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“Je n’écarte aucune bonne surprise, mais il n’y a jamais eu de hold-up lors de la finale de la Coupe du monde”, Laurent Elias

Sport mercredi 6 avril 2022 Mélina Massias

Laurent Elias, champion de France, sélectionneur des Bleus de 2003 à 2010 et ancien directeur du haut-niveau au sein de l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE), esquisse ce à quoi pourrait ressembler la finale de la Coupe du monde Longines de Leipzig, dont le coup d’envoi sera donné jeudi 7 avril, en début d’après-midi. Tout au long de ce championnat, particulièrement attendu après trois ans d’absence, le technicien livrera son analyse à StudForLife. 

Tout d’abord, en quoi la finale de la Coupe du monde Longines est-elle un événement majeur, tant pour les cavaliers que les chefs d’équipe ? 

Premièrement, le règlement de la Coupe du monde repose sur des notions sportives. Il attribue à chaque nation, en fonction du classement mondial de ses meilleurs cavaliers, un nombre de place proportionnel pour la saison régulière. Sauf quelques invitations tolérées, les étapes qualificatives permettent aux plus performants de chaque ligue de participer à ces événements. Deuxièmement, pratiquement tout le gratin mondial s’intéresse à ce circuit hivernal, qui est idéal pour préparer des chevaux. Techniquement, la Coupe du monde permet de se maintenir dans le très haut niveau. Il y a donc un réel intérêt pour ces étapes. Il est vrai qu’il peut être difficile de courir à la fois la finale Coupe du monde et un autre championnat majeur dans l’année, mais la plupart des cavaliers ont plusieurs chevaux, ou la possibilité de reposer leurs montures entre les deux échéances. Je pense qu’il s’agit de l’un des meilleurs circuits sportifs. Sa formule, contrairement à celle proposée aux Jeux olympiques l’an dernier, est juste : elle repose sur un format de championnat comprenant une Chasse, une épreuve type Grand Prix puis une finale en deux manches. À chaque fois, la finale de la Coupe du monde propose un plateau de cavaliers exceptionnel. Les qualifications se font au fil de l’hiver et nous savons à quel point, même pour les Européens et les Américains, il n’est pas aisé de se qualifier. Tout le monde essaye de glaner des points sur chaque étape, afin d’obtenir son ticket. 

Laurent Elias, ici aux côtés de Kevin Staut, à Genève, en 2010. © Scoopdyga

Après près de trois ans d’absence en raison de la pandémie de Covid 19 puis de l’épizootie de rhinopneumonie équine, la finale de la Coupe du monde est enfin de retour. À quoi peut-on s’attendre pour cette édition, en termes de sport, d’enjeu et de parcours ?

À mon sens, le break occasionné par ces deux événements ne va pas ternir la qualité de la finale, d’autant qu’il y a tout de même eu des étapes qualificatives. Cela redonne même au circuit de l’intérêt, comme autrefois, où cette finale était l’apogée du circuit intérieur.

La Chasse va donner une idée des couples en forme, mais tout pourra encore évoluer par la suite. Souvent, lorsque les cavaliers en tête du premier classement sont en forme, ils restent dans le haut du panier. Il peut tout de même y avoir des fluctuations, notamment pour des chevaux qui ont très bien couru la Chasse, mais qui ne sont pas encore aguerris à ce niveau-là. Cette première épreuve peut alors être un petit handicap, qui les dégrade pour la suite de la compétition. Il n’est jamais simple d’être très compétitif le premier jour, tout en gardant la sérénité de chevaux pour les parcours suivants, qui vont être difficiles et techniques. La majorité des cavaliers est rodé à ce genre d’échéance, mais on voit parfois des représentants de nations émergentes bien démarrer, puis disparaître complètement au fil des jours. La finale regroupera seulement vingt couples. Cela permettra, une fois l’écrémage fait, de proposer des parcours à la hauteur du niveau des meilleurs mondiaux.

“Compte tenu de la qualité des couples, il vaut mieux bien démarrer”

Justement, quelles seront les clefs pour réaliser un bon championnat ?

Depuis quelques années, le départ est très important. Lors des dernières éditions, le gagnant faisait partie de la tête de liste après la Chasse. Le niveau technique des chevaux et des cavaliers est tel que l’on ne peut pas se permettre de prendre du retard dès le premier jour. Il peut y avoir de petits écarts, oui, mais pas considérables. Cela va ensuite dépendre de la difficulté des parcours. Si le niveau va crescendo, et que la finale est particulièrement délicate, alors certains cavaliers peuvent recoller. Quoiqu’il arrive, et compte tenu de la qualité des couples, il vaut mieux bien démarrer. Il est toujours possible d’être un petit peu moins vite dans la Chasse, ou même de concéder une faute lors d’un parcours très rapide ; les pilotes ne seront pas trop loin et pourront toujours espérer intégrer le top 3 final. Toutefois, cela sera toujours un petit handicap. Il n’y a pas de raison pour que le schéma des dernières éditions ne se reproduise pas cette année. Ainsi, il faudra courir la chasse assez vite, tout en en gardant un peu sous le pied. Il ne s’agit d’un simple barrage : d’autres tours difficiles suivront. Les chevaux doivent donc être capables d’aller vite le premier jour, sans dégrader leurs qualités pour la suite. Les cavaliers présents ont la faculté de concilier la vitesse, sans griller toutes leurs cartouches. Le niveau d’équitation, de dressage et de préparation des chevaux a une incidence considérable, notamment pour ne pas tout dérégler avec une épreuve rapide.

