Nicolas Tayol : le commerce, côté « Extra »

29 juin 2021Auteur : Oriane Grandjean

Durant trois jours, nous vous emmenons à la rencontre de Nicolas Tayol. Le Tricolore a posé ses valises sur les hauteurs du Lac Léman il y a cinq ans, du côté français, à quelques minutes de Genève. C’est après un parcours professionnel dans l’univers du vin que Nicolas Tayol décide de se lancer dans le commerce des chevaux. Il développe son business au sein de l’élevage de sa belle-famille. Aujourd’hui, alors que de nombreux bons chevaux passés par ses écuries ont assis sa réputation de découvreur de talents, il lance «  Extra », une plateforme via laquelle collaborent des marchands des quatre coins du monde. Dans ce premier volet, Studforlife a voulu en apprendre plus sur le parcours atypique de Nicolas Tayol.

Partie 1

Nicolas Tayol a toujours eu des chevaux dans sa vie, une passion familiale  : «  J’ai commencé à monter à quatre ans, et l’ai fait à fond jusqu’à huit ans. Après, j’ai complètement arrêté jusqu’à mes dix-huit ans. J’étais toujours dans les chevaux puisque mes parents montaient et qu’il y avait des chevaux à la maison. J’accompagnais ma maman et mes sœurs en concours, je baignais donc dans ce milieu. Pour ma part, je faisais du tennis. J’ai repris l’équitation totalement par hasard  : des amis étaient à la maison lors d’un week-end et ils avaient envie d’essayer de monter. J’ai sans doute voulu les impressionner, et je me suis mis à cheval. J’ai fait un tour au trot, puis un autre au galop et j’ai sauté une petite croix. J’ai trouvé cela merveilleux. À partir de ce moment, je n’ai plus jamais arrêté. Mes parents n’étaient pas convaincus que je sois assez passionné, et ils m’ont donc demandé de chercher un entraîneur et de payer mes cours moi-même. J’ai trouvé un club pas très loin de Lyon, j’ai passé mes premiers galops. Mes parents ont ensuite acheté un cheval de balade à cinq mille euros, qui m’a emmené jusqu’à des 1,45m.  »

À la fin de ses études, le Rhodanien part travailler à Paris, avant de revenir sur ses terres natales  : «  Mon père cherchait un directeur commercial pour sa société de vins. L’avantage, c’était que les bureaux étaient à quelques minutes des écuries, où je pouvais me rendre sur la pause de midi pour monter. J’ai donc travaillé dans l’entreprise familiale durant onze ans, au sud de Lyon. Je montais trois fois par semaine et le week-end. Je gardais toujours cette envie de faire quelque chose avec les chevaux.  »

Les installations ont une vue imprenable sur le Salève et la pointe du Lac Léman

Nicolas Tayol commence d’ailleurs rapidement à tâter du commerce hippique. «  Toutefois, je rechignais à abandonner mon père et son entreprise, bien qu’il ait toujours voulu que je sois épanoui dans ce que je faisais. En 2016, je me suis résolu à quitter l’entreprise familiale, en très bon accord avec mon père. Avec Alexandra mon épouse (cavalière en 1,35m-1,40m), nous venions de nous installer dans la région et il y avait au sein des installations qui abritent l’élevage de sa famille une ancienne étable toute désignée pour créer notre affaire. J’ai parlé à mon beau-père de mon idée de me lancer, cela lui a plu et on a construit un projet ensemble, petit à petit. D’abord une carrière, ensuite le manège et enfin le terrain en herbe. Cela s’est développé selon nos moyens et les ventes que je faisais.  »Les installations de Nicolas Tayol, sur les terres de l'élevage familial de son épouse.

