Michel Guiot, un homme de terrain très actif

24 juin 2021Auteur : Julien Counet

Depuis quelques mois, Michel Guiot a pris la présidence de la Société hippique française (SHF). Installé en Champagne-Ardenne -faisant dorénavant partie du Grand-Est- depuis une trentaine d’années, il a créé avec son épouse le Haras de Talma et cette famille Belge s’est fondue dans le paysage Français en devenant un acteur important de la filière. Parallèlement à son propre élevage, ce docteur en médecine vétérinaire a développé, avec son ami et confrère Denis Hubert, des activités d’étalonnage au travers de France Etalons et s’est fortement engagé dans le développement du studbook Selle Français.

Aujourd’hui, la SHF voit arriver à sa présidence un homme de terrain impliqué dans différentes structures, très éloigné du « costume-cravate » bureaucrate. Jamais en reste en matière d’innovations, cette année, l’homme a mis en place la première édition d’une vente aux enchères en ligne 100% Talma regroupant toute la génération des trois ans de son élevage ainsi que ses meilleures pouliches nées en début de saison et deux poulinières de renom !

Autant de sujets qui nous ont donné envie d’en savoir plus sur l’actualité de Michel Guiot.

Pourquoi avez-vous décidé de vous impliquer au sein de la SHF ?

Michel Guiot : « Je trouve que la filière m’a apporté beaucoup de choses et je pense qu’il est important que les gens qui vivent la réussite puissent à leur tour s’investir pour le rendre à la filière. Je trouve que jusqu’à présent, la SHF s’est parfois un peu trop éloignée des éleveurs, des cavaliers ou des meneurs. Elle s’est d’ailleurs souvent bien trop occupée du saut d’obstacles et du Selle Français qui, certes, sont les activités phares mais la SHF est une maison mère qui ne doit pas négliger d’autres aspects. Pour ma part, je me suis toujours intéressé à de nombreuses disciplines et aujourd’hui, j’ai le souhait d’apporter plus de transversalité. Il est important de travailler avec les différentes disciplines et organisâmes de sélection (OS). C’est d’ailleurs dans cette optique qu’Emilie Morichon a pris la place de directrice au sein de la SHF. Passionnée d’attelage, elle a été responsable de la fédération des poneys et petits chevaux de France. Un travail qui demande des qualités fédératrices et c’est exactement ce dont nous avons besoin au sein de la SHF. Ces derniers temps, ce sont majoritairement les obstacles et les banderoles qui ont donné la visibilité à la SHF mais je pense qu’il est important de prendre conscience que la SHF n’a rien à vendre et qu’elle doit devenir plus discrète mais plus efficace. Nous travaillons également énormément sur le nouveau projet de la PAC 2023 (Politique agricole commune), le bien-être animal ou encore l’intérêt de conserver le cheval en tant qu’animal rural. Ce sont tous ces dossiers que le commun des mortels n’envisage pas ou ne perçoit pas et qui n’ont pas suffisamment été pris en compte par la SHF mais qui sont extrêmement importants et auxquels il faut consacrer beaucoup de temps. Le cheval fait partie intégrante de l’agriculture française et c’est d’autant plus important qu’à notre époque, la nouvelle PAC va développer de plus en plus de nouveaux labels avec le bio, la diminution de l’utilisation de produits chimiques, la conservation ou la plantation de haies, l’entretien des parcelles... Cela correspond très bien à la philosophie d’élevage des chevaux. Nous avons donc véritablement un rôle à jouer. Nous sommes malheureusement souvent pénalisés par cette étiquette d’amateurisme collée à l’élevage équin, au contraire de l’élevage bovin ou porcin. C’est pour cette raison que je souhaiterais que les aides soient désormais concentrées uniquement sur les professionnels qui doivent payer la TVA et sur leurs charges, contrairement aux amateurs. Un tel changement fera grincer des dents mais lorsque l’on aborde le sujet, je me rends compte que le monde du poney ou d’autres disciplines souhaitent la même chose. »

Y a-t-il un risque pour vous de passer plus de temps dans les bureaux que sur le terrain ? Est-ce votre souhait ?

