Jeroen Dubbeldam souffle la victoire à Patrice Delaveau !

07 septembre 2014Auteur : Julien Counet

Le chef de piste Frédéric Cottier aura été l'artisan de l'un des championnats du monde les plus passionnants que l'on ait pu vivre sportivement et il aura signé aujourd'hui le sans-faute avec une finale tournante passionnante malgré les contraintes exigées par le règlement. Il avait promis un parcours facile pour les chevaux et difficile pour les cavaliers, ce fut chose faite ! Le metteur en scène aura demandé à ses acteurs de donné le meilleur d'eux-mêmes et le vainqueur est sans conteste celui qui aura su se glisser le mieux dans la peau des personnages ou plutôt des cavaliers originaux de chaque monture. Le Hollandais Jeroen Dubbeldam est le premier à entrer dans le stade. Champion Olympique il y a 14 ans avec De Sijem, le Hollandais avait essuyé quelques critiques n'ayant à cette époque aucune victoire en Grand Prix à son palmarès !

Pourtant, en 1994, il remportait déjà le titre de champion d'Europe junior et en 2001, il inscrit son nom au palmarès du Grand Prix d'Aix la Chapelle. La suite est impressionnante avec deux titres de champion de Hollande, un titre de champion d'Europe par équipe et deux titres de champion du monde par équipe dont le dernier remonte à trois jours plus tôt cette semaine ! Ce membre des « Golden Boy's » hollandais n'est pas un outsider et signe le sans-faute avec son hongre KWPN de 10 ans, Zenith SFN (Rash R x Fuego du Prelet).

Champion d'Europe en 2011, médaillé de bronze en 2001, vice-champion Olympique en 2012, Rolf Goran Bengtsson s'étaient retrouvé aux portes de la finale tournante en 2010 à Lexington avec une 6 ème place individuelle mais cette fois, l'erreur est réparée ! Pourtant cela commence mal puisque Casall (Caretino) ne peut éviter une faute sur la sortie du triple. Double médaillé d'or par équipe aux Jeux Olympiques et médaillé de bronze en individuel à Pékin, victorieuse de la finale de coupe du monde l'an dernier, Beezie Madden-Patton est la seule de la troupe à avoir déjà goûté aux joies de la tournante avec une médaille d'argent à la clé en 2006.

Cette fois, c'est avec l'ancienne monture de Gregory Wathelet, le BWP Cortes C (Randel Z) qu'elle s'élance et signe le sans-faute.

Dernier du groupe à prendre le départ, Patrice Delaveau a également quelques kilomètres au compteur : champion d'Europe individuel en Young Riders en 1985, une médaille d'or et une d'argent par équipe dans ces mêmes championnats mais aussi trois médailles par équipes aux championnats du monde dont la seconde d'argent remportée trois jours plus tôt au stade d'Ornano, son jardin ! Le Normand est bel et bien dans son jardin devant ses amis, sa famille … pour signer un premier sans-faute avec Orient Express HDC (Quick Star). Si Patrice habite à 40 kilomètres du stade, son cheval n'est pas né beaucoup plus loin de là mais son naissance Patrice Boureau n'a pas voulu se rendre au stade tellement la pression lui semblait grande et aura préféré le suivre devant son téléviseur. Cette fois, les choses sérieuses commencent et c'est le suédois qui s'y colle avec Zenith SFN. Le Suédois semble prend l'option de mettre les chevaux à sa main dans les trois minutes qui lui sont impartis mais le hongre KWPN est en défense en faute sur la sortie du triple qui est de nouveau fatal à l'ancien numéro un mondial qui écopera en plus de 2 points de temps de pénalité. Le Suédois est à 10 points après deux parcours.

Beezie Madden est la première à se mettre en selle sur l'étalon mythique du Holstein Verband. Un peu plus ouvert qu'avec le Suédois … et ce triple lui pose à nouveau problème avec une faute sur le vertical central. C'est un nouveau quatre point, on ne va pas s'ennuyer à Caen !

Patrice Delaveau se hisse sur Cortes C et signe un magnifique sans faute.

C'est au tour du grand Jeroen Dubbeldam de prendre place sur le petit Orient Express mais c'est le géant hollandais impressionne. Il s'adapte complètement à sa monture mais surtout à son cavalier original et si la veste est bien orange, on penserait voir Patrice Delaveau en selle dans ses actions, c'est impressionnant et Orient l'est tout autant ! Sans faute, magnifique !  Beezie Madden hérite de Zenith et une nouvelle fois, le triple pose des problèmes avec une nouvelle faute sur la sortie !

