelqu'un qui aurait pu me conseiller sur l'expérience de la vie, l'expérience avec les gens… un peu plus de professionnalisme, un peu plus de notions de commerce car on en a besoin, c'est cela qui nous permet de gagner de l'argent et d'arriver à payer nos installations.

Avec cela, je pense que j'aurais été plus vite à un plus haut niveau si j'avais eu quelqu'un pour m'aider à gérer le côté finance… etc. Je pense que je n'ai jamais eu besoin de personne pour m'aider à gérer mes chevaux ou mon écurie et lorsque je fais le retour sur ma carrière, je pense que j'ai toujours assez bien géré mes chevaux. J'ai fait des erreurs comme tout le monde mais le principal a toujours été là. Aujourd'hui, si un jeune a envie, il doit vraiment s'investir à fond et il doit passer par les étapes par lesquelles je suis passé en montant pour des éleveurs, en montant des quatre ans, en faisant le cycle classique, j'ai d'ailleurs remporté le championnat de Belgique des 6 ans lors des tous premiers championnats de Belgique des jeunes chevaux.  Il faut passer partout : monter des étalons, des chevaux qui n'étaient pas bien, des chevaux que les autres ne voulaient plus parce qu'on n'avait pas le choix.  Je n'avais pas d'argent et je prenais ce que l'on me donnait et sans dire : « c'est une merde » mais en se disant : « je vais essayer de l'améliorer et de l'amener au plus haut de ses capacités ». C'est ça qui a fait ma force et bien souvent, les gens ont dit « Ben tiens, celui-là personne n'y a cru et il en a fait quelque chose ». Cela m'a amené beaucoup d'expérience et lorsqu'on voit la finale des championnats du monde, le très grand nombre de chevaux qui j'ai pu monter m'a beaucoup aidé.

Quand on passe trente ans au plus haut niveau, quelles sont les évolutions qui marquent le plus et lesquelles vous déçoivent ?

Je pense que c'est l'homme qui veut ça mais on parle de plus en plus d'argent. Tout coûte encore plus cher, pas seulement dans les chevaux, et l'argent commence à primer sur le reste. Avant les gens étaient plus contents d'une bonne qualité de vie, des choses simples de la vie et maintenant, tout est financier. Pour le reste, je pense que tout a évolué dans le bon sens : on a élevé de meilleurs chevaux, la qualité de chevaux est meilleure, les concours sont meilleurs, les terrains de concours sont meilleurs, le matériel des chevaux est encore meilleur. Tout s'est amélioré. Je pense qu'il y a beaucoup plus de gens qui vivent du cheval aujourd'hui que ce soit des camions, des entraineurs, le matériel, les maréchaux ferrants … tout s'est beaucoup agrandi.

Sur ces 30 années, c'est impressionnant de voir le nombre de bons chevaux qui sont passé chez vous : Governor, Valiska for Ever, Nistria, Shogun II, Double O Seven, Nabab de Rêve, Maike, Carlina, Vigo d'Arsouilles … Qu'est-ce qu'on retient de cette liste de chevaux ?

Ce que l'on retient, c'est avant tout beaucoup de satisfaction car ce sont tous des chevaux que j'ai fait. D'autant plus que ces chevaux-là n'étaient pas considérés comme des phénomènes. Personne ne se battait pour les avoir … sinon je ne les aurais pas eus, c'est aussi simple que ça ! Nistria, par exemple, était chez le marchand de chevaux suisse Gerhard Etter. Katie Monahan et Eddie Macken, qui étaient de véritables stars à cette époque, l'avaient essayée et la jument s'était plantée dans le manège qui devait faire 20x40m comme le mien. Il y avait un vertical, un oxer et un double, c'est tout ce qu'il y avait à sauter et elle s'était mise dans un coin, elle ne bougeait plus. Carlina a fait ses classes d'âges avec Philippe Le Jeune avant de rejoindre Pius Schwizer. C'était une jument qui ne voulait pas entrer en piste, qui était ultra compliquée mais qui avait une qualité extraordinaire. Je l'avais vu sur des nationaux en Suisse avec Christophe Cuyer où il rentrait en piste avec la jument en main avant qu'on ne le mette dessus puis ensuite, elle était assez brave… il y avait juste les combinaisons où elle ne s'arrêtait pas … mais passait à côté. La jument m'avait marqué par sa qualité, c'était une bombe. Déjà à cette époque-là, j'étais connu comme le cavalier qui allait mettre les chevaux en place et les remettre en confiance.

Gerahd Etter m'avait donné carte blanche et je suis donc venu chercher la jument avec mon camion sans même l'essayer. La première fois que je l'ai montée, je me rappelle qu'il y avait eu un concours hivernal chez nous et j'ai voulu aller dans la piste sauter quelques petites barres. Elle s'est mise debout et m'a tiré jusqu'aux écuries. J'ai eu une grosse explication avec elle, elle a été encore plus violente car on n'avait jamais osé lui faire ça. J'étais bien accroché et je me suis dit : « Fifille, tu vas apprendre ton travail. C'est comme ça, point à la ligne ! » En une fois, elle s'est remise sur ses 4 pieds, elle a dit « amen » et c'était fini. Qarco v't Merelnest, propre frère de Sapphire, a aussi évolué avec le Bruxellois avant de rejoindre les USA. Je n'ai plus jamais monté cette jument avec une cravache, elle allait au feu pour moi. Ensuite, il y a un climat de confiance, j'étais devenu son cavalier. Un an après, au championnat d'Europe à Saint Gall, elle descendait le chemin pour aller en piste les rênes longues alors que c'est un chemin très pentu et très impressionnant car on surplombe tout le stade où il devait y avait 20 000 personnes pour la finale. Beaucoup de chevaux étaient impressionnés et on fait demi-tour alors qu'elle est rentrée comme une fleur et on n'a plus jamais eu d'histoire…

La suite demain !