« Nous avons un grand défi à relever tous ensemble », Yuri Mansur

08 septembre 2021Auteur : Lea Tchilinguirian

Cet été, Yuri Mansur a troqué sa veste jaune au profit de celle aux couleurs du Brésil pour vivre son plus grand rêve : participer aux Jeux olympiques. Rentré depuis un mois de cet événement si singulier, le Brésilien revient sur son expérience vécue au Japon avec son bai Alfons Santo Antonio (Aromats) et analyse format, stratégie et retombées pour Studforlife. 

Comment avez-vous vécu vos premiers Jeux olympiques ? 

« Pour être honnête, je me sentais vraiment bien, même mieux que jamais. Je savais que j’étais en train de réaliser mon rêve et que j'étais prêt. J'étais réaliste quant aux chances de médailles dans la finale individuelle. Après mon sans-faute dans l’épreuve qualificative, il y avait plus d’une dizaine de couples devant moi. Même si cela paraissait facile d’un point de vue extérieur, c'était vraiment difficile, comme chaque Grand Prix 5*. Si tout se passait bien lors de la finale, j'avais tout de même une petite chance. Le deuxième jour, le niveau était très élevé, notamment à cause du temps accordé, j'ai été obligé de serrer mes courbes, et c'est là que mes erreurs sont arrivées. Même si j'avais été sans-faute, les cavaliers étaient si rapides, je ne voyais pas comment je pouvais les battre. Le chef de piste Santiago Varela a fait un excellent travail ! Tout le long de l’événement, mon état d'esprit était très bon, assez pour gérer la pression qu’il pouvait y avoir. »

Régulièrement critiqué, que pouvez-vous tirer du nouveau format des Jeux olympiques ? Quels sont les points positifs et négatifs ? 

« C'est un grand débat ! La possibilité que tous les cavaliers puissent courir et de pouvoir changer la composition de l’équipe rend le sport beaucoup plus agréable à regarder et stratégique. Cela rend également l'équipe plus unie, car n'importe qui peut commencer n'importe quand. Je dois dire qu'en ce qui concerne le dropscore, je n'ai pas de vision claire à ce sujet, ni d'opinion fixe. Quand on a une situation comme celle de l'équipe japonaise, j'aimerais qu’il y ait une solution alternative (l’équipe a été éliminée lors de la qualificative par équipe suite aux renoncements de deux de ses cavaliers à l’entrée de piste, ndlr). D'un autre côté, cela ajoute plus de pression et d'émotion au sport de haut niveau.



Concernant la finale individuelle, le format est similaire à un Grand Prix normal mais dans le cadre de Jeux olympiques, c'était vraiment bien. Je ne pense pas qu'il soit nécessaire de faire sauter le cheval autant pour prouver qu’il mérite d’être champion olympique. Explosion et All In seraient les meilleurs de toute façon, quel que soit le format. Cependant, je mettrais la finale individuelle après celle par équipe, comme dans l’ancien format. »

Le bien-être du cheval a aussi souvent été remis en question…

« Oui... Pourquoi cela est-il remis en question ? Parce que les cavaliers ont essayé de finaliser le parcours ? Je me souviens qu'aux Jeux olympiques d’Athènes en 2004, trois chevaux ont été gravement blessés aux tendons, (parmi eux, le cheval de l’Américain Chris Kappler, Royal Kaliber, des Français Bruno Broucqsault et Eric Navet, Dilème de Cèphe ainsi que Dollar du Mûrier, lui blessé au dos, ndlr) et le format était totalement différent. Les blessures font partie du sport, de tous les sports. Je pense qu'il est important de se questionner pour pouvoir s’améliorer, mais les personnes qui connaissent notre sport, la façon dont nous prenons soin de nos chevaux. Ils voient que nous en faisons le centre de nos vies et ils ne devraient pas avoir de doute sur leur bonne santé. Les règles doivent être adéquates à ce sujet, mais ce ne sont pas elles qui nuisent au sport. » 

Votre chef d’équipe Philippe Guerdat a décidé de ne faire partir que Marlon Zanotelli et vous pour courir les Jeux en individuel. Concernant les épreuves par équipes, votre coéquipier Rodrigo Pessoa vous a laissé sa place lors de la finale. Qu’avez-vous pensé de la stratégie de Philippe Guerdat ?

« C'était une stratégie comme une autre. Quand ça marche, c'est une bonne stratégie. Quand ça ne marche pas, ça ne marche pas. Je pense que c'était bien tenté. Pour être honnête, mon cheval a bien sauté la finale par équipe parce qu’il a eu deux jours de repos après la finale individuelle. À la fin, tout a fonctionné. Honnêtement, je ne me suis jamais dit que le championnat était terminé après les épreuves individuelles. J'ai même dit à ma femme que je ne pouvais pas me détendre, parce que ce n'était pas fini. Nous savions aussi que Quabri de L’Isle, cheval de Pedro Veniss, n'était pas en forme, alors dans mon esprit, et avec ce nouveau format, je suis resté éveillé jusqu'à la fin ! »

Voilà quelques semaines que les Jeux olympiques sont terminés. Vers quoi pensez-vous que vont les sports équestres ?

« Je pense que le sport en lui-même est en pleine expansion. Il y a de plus en plus de cavaliers, d'investissements, de compétitions et de concours. C'est probablement le sport où il y a le plus de sportifs de haut niveau, aussi proches les uns des autres. De ce point de vue, l'avenir est vraiment prometteur. Bien sûr, il y a des questions comme le classement mondial et le format des compétitions qui doivent être améliorées pour suivre cette croissance. Nous avons un grand défi que nous devons relever tous ensemble. Nous devons montrer au monde entier comment nous nous occupons et prenons soin de nos chevaux, comment ils vivent, et être assez forts pour ne pas laisser les autres changer notre scénario. Ce sont des animaux et nous les aimons, c’est ce que les personnes étrangères à notre sport doivent savoir, nous devons leur montrer les bons côtés. Il est facile de prendre des moments difficiles et d'en faire la couverture de notre sport. »

Crédit photos : Sportfot.com

AuteurLea Tchilinguirian