Marcus Ehning, qui a remporté son dernier titre en 2010, pourrait entrer dans la légende en décrochant une quatrième victoire. © Scoopdygq

Quelques critiques émergent concernant cette finale, d’abord sur les nombreux absents, mais aussi sur son positionnement dans un calendrier qui a déjà fait la part belle aux compétitions extérieures. Cette finale est-elle toujours pertinente, notamment à cette période de l’année ?

Ce débat existe depuis longtemps, puisque cette question s’est toujours posée. La date de la finale a toujours fait qu’elle avait lieu alors que les compétitions extérieures avaient déjà recommencé. Mais sinon, que faudrait-il faire ? Avancer le début des étapes qualificatives ? On ne peut pas imaginer que plusieurs étapes se déroulent en même temps, qu’elles soient trop rapprochées dans le temps ou trop nombreuses pendant la période des fêtes. Pour que ce circuit conserve sa valeur, il faut proposer un certain nombre de Grands Prix qualificatifs. Parmi ces très grands événements indoor, la moitié meilleures performances des cavaliers entrent en compte pour la finale. L’intérêt et le prestige de ce circuit résident dans le fait qu’il propose du très haut niveau tout l’hiver. Effectivement, la finale se situe assez tard dans la saison hivernale, puisque nous sommes déjà… au printemps. Alors, oui, il y a des absents sur le listing de départ. Mais il y a surtout beaucoup de présents de qualité ! (rires) Le choix de courir ou non la finale repose sur sa cavalerie, les événements majeurs de l’année, etc. Le commerce est également un impondérable, et le marché des transferts de chevaux est très actif aujourd’hui. Cela a forcément une incidence sur les championnats et la présence ou non de certains très bons cavaliers. La participation est donc facilitée pour les pilotes disposant d’un piquet plus fourni.

“Voir de nouvelles générations émerger est sain pour le sport”

Comment jugez-vous les forces en présence ? Il y a notamment de nombreuses jeunes pousses au départ de la finale ! 

Je pense que c’est rassurant pour l’équitation mondiale. Voir de nouvelles générations émerger est plutôt sain pour le sport. Cela va permettre d’opposer à la fois des grandes gloires, car il y en a encore beaucoup, et des jeunes qui ont de très, très bons résultats. Ces derniers peuvent, pourquoi pas, accrocher des médailles dans cette Coupe du monde.

Du haut de ses vingt ans, Jack Whitaker incarnera la nouvelle génération et sera le plus jeune pilote en lice pour la victoire. © Scoopdyga

En parallèle, deux triples vainqueurs de cette finale, l’Allemand Marcus Ehning et le Suisse Steve Guerdat, tenant du titre, sont aussi présents. L’un d’eux pourrait-il définitivement entrer dans l’histoire en étant sacré une quatrième fois ?

Bien-sûr, je pense naturellement à eux. Cela pourrait être un événement aussi, puisqu’aucun cavalier n’a fait plus qu’un triplé. Je pense que cela va leur donner une part de motivation supplémentaire. Très franchement, je ne serais pas étonné que l’un d’eux s’impose. Nous parlons là de deux cavaliers hors normes. Si les planètes s’alignent, que leurs chevaux sont prêts et que les parcours leur conviennent, alors pourquoi pas ! Rien ne leur interdit de remporter une quatrième finale Coupe du monde. L’enjeu ne les fera pas trembler et pour moi, ils font partie des gens susceptibles de gagner. Sur le papier, on ne peut pas les écarter. Ce sont deux cavaliers qui savent se transcender, amener des chevaux prêts pour ces événements-là, même s’ils n’ont pas toute l’expérience. En tant que pilotes, ils peuvent faire la différence par leur justesse d’équitation et leur mental. Leur expérience va jouer un rôle considérable.

La finale de la Coupe du monde est souvent l’occasion, pour le grand public, de découvrir de nouveaux cavaliers et chevaux, comme ce fut le cas, par exemple, pour Cristalline ou Eddie Blue ces dernières années. Selon vous, sur qui faudra-t-il garder un œil cette semaine ?

Nous allons observer, en Allemagne, des parcours difficiles et techniquement relevés. Je ne peux pas jouer Madame Irma. Je suis terre à terre et factuel. Si j’étais proche de ces chevaux-là, je pourrais avoir une analyse plus juste. Je pourrais me dire que tel cheval a été performant ces derniers temps, ou que ce cavalier monte très bien, qu’il est en forme et en confiance. Les derniers résultats et la confiance acquise par les jeunes peuvent leur permettre de se surpasser. Je n’écarte aucune bonne surprise, mais le gagnant sera de toute façon quelqu’un de mûr pour cela. Il n’y a jamais eu de hold-up dans la Coupe du monde : cela n’existe pas.

Les épreuves seront retransmises en direct sur ClipMyHorse.tv.
Les listes de départs et résultats ici.
La liste complète des engagés ici.

Photo à la Une : Le Trophée promis au vainqueur. © Scoopdyga