Patrice Delaveau se met en selle sur Casall. Il faut remarquer que lors des trois minutes imparties pour se familiariser au paddock avec chaque cheval, le français est le seul qui aura sauté un vertical puis un oxer alors que les trois autres auront préféré sauter un oxer avant le vertical. Contrairement à l'américaine, Patrice tend Casall comme son cavalier habituel, mais comme le suédois, le normand assure en ajoutant une foulée dans la dernière ligne : 64''43, c'est 43 centièmes de trop et un point qui pourrait coûter cher au décompte final.

Jeroen Dubbeldam prend les rênes de Cortes C. Une petite promenade de santé et un nouveau parcours sans faute pour le BWP.

Le calvaire de Rolf-Goran Bengtsson n'est pas fini. Pourtant, l'ancien numéro un mondial a dû cette fois être bien conseillé par son chef d'équipe, Henk Nooren au sujet du protégé du haras des Coudrettes. En selle sur Orient Express, il part calmement et réussit (enfin) à sortir du triple sans encombre mais alors qu'on pense voir le premier sans faute du suédois, l'étalon Selle Français laisse trainer un postérieur sur le dernier obstacle : 4 points.

Cette fois, c'est déjà l'ultime tour ! Patrice Delaveau n'a pas le droit à l'erreur si il veut mettre la pression sur Jeroen Dubbeldam … et c'est justement avec Zenith que le français s'avance en piste. Décidément, comme Orient avec Dubbeldam, c'est avec Delaveau que Zenith retrouve les qualités qu'on lui trouve avec son géant hollandais : sans faute magnifique ! 

Le stade est en folie, l'ambiance est incroyable … dur dur pour le hollandais qui peut néanmoins également compter sur ses supporters. On sent bien qu'à la moindre faute, le public va bondir peu importe ce qu'il adviendra du grand orange. 

Ce parcours est sans doute le plus important du hollandais depuis 14 ans … mais sa tactique surprend : l'ancien champion olympique prend la décision de ne sauter qu'un seul vertical avant d'entrer en piste avec l'étalon Holsteiner et surprend encore plus en prenant un virage très court pour rejoindre le deuxième obstacle pour ne pas connaître la même mésaventure que le français.

La tension dans le stade est insoutenable mais le hollandais est juste hors norme et boucle un nouveau parcours sans aucune pénalité : Jeroen Dubbeldam est champion du monde !!!

La formule de ces championnats peut être critiquée mais une fois de plus, c'est un des meilleurs cavaliers du circuit qui s'impose ! Comme Dermott Lennon en 2002 ou Philippe Le Jeune en 2010, ce n'est sans doute pas le plus médiatique des cavaliers mais c'est un vrai cavalier avec des valeurs, un travailleur au quotidien qui mérite à être connu ! 

Les dés sont jetés : le plus jeune cavalier de cette finale Jeroen Dubbeldam , 41 ans, est double médaillé d'or et Patrice Delaveau double médaillé d'argent à Caen ! Deux stars qui auront marqué la compétition de leur emprunte. La pression redescend de cinq étages, le stade est tout à fait détendu et redevient silencieux, près cette fois à profiter du spectacle alors que la tension semble avoir disparu du stade Ornano. Pourtant, il reste encore deux parcours et une médaille à attribuer. 

Rolf Goran Bengtsson entre en selle sur Cortes C et cette fois, le sans-faute est là ! Le premier pour le suédois … mais le quatrième pour le BWP qui devient du coup le meilleur cheval de cette tournante. Une satisfaction belge qui avait ramené le titre mondial lors des deux derniers Jeux Equestres Mondiaux. 

Beezie Madden a 6 points d'avance sur Rolf Goran Bengtsson pour prendre la médaille de bronze mais l'américaine ne peut éviter une grosse faute d'antérieur… tout reste possible mais Orient Express en restera là et permet à l'américaine d'accrocher une nouvelle médaille à son tableau de chasse. Frédéric Cottier, chef de piste, à l'origine d'un spectacle merveilleux, un homme satisfait ? « Je n'éprouve aucune fierté, mais beaucoup de soulagement. Bravo aux quatre cavaliers. Aujourd'hui l'épreuve n'était pas simple, difficile même et le temps n'y était pas étranger. Le schéma du barrage à 4 comme à Aix-la-Chapelle en 2006 est exactement ce que je voulais éviter. J'ai donc tracé un parcours un peu plus difficile, afin que le règlement imposé permette néanmoins de réaliser directement le classement. Après je ne suis que le directeur dans un film, je laisse faire les acteurs. Pas de barrage, c'était mon but ! Les chevaux paraissaient frais et ça m'a fait plaisir. Chapeau à Jeroen qui n'avait pas le droit à un dixième de seconde de trop sur son dernier parcours, la pression a été énorme, c'est un très grand champion. »

