La Tuilière, une histoire d’amour

22 juillet 2021Auteur : Oriane Grandjean

Dans cette ultime partie, focus sur les nouvelles installations de la Tuilière. Charlotte et Mark McAuley nous dévoileront aussi leurs objectifs.

Partie 3

Lorsque l’on arrive à la Tuilière, la beauté des installations ne laisse personne indifférent. C’est en septembre dernier que les premiers chevaux ont pris leurs quartiers dans les nouvelles installations des écuries de la Tuilière. Ces dernières ont été construites sur le domaine familial de Charlotte : « On avait la chance de partir de zéro pour tout construire et tout concevoir et comme on passe tout notre temps là, on voulait que tout soit aussi confortable que possible pour nous et pour les chevaux, précise le couple. Le plus important est que ce soit fonctionnel pour travailler, que tout soit concentré, avec le manège, les boxes et la carrière. Nous voulions avant tout que les chevaux se sentent bien. Nous avons donc disposé les boxes, qui sont de bonne taille, tout en périphérie du bâtiment pour qu’ils aient tous une fenêtre. Nous avons concentré les salles de soin, la sellerie, la buanderie ou l’espace clinique au centre du bâtiment pour perdre le moins de temps possible. Une écurie de vingt chevaux de haut niveau nécessite sans doute deux à trois fois plus de personnel qu’une écurie standard. Le temps que cela prend si on veut bien faire les choses est impressionnant. Les chevaux sont sortis trois fois par jour, ils ont des soins qui prennent aussi du temps. On a sept personnes à temps plein qui travaillent dans l’écurie, en plus de Mark et moi. Il y a trois grooms concours, deux grooms maison, un cavalier maison, deux personnes pour les extérieurs et une secrétaire. »

De telles infrastructures ont-elles aussi un impact sur le commerce ? « On n’accueille pas des clients tous les jours, mais l’envie d’avoir de belles installations va aussi de pair avec le commerce de haut niveau que l’on vise. Un bon cheval trouve toutefois toujours des acheteurs, même dans des écuries moins luxueuses », note Charlotte.

Désormais parmi le top 50 mondial, Mark McAuley désire continuer son ascension dans l’élite. Pour ce faire, il peut compter sur un solide piquet de chevaux avec Miebello et Jasco vd Bisschop ainsi que des recrues prometteuses : « Il y a Cap West, un neuf ans dont je pense sérieusement qu’il sera un cheval de championnat dans les prochaines années. Il est très performant. Il y a encore plusieurs bons huit ans, notamment Django Ste Hermelle (Upercut Kervec), un top cheval d’avenir, Esmeralda de Hus Z (Eldorado de Hus), qui vient d’arriver, et Daenerys de Fondcombe (Lando). »

L’objectif de Mark McAuley pour les prochaines années ? « Intégrer le top 10 mondial, en ayant un piquet de chevaux suffisamment fourni pour assurer la relève et y rester. Pour l’instant, j’arrive à avoir un ou deux chevaux pour ce niveau, mais ce n’est pas assez si on veut entrer dans ce cercle du top 10. »

Charlotte précise que tout a été mis en place dans cette optique : « Le but de la Tuilière est vraiment de porter Mark le plus haut possible. On met bien sûr tout en œuvre pour que je puisse également refaire de grosses épreuves, mais l’objectif n°1 est vraiment que Mark intègre le top 10. Pour ma part, avec les enfants, les priorités ont aussi changé. En plus, si je monte entre deux et trois chevaux par jour c’est assez car je dois gérer la structure de la Tuilière. Pour que Mark puisse viser le top, il faut qu’il puisse se concentrer là-dessus. C’est une implication au quotidien, un mode de pensée, un mode de vie. J’essaie donc de décharger Mark de tous les aspects logistiques pour qu’il puisse se focaliser sur la compétition et gérer le programme des chevaux. On ne peut pas tout faire, et notre duo fonctionne bien ainsi. »

Mark ne manque d’ailleurs jamais de souligner l’importance de son épouse : « J’ai une chance incroyable de pouvoir compter sur Charlotte. Le but de la Tuilière est d’avoir assez de bons chevaux pour être tous les deux à haut niveau. Et en même temps continuer à commercialiser les chevaux. »

Avoir deux enfants en bas âge tout en manageant une écurie de sport ne facilite pas les choses, et exige une bonne dose d’organisation : « On habite à vingt minutes de la Tuilière, à Genève. Les enfants ne viennent pas trop aux écuries, ils vont à la crèche. Pour les concours, c’est un sacré mic-mac. Pour l’instant, on arrive à gérer, grâce à une nounou qui nous suit en concours. Comme les enfants ne sont pas encore scolarisés, nous profiterons de partir passer l’hiver prochain en Floride. C’est le moment ou jamais. Maintenant que nous avons un solide réseau là-bas, on pourra continuer de le développer. Sans oublier que l’on s’y rendra aussi évidemment pour le sport. »

Si Charlotte reconnaît que l’aide de Mark au quotidien est précieuse pour l’aider à progresser, l’Irlandais n’a pour sa part pas de coach : « Je dis toujours que mon meilleur coach, c’est moi-même, explique Mark. Je suis très critique envers moi-même. Je regarde inlassablement toutes mes vidéos. Je suis très observateur, et je regarde aussi beaucoup ce que font les autres. » Ce n’est pas son épouse qui le contredira : « Quand on est dans un concours 5*, Mark remarque tout. Il est capable de dire de chaque cavalier de haut niveau comment il aime gérer sa détente. Il discute aussi avec eux. Les Irlandais s’aident beaucoup. Quand ils sont en concours ensemble, ils travaillent ensemble à la détente. »

« Il y a plusieurs cavaliers qui m’inspirent et que j’apprécie particulièrement observer, note Mark. Marcus Ehning, Harrie Smolders, Beat Mändli, Scott Brash, Steve Guerdat ou Daniel Deusser. Les meilleurs, tout simplement ! »

Parmi les concours qui lui tiennent le plus à cœur, il y en a un qui sort du lot, sans surprise : le CSIO de Dublin : « Dublin, c’est LE concours pour les Irlandais. Celui qui te fait rêver depuis que tu es enfant. Il y a deux ans, j’y ai vécu en quelques heures le pire et le meilleur moment de ma carrière. Dans la coupe des Nations, j’ai fait sans-faute dans première manche et éliminé dans la deuxième. J’aime aussi évidemment beaucoup le CHI de Genève et le concours de Lyon, deux concours proches de la maison et qui ont tous les deux une vraie histoire. »

L’histoire de la Tuilière, le couple continue aussi de l’écrire en visant le sommet de leur sport. Avec des telles infrastructures, une volonté à toute épreuve, des talents pour dénicher des cracks et les former, Charlotte et Mark vont encore faire briller le nom de la Tuilière dans les plus beaux concours du monde.

 Photos : © Clément Grandjean

AuteurOriane Grandjean