« Les chevaux seront prêts pour les JO » Grégory Bodo

24 avril 2021Auteur : Theo Caviezel

Nous avons beaucoup parlé des cavaliers, grooms et chevaux lors de cette épidémie de rhinopneumonie, venue s'ajouter à une épidémie non moins inédite qu'est celle du Covid-19. Il y a cependant d'autres professionnels du secteur qui ont dû se réinventer du jour aux lendemain, dont les chefs de piste. Grégory Bodo, la référence française dans ce domaine, fait le point avec Studforlife sur ces derniers mois et son prochain objectif : les Jeux olympiques de Tokyo !

Comment gérez-vous cette période en tant que chef de piste ?

Me concernant, je n’ai en aucun cas à me plaindre en ce début d’année car j’ai pu officier pleinement à l’occasion notamment des tournées du soleil à Vilamoura, Oliva, Vejer de la Frontera, Gorla Minore… J’ai aussi eu la chance de participer au dernier concours autorisé avant l’arrêt suite à la rhinopneumonie. J’ai pu contribuer à la préparation de certains chevaux, en ce début d’année, pour les grosses échéances à venir. Par conséquent, je n’ai donc pas à me plaindre sur ce point.

En revanche, il est certain que l’arrêt du sport, en partie à cause de la Covid-19 mais surtout dernièrement avec la rhinopneumonie, m’a permis (comme beaucoup d'autres chefs de piste) de rebondir sur d’autres activités, et notamment celle que j’exerce depuis plusieurs années, à savoir professeur de marketing et de management dans une école de commerce et référent professeur auprès de cette école. Le suivi des dossiers des étudiants, les cours dispensés en présentiel et en visioconférence, et les entretiens individuels m’ont donc finalement bien occupé en cette période éloigné des terrains de concours !

J’ai tout de même gardé un pied à l’étrier durant cette période puisque, d’une part, j’ai pu contribuer à la formation des chefs de piste régionaux (CRE du Grand Est) et d'autre part, j'ai envoyé des plans d’entraînement à des cavaliers de haut niveau pour qu'ils puissent les construire à la maison, dans leurs écuries. Maintenant que les concours ont repris, j’ai pu officier en tant que chef de piste lors du Grand National de Vichy et enchainerai avec des déplacements aux Pays-Bas, en Allemagne, et en France à nouveau…

C’était important pour vous de prendre ce moment de pause forcée pour former la relève, préparer les futurs chefs de piste internationaux français, faire bénéficier de votre expérience au plus grand nombre ?

Oui, je vous le confirme ! Comme je l’ai toujours revendiqué, j’ai une double activité puisqu’on ne sait pas de quoi sera fait demain -et nous avons pour preuve ces deux dernières années !- donc je ne souhaite pas mettre tous mes oeufs dans le même panier, selon l’adage. Cela ne m’empêche pas tenter d’apporter au secteur de la construction des pistes ma modeste expérience. C’est une profession qui tend vraiment à se professionnaliser et se structurer, en tout cas en France. J’essaie tant bien que mal, à travers les opportunités qui me sont proposées ou offertes, de dispenser mon savoir dans le cadre de programmes d’éducation. Cela ne sert à rien de se lamenter sur notre sort et regarder derrière soi, il faut se tourner davantage vers l’avenir et préparer ce futur, de manière progressive, afin que nous soyons plus forts dès demain. Des avancées importantes ont eu lieu au niveau de la représentativité des chefs de piste français à l'international, mais cela ne suffit pas !

Comment, vous qui officierez lors des Jeux olympiques de Tokyo, imaginez-vous les parcours sur place, alors que les chevaux n’ont jamais aussi peu couru ces derniers mois ?

Il est vrai, si nous faisons un bilan de la saison sportive, tant en indoor qu’en outdoor, qu’il y a eu des contraintes majeures et beaucoup d’annulation d’événements. Tout cela a perturbé, en 2020 et en 2021, le calendrier prévisionnel de tous les cavaliers qui visaient de grosses échéances comme les Jeux olympiques. Je pense très honnêtement que les chevaux vont arriver dans un état de fraicheur sur ces événements-là. Ce qui va peut-être pêcher sera l’esprit de compétition des cavaliers et chevaux. Ce paramètre-là sera à reconstruire au fur-et-à-mesure des concours à venir, d’autant plus qu’ils ne pourront pas dans un premier temps être portés par le public, les compétitions se déroulant à huis clos… Les cavaliers et chevaux sont des athlètes et ils ont besoin également de ressources psychologiques.

Les cavaliers travaillent énormément à la maison pour optimiser l’état musculaire de leurs chevaux, je suis régulièrement en contact avec ces sportifs. Je suis sûr que tous seront prêts physiquement, même s’ils n’ont que peu sauté en concours ces derniers mois. C’est vraiment l’esprit de compétition qui selon moi sera peut-être moindre et donc à retrouver progressivement. Quoiqu’il arrive, il y aura, de la part des officiels de compétition aux Jeux olympiques, une prise en considération de ces facteurs et donc des parcours peut-être moins impressionnants que les éditions précédentes, mais certainement plus subtiles, sans pour autant aller dans une démesure à la baisse. Il en sera de même pour les Championnats d’Europe, qui auront lieu en septembre.

Des concours comme les Masters de Chantilly, où j’officierai en juillet, s’inscrivent forcément dans le calendrier des cavaliers en vue de ces championnats, et seront de parfaits concours de préparation dans la dernière ligne droite ! Pour conclure et répondre à votre question, ça sera à nous, les course designer, de faire preuve d’adaptabilité, notamment sur des paramètres qui seront liés à la technicité, aux mesures des obstacles, à la longueur du parcours, à l'entretien moral des chevaux quant aux parcours proposés.

Nous sommes à moins de trois mois du Masters de Chantilly justement, que comptez-vous concocter aux cavaliers sur cette grande piste en herbe avec le Château de Chantilly, en toile de fond ?

Je n’ai pas encore arrêté mes idées sur les parcours que je proposerai lors du Masters de Chantilly. C’est une piste que je ne connais pas parfaitement, ça sera une grande première en tant que chef de piste principal ! Il est toutefois certain, de par la notoriété de ce concours, de la qualité des infrastructures, de l’image que ce concours renvoie et aussi du fait qu’il soit à présent organisé par le groupe EEM de Christophe Ameeuw, en collaboration avec Rolex, que ce concours va être coché d'une croix par bon nombre des meilleurs cavaliers mondiaux. Ça sera difficile pour moi, dans le sens où je vais, comme je l’ai dit précédemment, devoir faire preuve d’adaptabilité. Le comportement des chevaux lors du premier jour de compétition sur place sera déterminant pour m’aider à finaliser les parcours phares que sont ceux du Grand Prix Rolex notamment. À présent, il reste plus de deux mois pour régler les chevaux afin d'arriver sur ce genre d'événements si importants.

Photo à la Une : Sportfot.com

AuteurTheo Caviezel