Jeroen Dubbeldam : « La pression a été très forte mais mon cheval m'a soulagé avec un sans-faute d'entrée de jeu. Je suis également heureux pour mon cheval de le voir terminer cette semaine intense par un sans-faute avec Patrice. Il méritait de finir par un sans-faute et je suis très fier de lui, même si cela ne m'arrangeait pas forcément. Ensuite, monter sur ces trois chevaux différents du mien était quelque chose de fantastique. Même si on les connaît un peu, trois minutes c'est très peu, pas assez pour changer un cheval, juste assez pour se familiariser avec, sentir et trouver leur point fort, et je l'ai trouvé avec chacun. Il y avait de la pression mais j'ai apprécié ça, c'est génial de devenir champion du monde en montant de tels chevaux. Le sentiment du moment sur leur dos l'a emporté sur ce que je pouvais savoir de ces chevaux.

Orient Express m'est apparu plein de sang, très fort surtout à gauche, avec de fantastiques réflexes et une trajectoire incroyable. Cortes n'est peut-être pas le plus élastique, mais il a plus de sang que ce que je pensais. J'étais un peu effrayé de monter Casall ASK pour le dernier tour, craignant qu'il ne soit trop fatigué, mais il a eu plus de sang que je ne l'aurais espéré, j'ai eu de fantastiques sensations avec lui et je l'ai compacté particulièrement sur les deux derniers. C'était également très intéressant de voir les autres cavaliers sur mon cheval, surtout qu'il s'agissait du moins expérimenté. Il a bien globalement bien fait, certes une faute dans le triple avec Rolf et avec Beezie, par manque d'expérience peut-être, ou bien à cause du stress. Si Patrice l'a très bien analysé et l'a très bien monté, les deux uatres s'en sont très bien sortis aussi. »

Patrice Delaveau : « Je suis un peu déçu d'avoir raté, pas l'or car sans mon point de dépassement de temps il y aurait dû avoir un barrage, mais pour quelques centièmes de secondes, c'est vraiment peu, cependant je suis content pour les chevaux qui ont évité un barrage. Et bravo à Jeroen qui a signé quatre sans-faute. Le parcours et cette faute de temps minuscule sont bien ancrés dans ma tête et je risque bien de les revivre encore beaucoup de fois en pensée. J'y ai déjà réfléchi et je pense que j'ai perdu un peu de temps sur l'avant-dernier obstacle, où je voulais vraiment le garder compacté, et j'ai fait une foulée de plus entre l'avant-dernier et le dernier, et encore à la réception du dernier où j'ai mis une foulée à réagir, je savais pourtant que c'était juste. Cortes a un galop spécial mais son rebond est très agréable. Casall est assez froid mais étonne par sa grande concentration. Zenith m'a semblé frais, raide, j'étais un peu déséquilibré dans les réceptions, mais il a une qualité de saut exceptionnelle. Voir les autres sur mon cheval a suscité une grande curiosité. Ca apporte beaucoup de choses, connaissant les problèmes que l'on a, de voir comment les autres les gèrent. Ca m'a beaucoup amusé, je vais encore regarder les vidéos ! »

Beezie Madden, cavalière de Cortes ‘C', meilleur cheval de la finale tournante : « Je suis très heureuse de rentrer avec ma médaille de bronze, je suis très fière également pour l'équipe. Il y avait un peu plus de pression aujourd'hui mais Cortes est un fantastique cheval qu'il est toujours un plaisir à monter. J'ai toujours cru en ce cheval. Pour conserver cette médaille, la pression était à son comble après ma faute en milieu en triple. Les trois sont des chevaux adorables. Casall est froid mais splendide à monter. J'ai fait une faute car j'ai probablement sur-réagit à son parcours précédent. J'ai eu un super feeling sur Orient Express, il est très aérien, la sensation du saut est très agréable avec lui. Zenith est un cheval très sensible. J'ai pri également beaucoup de plaisir à voir mon cheval avec les autres cavaliers. Je ne l'ai pas trouvé différent avec eux d'avec moi. »

Si l'on a vu Kevin Staut retirer les cloches de Cortes ‘C' avant l'entrée en piste de Patrice, situation imitée par les deux concurrents suivants et leur staff, c'est parce que le mari de Beezie Madden leur avait indiqué que c'était la procédure qu'ils ont l'habitude de suivre avec le cheval et rien de plus. En effet Cortes ‘C' se touche lors des premiers sauts à la détente mais plus par la suite.

