Carnet de bord #2 : Patrick Borg, chef d'écurie à Tokyo

06 August 2021Auteur : Eléonore Magnien

Chefs d’écurie, grooms, photographes… Ils naviguent tous dans les allées des concours et sont indispensables à leur réussite. A l’occasion des Jeux Olympiques, Studforlife a décidé de leur donner la parole pour qu’ils nous racontent leur quotidien au coeur de cet événement singulier. Dans ce second volet, c’est au tour de Patrick Borg d’expliquer en quoi consiste ses missions de chef d’écurie. 

Mon rôle ici c’est de faire en sorte que tout se déroule pour le mieux. Je prends en charge les chevaux dès l’instant où ils arrivent sur le site. Au maximum de nos capacités, nous avons accueilli 247 chevaux (depuis, les dresseurs et les complétistes sont repartis, ndlr). En fait on peut s’apparenter à une agence de voyage (rires). 

La particularité à Tokyo, c’est qu’il y a deux sites (celui de Baji Koen où se déroule la majorité des épreuves et Sea Forest où s’est tenu le cross, ndlr). Il a fallu organiser le transit des chevaux de complet jusqu’au second site où ils ont passé une nuit dans des écuries temporaires. Toutes ces opérations sont sous le contrôle de Peden Bloodstosk qui a en charge le transit des chevaux sur site et qui nous missionne pour la gestion des écuries. Au total, notre équipe se compose de six personnes dont deux davantage dédiées à Sea Forest. Il y a aussi deux personnes japonaises qui nous permettent de faire le lien avec tous les services techniques et… La traduction ! Je pensais arriver dans un pays qui parlait à 99% anglais mais pas du tout (rires) !

Arrivé le 8 juillet à Tokyo, soit quelques jours avant les chevaux, Patrick a eu le temps de s'assurer que tout était optimal pour leur bien-être © Sportfot.com

Les chevaux ont le droit à des écuries de très haut-niveau. Les boxs font 4x3m avec du caoutchouc partout et des machines à air conditionné. Avant de venir, j’avais eu quelques infos sur les installations. Une fois sur place, on a fait quelques réglages, notamment par rapport à l’hygrométrie. J’ai eu la chance de faire pas mal de concours en Chine et aux Etats-Unis, donc j’étais déjà habitué à ce genre de choses. A Tokyo, il y a entre 77 et 97% d’humidité. Dans les écuries, on essaye d’avoir 65% pour mettre les chevaux dans le confort. Cela a nécessité environ quatre jours d’ajustement, il y a d’ailleurs un Japonais qui ne s’occupe que de ça. Avec toutes les arrivées et les départs des chevaux, on doit réajuster le taux d’hygrométrie en permanence. Là par exemple, au moment où je vous parle, on est en train de diminuer le taux de CO2. Les contrôles sont effectués de jour mais parfois aussi de nuit. Avec tout ça, on arrive à composer quelque chose de sympa pour les chevaux. 


Vous l’aurez compris, notre quotidien est totalement orienté vers les chevaux. Nous ouvrons les écuries tous les matins à 5h. On fait toujours un tour pour savoir si tout le monde va bien, même s’il y a des stewards la nuit pour nous prévenir en cas de problème. Lors d’évènements comme celui-ci, on ne dort jamais très très bien. Le téléphone est toujours à côté de nous. Nous sommes logés juste à côté et c’est important parce que cela nous a permis de sauver pas mal de chevaux par le passé. Lorsqu’un incident se produit, la moindre minute compte. Les écuries ferment en fonction de la fin épreuves mais nous partons du principe qu’il faut laisser aux chevaux minimum 7h de repos. Le temps de récupération est important pour les athlètes, pour les chevaux, cela se déroule au box. 

On a créé un groupe WhatsApp avec les gens qui ont accès aux écuries pour leur donner toutes les infos nécessaires. Parce qu’une fois que tout est en place, notre rôle est surtout de répondre aux questions des cavaliers et de leur entourage. Ici à Tokyo, il s’agit surtout de logistique. On est vraiment là pour leur fournir un service. 

On est souvent la première et la dernière personne que voient les cavaliers, grooms etc lorsqu’ils arrivent sur un concours. Notre attitude et le niveau de préparation reflètent le niveau de l’événement. Si tout est carré et que l’on a le sourire, les gens apprécient. Au final, tout ceci est davantage une aventure humaine. Aux écuries, les gens n’ont plus de filtre avec nous. On voit de grands sourires sur les visages des cavaliers ou au contraire des déceptions. Ce qui change des autres concours c’est l’esprit d’équipe. Toutes les délégations se déplacent ensemble, quelles que soient leurs disciplines. Les grooms s’entraident tous entre eux...


On est encore dans le jus de l’événement. Les chevaux commencent à repartir par avion, il faut s’occuper des plans… Donc il est trop tôt pour que je vous raconte des anecdotes (rires). J’ai la chance de connaître les gens du saut d’obstacles parce que je les croise tout le temps sur les concours. Les gens du dressage et du complet ont moins l’habitude, on les sent un peu plus dans du coton (rires). L’autre jour, la Britannique Charlotte Fry est venue nous voir toute embêtée parce qu’un bouton de son frac avait éclaté. Nous avons envoyé sa veste en réparation au coeur de Tokyo, il a fallu sortir du stade équestre, mais elle l’a finalement récupéré deux heures avant son épreuve. Il y a aussi une groom qui est venue nous voir parce que c’était l’anniversaire d’un cavalier. Vous voyez malgré cette bulle imposée par les conditions particulières, on essaye de garder une bonne ambiance. C’est vrai que le côté organisation n’est pas différent de d’habitude, mais il manque le côté festif que l’on a pu avoir à Rio. Il faut dire que les Brésiliens savaient particulièrement bien célébrer (rires). 

Concernant les mesures mises en place pour lutter contre le Covid-19, nous avons un test à faire tous les matins. Il faut cracher dans une fiole à plusieurs reprises pour récolter une quantité suffisante de salive. Tout le monde se cache un peu parce que je dois bien avouer que c’est un peu ragoutant (rires). Pour le moment, et je croise les doigts pour que ça continue, personne n’a été testé positif dans les sports équestres. 

Le Covid-19 n’est pas la seule épidémie à laquelle nous avons dû faire face cette année, il y a aussi eu la rhinopneumonie. J’ai été à Valence et je dois bien avouer que ce n’était pas joli à voir. Nous essayons de mettre quelques mesures simples en place pour éviter de prendre le moindre risque. Par exemple, on fait en sorte que les chevaux marchent tous à la même main, sans se croiser. C’est en appliquant des choses bien pensées que les gens les comprennent mieux. 

Après un mois passé à Tokyo, Patrick et son équipe repartiront vers de nouvelles aventures. Ils auront à peine le temps de faire tourner quelques machines avant de se rendre à Londres pour le LGCT. On se dit rendez-vous à Paris dans 3 ans ? 

Photo à la Une : Sportfot.com

AuteurEléonore Magnien