M.G. : « Certainement pas ! Je reste vétérinaire avant tout. Aujourd’hui, j’ai la chance de pouvoir compter sur toute une équipe qui me permet de pouvoir consacrer du temps à d’autres activités. Le plus dur, c’est d’accepter que les journées ne comptent que vingt-quatre heures ! Ma plus grande chance, c’est d’être bien entouré. Pouvoir compter sur Maxime Denis à l’élevage et qui fédère l’équipeDamien Logaert qui s’occupe de l’entretien des prés et de la partie mécanique, il est aujourd’hui entièrement autonome. Pour la partie vétérinaire, le retour de ma fille Marie me permet de me créer du temps libre pour m’adonner à d’autres activités, ce qui constitue également pour moi une source incroyable de motivation. Je consacre également énormément de temps à France Etalons mais là aussi, nous avons la chance de pouvoir compter sur Maeva Ruault. Elle nous accompagne depuis le début du projet et dernièrement nous avons étoffé l’équipe avec Hélène qui s’occupe de l’administratif à Saint-Lô, entre l’éleveur et l’étalonnier. Sans oublier Manon Fournier qui s’occupe du développement à l’étranger et de la communication. Ces dernières années, j’ai essayé de rendre les structures dont je m’occupe plus efficaces, pour pouvoir me libérer du temps et mes équipes me permettent aujourd’hui de faire cela. Néanmoins, l’élevage et la reproduction restent ma passion. J’approche la soixantaine et j’abandonnerai peut-être mes mandats un jour mais certainement pas l’élevage. J’adore inséminer, réaliser un transfert ou m’occuper d’un poulain, ce sont des choses qui me motivent dans la vie et le fait d’avoir toujours cette même envie me rend crédible aujourd’hui. »

Michel Guiot avec l'ancienne championne de France des 5 ans Very Nice de Talma (Baloubet du Rouet x Contender).

Quel est l’objectif de la vente que vous réalisez ? Pourquoi une vente 100% Talma ?

M.G. : « Mon objectif était avant tout de mieux maîtriser les choses car cela nous permet d’avoir un contact direct avec les clients. Je pense que c’est un peu dans l’air du temps. Le consommateur apprécie voire exige de plus en plus de pouvoir s’adresser directement au producteur. Si les éleveurs de bovins, de porcins ou les maraîchers peuvent le faire pourquoi les éleveurs équins ne pourraient-ils pas en faire autant ? Pour moi, c’est très important aussi de pouvoir organiser une journée de présentation des chevaux qui se déroulera le 3 juillet prochain au haras où tout le monde est le bienvenu. Après une année bien compliquée due à la crise sanitaire que nous venons de traverser, ce sera une belle occasion de pouvoir se retrouver. C’est aussi une belle possibilité pour les gens qui ne nous connaissent pas de venir visiter nos installations et notre élevage. Cela permet de rendre notre structure accessible tout en faisant découvrir notre région. Pouvoir montrer des chevaux « de Talma » au plus haut niveau à la télévision est d’un grand intérêt mais il est aussi important que les gens puissent venir à la source. La vente se clôturera sur internet le lundi 5 juillet en soirée.

Irréelle de Talma (By Cera d'Ick x Quaprice Bois Margot), soeur utérine de Baikal de Talma

Dans le futur, peut-être pourrons-nous également proposer des ventes de produits de nos étalons ou de produits de nos clients qui élèvent leurs chevaux à Talma mais dans un premier temps, il était important de créer cette vente 100% Talma où l’on peut retrouver toutes nos souches. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai décidé de mettre l’entièreté d’une génération en vente et je vois qu’aujourd’hui, le concept plait vu les nombreux retours que nous avons. »

Mettre une génération entière, c’est une décision étonnante.

M.G. : « Je ne voulais pas que les gens pensent que j’avais gardé les meilleurs sur le côté. Au sein de nos écuries, nous avons trente boxes, cela fait quatre à cinq chevaux sur cinq à six générations que nous sommes en mesure de valoriser. Nous pouvons donc mettre en vente une génération entière et répéter cette opération de manière peut-être un peu différente dans le futur si cette vente se passe bien. Nous avons en plus la chance d’avoir de nombreux chevaux qui tournent bien actuellement. Cela attire évidemment. »

Indigo de Talma (Quick Star x Stakkato), petit-fils de la jument de coupe des nations Valkyrie de Talma.

