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Philippe Le Jeune, 30 ans au plus haut niveau !

17 janvier 2011Auteur : Julien Counet

En 1981, Philippe Le Jeune prenait la septième place du Grand Prix Coupe du monde de Göteborg. A vingt-et-un ans, il débutait au plus haut niveau. Depuis, il a acquis deux titres de champion de Belgique avec Faon Rouge en 1984 et Vigo d'Arsouilles en 2008, participa à deux finales de Coupes du monde dont il prendra la troisième place en 1988 avec Nistria. Il représentera huit fois la Belgique aux championnats d'Europe et quatre fois aux championnats du monde avec deux médailles de bronze par équipe avec Nabab de Rêve en 2002 et le fils de ce dernier, Vigo d'Arsouilles avec qui il remporta également la médaille d'or individuelle à Lexington, qui vient concrétiser trente ans de carrière. Il est donc temps pour Studforlife de lui consacrer une longue série d'entretiens, que nous vous proposons ici !

Quels ont été vos premiers contacts avec les chevaux ?

Chez un fermier lorsque j'avais 5 ou 6 ans. A cette époque, je voulais devenir fermier car je ne savais même pas ce que cela voulait dire de monter à cheval. Le premier que j'ai vu était un cheval de trait, c'était en 1966. Le village où l'on habitait en Flandre n'avait pas encore de tracteur ou très très peu et c'était chez un vieux couple de fermier qui habitait juste à côté de la maison de campagne que mon père avait loué pour les week-ends. Pour finir, j'étais très attaché aux animaux et mes week-ends, je les passais avec le fermier… Cela a commencé comme ça.

Comment en êtes-vous arrivé au CSO et pourquoi avoir choisi le jumping ?

Ca c'est fait comme cela… J'ai appris à monter à poney dans un manège à Ostende puis j'ai commencé à sauter et j'ai adoré cela. Je sautais tout le temps et n'importe quoi avec mon poney mais je ne savais toujours pas ce que c'était que du jumping proprement dit. Le manège d'Ostende à ensuite fait faillite. Mon père a acheté un des chevaux de manège puisque tout était en vente et nous avons déménagé dans cette maison de campagne où j'avais également emmené mon poney. Je m'occupais chaque jour du cheval de mon père et de mon poney en les nourrissant et en faisant les boxes avant d'aller à l'école avant de les monter le soir en rentrant … et je me souviens que je sautais tout le temps.

En débutant avec des galopeurs réformés et autres chevaux sans trop de valeur, avez-vous eu peur de prendre de mauvaises habitudes ?

Non, au contraire ! Mon premier cheval, lorsque j'ai commencé, était un cheval très chaud, un pur-sang anglais, qui m'a justement appris à être très tranquille avec une bonne position, une bonne assiette et de très bonnes mains. Je crois que je tiens mes mains de ce cheval-là qui s'appelait King Boxer. Lorsque je montais à poney, je ne montais pas très bien : je me secouais un peu dans tous les sens et lorsque nous sommes allés essayer ce cheval en Angleterre, je n'arrivais pas à galoper avec, il était beaucoup trop chaud et le propriétaire m'avait dit « il faut que tu apprennes à rester tranquille. Tu dois faire du sans étrier, tu dois faire ci, tu dois faire ça …  » J'ai travaillé énormément puis le déclic est apparu très vite. En un mois, je me suis mis avec le cheval et cela a été super.

Quel était votre regard sur les autres jeunes cavaliers dont les parents mettaient à leur disposition de meilleurs chevaux, beaucoup plus onéreux ?

A l'époque, on ne regardait pas vraiment cela. Tout le monde allait au concours et c'était plus une bonne bande de copains. Nous venions du fin fond de la Flandre et à l'époque, il y avait pas mal de concours en Wallonie et au-dessus d'Anvers, c'était donc pour nous, toujours de longs voyages d'autant que nous avions un vieux petit camion qui roulait à peine à 75 km/h ! Nous arrivions, on faisait nos épreuves, nous étions tout content, c'était la fête.

Quel est votre regard aujourd'hui sur les parents qui mettent à disposition de leurs enfants de très bons chevaux achetés beaucoup d'argent ?

C'est comme cela ! Si des gens ont beaucoup d'argent et qu'ils veulent faire cela, on ne peut pas aller contre. Je trouve juste que le sport doit être équitable pour tout le monde… et ça, ce n'est pas toujours le cas. Je crois que la fédération doit intervenir un peu plus là-dedans. Au niveau des sélections, le sport et les résultats doivent primer avant le reste alors que l'argent prime souvent avec l'achat de table VIP ou autres « services ». Je pense que maintenant avec Philippe Guerdat, tout cela s'est fortement calmé … même s'il y a encore quelques petits soucis de sélections avec des gens qui se font encore inviter un peu derrière son dos, et cela il n'aime pas trop. Il comprend, mais il aimerait qu'on lui dise à l'avance. Néanmoins, en junior, cela a toujours été ainsi. Il y a toujours eu du favoritisme. Je me souviens qu'à mon époque, Lionel Collard-Bovy et moi-même avions nos chevaux de juniors que l'on travaillait très fort et avec lesquels on gagnait beaucoup … mais souvent, on n'est pas parti en international car d'autres, dont les parents avaient acheté de meilleurs chevaux, partaient à notre place.

Quand on est jeune, comment vit-on ces choses-là ?

Je ne réfléchissais pas trop à ce sujet-là. C'était un peu dur mais cela faisait partie de mon sport. Cela m'a toujours motivé à faire plus de résultats, d'être très compétitif et de mordre sur ma chique. Je crois que cela a payé dans ma façon de faire et mon caractère.

Le manque de moyens que vous connaissiez était-il un frein ou une chance à votre évolution ?

C'était une chance ! Lorsque l'on voit les garçons qui sont au haut niveau aujourd'hui, ceux qui n'ont pas eu faim dans leur vie sont vite contents. Pour d'autres, même avec 4 points, on râle même si ça ne se voit pas de trop. Avec une faute, je peux parfois être satisfait de mon cheval mais pas de moi. Par exemple, à Stuttgart, je fais quatre points dans la Coupe du monde avec Boyante de Muze, ce qui est bien pour la jument … mais en même temps, si on fait 4 points, on peut aussi faire sans faute et il y a eu un détail qui a joué, quelque chose que j'aurais dû faire. Je sais que des Kevin Staut, Ludger Beerbaum, Michael Whitaker sont aussi très critiques vis-à-vis d'eux-mêmes alors qu'il y a quand même quelques cavaliers belges qui sont vite contents de leur quatre points mais ce sont aussi des cavaliers qui n'ont jamais eu faim et qui ont eu la petite cuillère d'argent dans la bouche. Guerdat encourage aussi ceux qui ont faim, qui veulent toujours la perfection et qui en veulent toujours plus. Ce n'est que comme ça que l'on s'améliore et que l'on arrive à grimper plus haut.

La suite demain !

AuteurJulien Counet