C’est en 2016, donc, que l’aventure débute sérieusement  : «  J’ai d’abord acheté deux chevaux, puis trois, puis quatre… J’ai eu de la chance avec mes premiers chevaux, qui étaient très talentueux et qui ont été vendus aux bons endroits, ce qui m’a fait de la publicité. Cela m’a aidé à démarrer.  »

Se lancer dans le métier n’est pas aisé, mais Nicolas Tayol sait s’inspirer des bonnes personnes  : « Parmi les gens qui m’ont influencé, il y a Hubert Bourdy, chez qui nous louions des boxes grâce à Jérôme Ringot. Je suis aussi ami de Laurent Guillet depuis plus de vingt ans. Tous deux faisaient du commerce et cela m’a toujours inspiré. Laurent Guillet a depuis longtemps mis en place son système où il va chercher des bons jeunes chevaux, qu’il met ensuite en valeur, en prenant part à de beaux concours. C’est une approche que j’aime beaucoup. Avant de me lancer, j’ai d’ailleurs demandé conseil à Laurent Guillet. Je voulais savoir s’il pensait que j’en serais capable. Il m’a rassuré et m’a donné quelques tuyaux, sur le fait de bien sélectionner, de prendre le temps… C’est ce que j’applique tous les jours. On collabore toujours ensemble, on s’appelle régulièrement et on investit même parfois ensemble dans des chevaux.  »

En effet, dénicher un crack demande un profond savoir-faire et un œil aiguisé  :  «  Ce que je cherche, c’est un cheval avec un bon galop, de la souplesse et de la force. Voilà pour les critères physiques de base, mais le mental est très important également. Est-ce que le cheval va se battre pour son cavalier  ? Est-il appliqué ? C’est difficile de se faire un avis en essayant trente minutes un cheval. C’est pour cela que quand je cherche un cheval, je regarde son comportement au box, son attitude quand on le manipule, quand on lui prend les pieds, quand on le prépare… Ce sont de petites choses qui m’aideront à forger mon opinion. Hubert Bourdy disait toujours qu’un bon cheval a un regard franc.  » Nicolas Tayol cite aussi le Suisse Werner Keller en exemple  :  «  C’est un grand expert. Il a un plaisir inégalé à trouver un très bon cheval, et il est infatigable  ! À soixante-dix ans, il est toujours capable de faire trois mille kilomètres en deux jours pour aller voir un seul cheval.  »

Les chevaux que le Français juge particulièrement prometteurs arrivent alors dans un vrai petit paradis  : des installations spacieuses, avec un cadre à couper le souffle surplombant le lac Léman . «  On a quatorze boxes dans l’écurie principale et six boxes à l’élevage. On a un tapis roulant, une dizaine de paddocks, un manège et un grand terrain en herbe qui fait deux-cents mètres de long, avec du relief, qui permet de travailler les chevaux dans des conditions plus naturelles.  » Ce décor, c’est celui de l’élevage de Boisy. «  Il existe depuis plus de quarante ans. Mon beau-père, Gérard Turrettini, a commencé avec son père. Il élève des chevaux de saut tandis que son frère, Henri, élève avec succès des chevaux de trot. Parmi les montures élevées par mon beau-père, il y en a plusieurs qui ont disputé des Grands Prix 1,55m. Il est très investi. Les chevaux de l’élevage naissent ici avant de partir chez Philippe Bernard pour le travail et de suivre le cycle classique des jeunes chevaux en France.  »

Nicolas Tayol entouré de sa famille: son épouse Alexandra ainsi que leur deux enfants Victoire, à poney, et Arthur. 

Si l’activité de Nicolas Tayol est pour l’instant centrée sur le commerce, le haut niveau reste dans un coin de sa tête  : «  Les quatre premières années, j’ai bien compris que ce qui allait me faire vivre, avec ma famille, c’était le commerce et ce n’était pas le concours. Les concours coûtent cher, d’autant que j’essaie de privilégier les manifestations les plus belles. Rentabiliser les concours avec des chevaux de commerce, ce n’est pas possible, d’autant plus quand vous avez des jeunes chevaux. Même s’ils font trois tours sans faute, ils vous rapportent trois-cents euros, contre une somme qui avoisine les huit-cents euros en comptant tous les frais par cheval par CSI. Il faut le voir comme un investissement. Cela dit, j’ai envie de faire du sport, et je sens qu’il faudra que je m’y consacre à un moment ou à un autre. Il faudrait que je puisse compter sur au moins trois chevaux pour pouvoir sauter de manière compétitive 1,50 m, et je n’y suis pas encore. C’est difficile de faire les deux à la fois. Je veux d’abord bien sécuriser mon activité de commerce. L’idéal serait d’avoir des copropriétaires qui seraient d’accord de garder un cheval quelques années.  »

Rendez-vous demain pour la deuxième partie de notre rencontre !

Photos: © Clément Grandjean

AuteurOriane Grandjean