A propos de son retour sur le devant de la scène, après un titre de champion olympique à Sydney en 2000, Jeroen Dubbeldam : « en 2008 à Honk Kong je me suis blessé, une fracture de la jambe, je n'étais pas prêt à ce moment-là, tout simplement. Nous cherchions de nouveaux chevaux pour moi, j'ai remarqué Zenith en concours jeunes chevaux en Allemagne, il appartenait à un propriétaire hollandais, alors comme ça ne devait pas trop poser de problème j'ai proposé à mon propriétaire de me l'acheter. Nous l'avons eu deux semaines à l'essai, pendant lesquelles nous lui avons trouvé beaucoup de qualités, une forte trajectoire, et constaté qu'il y avait aussi encore beaucoup de travail à faire, mais cela ne nous a pas effrayé. Et je crois qu'il a bien prouvé qu'il le valait depuis ! Après je n'aime pas comparer les compétitions, les chevaux, les cavaliers, je n'aime tout simplement pas les comparaisons. Alors disons qu'à Sydney il y avait sans doute plus d'émotion, j'avais quelques années de moins et c'était ma première grande victoire. A Jerez, j'étais cinquième avant le dernier tour de la finale individuelle, dans lequel je fais une énorme faute qui me coûte ma place dans la finale tournante, une faute que j'ai sans cesse ruminé depuis. Et maintenant, je peux enfin me pardonner cette faute du passé ! De plus, pouvoir accomplir cela devant ma fille, c'est fantastique. »

Patrice, l'enfant du pays, véritable héros national ? : « Je suis d'ici, j'ai fait mes premières compétitions à Caen, j'ai été champion de Normandie, la région de Caen. Je pense que j'avais déjà dû voir au moins une fois dans ma vie 70% des gens qui étaient présents dans ces tribunes. »

Emanuèle Perron-Pette, propriétaire d'Orient Express : «Orient Express faisait partie de nos premiers achats puisqu'il y avait d'abord eu Baritchou qui n'était pas dans la même court puis Ornella Mail et ensuite Orient Express qui avait alors 7 ans. C'était un véritable choix du cœur puisque je le connaissais depuis ses 4 ans. Je le voyais évoluer depuis ses débuts chez mes voisins Annick et andré Chenu où il avait été confié par Patrice Bourreau. Nous l'avons donc vu travailler régulièrement et même tout le temps en fait de ses 4 à ses 7 ans et nous avons toujours eu envie de ce cheval-là. Dans le rond d'Havrincourt, il faisait déjà envie : il n'était pas comme les autres et honnêtement, il n'a tellement jamais été classique que j'espérais vraiment qu'il puisse nous amener où il nous a amené aujourd'hui. Je n'aime pas le terme crack … mais je trouve que ça lui correspond bien. Lorsqu'on croise un cheval hors norme, on a le droit de rêver et avec Patrice, on s'est mis de suite à rêver. Parfois, c'est dur comme à Aix la Chapelle où Orient s'est blessé, il y a deux ans et n'a pas pu participer aux Jeux Olympiques. La déception était dur et aujourd'hui, je pense que c'est mérité, c'est la récompense de la ténacité, du travail et d'une équipe qui reste soudée dans les moments difficiles. Aujourd'hui, voir Patrice demander à Kevin Staut d'être présent à ses côtés au milieu de la piste, c'est grand pour nous. Nous sommes à Caen, ça nous mettait une énorme pression pour nous qui habitons tout près mais il y avait surtout une énorme pression sur la fédération avec Philippe Guerdat et Sophie Dubourg puis une phénoménale pression sur les cavaliers français et notamment aujourd'hui sur Patrice. On se dit porté à la maison … mais la pression, on en a beaucoup parlé durant cette semaine et ce n'est que positif même si elle peut être lourde à certains moments. Je pense qu'elle a été très forte, ce qui rend la réussite encore meilleure et le public a été tout bonnement incroyable avec ce stade qui s'est enflammé. Au départ, cela pouvait mettre une pression techniquement difficile à gérer pour les chevaux mais finalement, on s'est rendu compte que ça pouvait se transformé en une force formidable pour les français. On peut désormais encore tout espérer. Dans ce sport, on travaille souvent très longtemps en amont et on ne se réjouit pas longtemps. Ce soir, on est déjà dimanche soir, les chevaux sont déjà partis pour Calgary et les cavaliers montent dans l'avion demain puis demain est un autre jour avec des chevaux à gérer, soigner, aimer et travailler alors oui, évidemment que l'on rêve des Jeux Olympiques et de Rio de Janeiro. »

AuteurJulien Counet