Lorsque vous avez débuté, vous étiez éleveur et vétérinaire, aujourd’hui, vous maitrisez jusqu’à la valorisation de vos chevaux au haras.

M.G. : « Pour moi, dans l’élevage de chevaux, il y a trois postes qui coûtent cher. En premier lieu, la nourriture. Pour cette raison, j’ai pensé que nous devions être des agriculteurs pour fabriquer nous-même notre fourrage. Le deuxième poste, ce sont les frais vétérinaires où j’inclurais le coût des saillies et enfin, le dernier poste, c’est la valorisation. La vente des foals est un marché limité. C’est bien souvent la vente d’un seul cheval, que ce soit un trois ans qui sort de l’ordinaire ou un cheval de cinq, six ou sept ans que l’on a valorisé, qui fait que l’on gagne notre vie. A un moment donné, je me suis retrouvé avec une dizaine de chevaux au travail chez différents cavaliers et cela représentait un budget conséquent. Vu l’intérêt de Marie de continuer notre travail, cela m’a motivé à construire nos propres écuries. Le souci dans ce genre de projet, c’est d’avoir une bonne équipe et un bon outil. Nous avions la chance d’avoir une bonne qualité de chevaux, nous avons donc décidé de nous lancer dans la construction de nouvelles infrastructures. Aujourd’hui, nous avons une trentaine de chevaux au travail, cela représente beaucoup de monde et il faut faire les bons choix. »Lambada de Talma (Baloubet du Rouet & Fashion de Talma), issue de la souche de Rahotep de Toscane

Aujourd’hui l’ascension de Cocktail de Talma vers le haut niveau avec Grégory Wathelet, c’est un rêve qui devient réalité ?

M.G. : « Nous avons toujours cru en lui et c’est bien pour cela que nous l’avons confié à Grégory. Pour moi, entendre la Brabançonne grâce à la victoire d’un cheval que j’ai fait naître, en tant que Belge, cela me procure beaucoup d’émotion. Le voir ce week-end faire son premier Grand Prix cinq étoiles et prendre la sixième place, c’est fantastique. La progression est vraiment très rapide. Grégory place beaucoup d’espoir en Cocktail pour la suite mais nous avons déjà été beaucoup approché et il n’est pas impossible qu’une commercialisation intervienne à un moment donné. Pour moi, il est surtout important de conserver nos meilleures femelles. La propre sœur de Cocktail, Cocaine de Talma a aussi bien évolué ce week-end à Fontainebleau mais elle reste sous la selle de notre cavalière maison. Cela permet à Audrey Teixidor de pouvoir compter sur des chevaux d’âge de qualité qui allient conjointement une carrière d’élevage et de concours. Une jument comme Cocaine ne sera pas à vendre car il est important pour moi de penser à la suite de notre élevage en conservant les meilleures filles de Reggae de Talma pour prendre bientôt sa relève. »

Michel & Marie Guiot autour de l'une de leur jument vedette Reggae de Talma (Cento), mère notamment de Cocktail de Talma.


Si votre fille Marie emboite vos pas, c’est aussi un lourd héritage pour elle ?

M.G. : « J’ai la chance d’avoir trois filles passionnées par les chevaux même si seule Marie se dirige pour reprendre l’élevage. Mathilde a collaboré avec Maxime à la réalisation du catalogue de notre vente par exemple et lorsqu’elles reviennent au haras, elles en profitent toujours pour monter. Il faut que la succession soit juste pour elles trois et nous étudions déjà les possibilités qui s’offrent à nous aujourd’hui. Je pense que pour que tout se passe bien, il est primordial que l’activité soit rentable car cela impose quoi qu’il arrive de nombreux capitaux immobilisés. J’ai aussi en tête que mes bras droits comme Maxime et Damien puisse prendre des parts de la société du haras de Talma pour que Marie soit bien entourée pour continuer les activités dans les années à venir, mais pour le moment, je suis toujours à ses côtés et j’espère que nous pourrons encore travailler ensemble longtemps car j’ai encore beaucoup de projets. »

AuteurJulien Counet