Nicolas Tayol : le commerce, côté « Extra »

30 juin 2021Auteur : Oriane Grandjean

Après avoir évoqué hier les débuts de Nicolas Tayol, nous le retrouvons pour parler plus précisément de son commerce, des chevaux à succès passés par ses écuries, mais aussi plus largement du rôle du marchand. 

Partie 2

Même si l’activité de Nicolas Tayol est encore récente, les succès avec ses premiers chevaux ne se sont pas faits attendre  : «  Alcazar du Moulin, qui a gagné jusqu’en CSI 4* avec Marie Pellegrin, était l’un de mes premiers chevaux de commerce acquis avec François Fédry. Il avait cinq ans quand il est arrivé chez moi. Ensuite, il a cartonné sous la selle de Marie. Parmi mes autres belles réussites, il y a aussi Fanta Light, un cheval que Katie et Henri Prudent ont acheté et qui gagne 1,50m aux Etats-Unis.  » Depuis, la liste ne cesse de s’allonger, comme avec Darling de Felines, qui s’est illustré sous la selle de Yuri Mansur ; Nicolas Delmotte qui a fait l’an dernier l’acquisition de Denerys du Montceau, qui était quatrième meilleur sept ans en 2020, tout comme Mark McAuley qui montait dans le CSI 4* de Bourg-en-Bresse une sept ans en provenance directe des écuries de Nicolas Tayol.

Dans le milieu, les nouvelles vont vite. Et les grands noms du saut d’obstacles défilent régulièrement à Ballaison. On peut citer Janika Sprunger ou Pius Schwizer, qui vient d’ailleurs de faire l’acquisition d’une prometteuse sept ans, Ellie de Chasnay. En Suisse, plusieurs cavalières des cadres de la relève font confiance à Nicolas Tayol, à l’instar de Maïa Pictet, d’Alicia Mottu ou encore de Laure Perrenoud. Le but ultime pour tout marchand n’est pas de réaliser la vente la plus lucrative. Non, c’est d’amener le bon cheval au bon cavalier. «  Ce qui me procure le plus de plaisir comme marchand, précise Nicolas Tayol, c’est quand j’ai fait des milliers de kilomètres et que je suis tombé sur un cheval qui m’a tapé dans l’œil. Je suis excité de le faire progresser, de l’emmener au concours et je sais qu’il est tellement bien qu’il va forcément plaire à quelqu’un. »

C'est aussi sur un grand terrain en herbe que Nicolas Tayol profite de travailler ses chevaux. 

Mais trouver la perle rare n’est pas chose aisée  : «  Au début, j’allais dans les concours des jeunes chevaux, je parlais aux gens en essayant d’apprendre et comprendre le fonctionnement du milieu. Je continue de le faire, mais maintenant je vais quasiment une fois par mois en Belgique, les Belges ont une âme de marchands  ! Je vais aussi en Allemagne, en France et en Italie. Quand je trouve un cheval qui me plait, je passe par deux étapes. Je suis dans un état de grande excitation quand je rentre, d’abord. Ensuite, si la visite vétérinaire est ok, je ressens une petite bouffée de stress car on les achète de plus en plus cher, donc on prend énormément de risques. La délivrance, c’est le jour où ils arrivent. Je me mets dessus, je fais quelques sauts à la maison et là je peux enfin respirer  ! Je suis parti avec peu de capital de départ, donc je ne peux pas me permettre de me planter. J’ai des emprunts pour mon camion, pour les écuries, les boxes que j’ai refaits. J’ai besoin d’un fonds de roulement tous les mois. Il ne faut pas que je me trompe sur un cheval.  »

Malgré le Covid-19, l’an dernier a été excellent pour le commerce de chevaux. 2020 s’est d’ailleurs terminé sur une vente aux enchères que Nicolas Tayol a mis en place avec Virginie Couperie. «  Elle s’est bien déroulée, précise-t-il. Par contre, l’épidémie de rhino-pneumonie a ensuite compliqué les choses. Cela a bloqué deux mois de commerce et mis un coup d’arrêt à tous les échanges. Le commerce a lieu quand les gens se rencontrent, quand il y a des concours. Heureusement, dès que les compétitions ont redémarré, le commerce a repris. » Les ventes aux enchères deviennent toujours plus courantes, mais Nicolas Tayol n’est pas un défenseur de la dématérialisation totale  : «  On ne vend pas des paires de chaussures que l’on peut renvoyer par la poste si elles ne nous conviennent pas. On vend un animal qu’il faut voir, sentir, toucher… Je ne crois pas qu’on va aller vers un Amazon du cheval. Le traditionnel va rester. Pour certains types de chevaux, le digital fonctionne très bien et le digital peut aussi permettre aux gens de se rencontrer. Lors de notre vente aux enchères, même si elle se déroulait en ligne, les gens pouvaient essayer les chevaux durant les quinze jours qui précédaient l’évènement. Donc, il y avait ces rencontres et ces échanges, essentiels à mes yeux.  »

Un autre aspect essentiel aux yeux du marchand, c’est le rôle des entraineurs dans le processus de vente : «  Je trouve important, notamment pour les amateurs, que leurs entraineurs fassent partie de l’aventure. Il faut qu’ils s’impliquent, car ils connaissent leur cavalier, savent comment il monte et quel cheval peut leur correspondre. Et s’ils s’impliquent, c’est normal qu’ils reçoivent une rémunération. Cette rémunération doit être totalement transparente, connue du client. L’acheteur doit savoir qu’il achète aussi son service après-vente , si un entraineur s’est investi dans le processus et qu’il a gagné de l’argent, il fera ensuite tout pour que cela fonctionne. Ce 10%, c’est une garantie sur le long terme. »

Le marchand, même s’il est essentiel dans notre sport, reste parfois celui dont on doute. Les clichés ont la vie dure, comme celui du maquignon qui fait des affaires un peu troubles sur le dos de ses clients  : «  Les marchands d’il y a vingt ou trente ans ont parfois livré des chevaux qui n’étaient pas les bons. Ces histoires-là restent. Mais aujourd’hui, ce n’est plus possible. La transparence est impressionnante. Les chevaux ont des puces, ils ont un historique sur internet, un historique de vidéos. L’image du métier change tranquillement. Ce qui est différent, c’est qu’aujourd’hui, comme il y a moins de grands marchands, le marché a vu apparaître des agents, qui n’ont pas d’écurie, qui travaillent uniquement avec leur voiture et leur téléphone, et achètent pour leurs clients. On les croise par exemple à la finale des jeunes chevaux à Fontainebleau. Ils sont dix à la sortie de piste. L’an dernier, certains se sont même battus car ils voulaient tous le même cheval. C’est un autre fonctionnement que celui qui prend le risque d’acheter, travailler, stocker. Mais chaque acteur dans le commerce a son importance et nous pouvons tous collaborer, du moment qu’il respecte l’intégrité des chevaux et une éthique commerciale  ».

À demain, pour notre dernier volet !

Nicolas Tayol et son épouse Alexandra, à cheval, entourent Gérard Turrettini et Arthur.

Photos: © Clément Grandjean

AuteurOriane Grandjean