« Il faut rester humble » Mathilde Pinault

23 June 2019

Alors qu’elle vient tout juste de passer ses épreuves anticipées du baccalauréat en français et en sciences, Mathilde PINAULT, âgée de dix-sept ans, gère en parallèle de ses études sa grande passion pour l’équitation et surtout le saut d’obstacles, et est par ailleurs dotée d’un joli piquet de chevaux. La jeune Française s’est livrée à Jump’inside et nous parle sans tabou de ses ambitions et de ses opinions sur le sport équestre.

COMMENT AS-TU DÉBUTÉ L’ÉQUITATION ?

« J’ai commencé l’équitation quand j’étais toute petite, ma mère m’y a initiée et tout a débuté à Paris, au Parc du Luxembourg, avec des shetlands ! J’ai d’abord fait des pony-games dans un petit poney-club, pas du tout dans le monde de la compétition et c’est vers mes douze ans que je me suis vraiment intéressée à l’obstacle, car je trouvais ça plutôt marrant. J’ai commencé les concours à cette période. Mon père et mon grand-père sont très orientés dans le sport et je suis la seule athlète de la famille donc c’est une bonne pression et j’en suis très fière.

Ça n’a pas toujours été facile, la transition de poney à cheval a été assez compliquée pour moi, j’ai mis du temps à m’y adapter. J’ai eu la chance de monter avec Virginie COUPERIE-EIFFEL,qui m’a vraiment initiée à la compétition à cheval. Je suis maintenant avec Edouard MATHE et nous visons le circuit Juniors. C’est un objectif assez difficile, mais je suis contente des fruits de tout ce travail et de l’équipe qui nous entoure, ça se passe bien. »

COMMENT FAIS-TU AVEC LES COURS À CÔTÉ ?

« Ma mère privilégie les études : elle me dit que tant que je travaille bien à l’école, je peux réussir dans le cheval, sinon il faudra restreindre un peu les choses. Mais je suis d’accord avec elle : c’est vrai que c’est important, surtout quand on voit l’ampleur qu’a le commerce dans le monde équestre, de bien parler, de bien savoir communiquer. Pour ça, les études sont très importantes pour moi. Continuer mes études est pour moi quelque chose d’indispensable, mais avoir un meilleur niveau à cheval et aller au plus haut niveau est aussi mon objectif.

Au début, je ne voulais pas continuer mon cursus scolaire et uniquement monter à cheval, mais je me suis rendu compte tout en restant positive, qu’un accident peut vite arriver et même si jamais je touche aux portes du haut niveau, si je fais un vrai business autour du cheval, vu le prix des chevaux en ce moment, les négociations qu’il y a, je pense que c’est important d’avoir du tact et un minimum de connaissances sur l’économie et comment fonctionne un marché d’affaires. »

ES-TU POUSSÉE À REPRENDRE L’ENTREPRISE FAMILIALE, LE GROUPE KERING ?

« Du côté de mon père (François-Henri PINAULT, président-directeur général du groupe Kering et président d’Artémis, ndlr), ils ont toujours été très souples et m’ont dit de faire ce que j’aimais sans aucune pression. Ils me soutiennent beaucoup dans le cheval et me poussent dedans, mais de manière très libre : si jamais je veux un jour arrêter, je le pourrai, mais je n’ai jamais eu de pression pour reprendre la société familiale. »

À QUELLE FRÉQUENCE MONTES-TU ?

« On a une grande équipe parce que je ne peux pas monter tous les jours malheureusement, même si j’aimerais bien. Je dois beaucoup travailler, notamment cette année avec le bac. Mes chevaux sont montés à la maison soit par mon coach soit par d’autres cavaliers qui les connaissent bien. Je viens monter en général quatre ou cinq fois par semaine, tout dépend de ma charge de travail scolaire. En tout cas, j’essaie de venir le plus souvent possible, car c’est comme ça que l’on progresse. »

L’ARGENT ÉTANT UN SUJET SENSIBLE EN FRANCE, AS-TU RESSENTI UNE QUELCONQUE PRESSION À CET ÉGARD ?

« Il est certain que l’argent est un grand sujet dans le cheval. Je pense qu’en France, comparé aux États-Unis par exemple, c’est un peu plus compliqué d’avoir cette étiquette de personne pouvant mettre de gros moyens financiers pour réussir ses objectifs. J’essaie de rester la plus humble possible face à cela parce que mon nom n’est rien dans le monde du cheval, seule l’équitation compte. C’est sûr que j’ai des bons chevaux et une aide financière derrière. J’ai la chance de bénéficier de ce soutien venant de ma famille, mais elle a elle-même travaillé durement pour obtenir tout cela. Je dirais qu’en France, c’est un sujet à prendre avec des pincettes : il faut évidemment toujours rester le plus humble possible, cela n’empêche pour autant pas les gens de juger, souvent à tort malheureusement. Je vivrais ça toute ma vie, je le sais et je suis préparée pour l’affronter. Pour l’instant je n’ai encore jamais eu de gros problème avec cela, mais je sais que je vais en avoir et je dois prendre ça plutôt comme une chance, car j’ai la chance d’avoir des parents qui m’aident et qui ont, eux, réussi dans leur vie professionnelle. Ça ne peut qu’être une source de motivation quotidienne pour moi. »

TU AS RÉCUPÉRÉ DE TRÈS BONS CHEVAUX D’EXPÉRIENCE DANS TON PIQUET CETTE ANNÉE, COMMENT L’AS-TU VÉCU ?

« C’est assez énorme parce que j’avais jusque-là des bons chevaux, mais qui n’avaient pas beaucoup d’expérience à haut niveau. Alors que j’ai maintenant des chevaux avec toute l’expérience du monde, donc il est vrai que c’est différent, c’est vraiment à moi de travailler car ils connaissent déjà tout. Il est certain que c’est un avantage, mais il y a aussi de la pression parce qu’avoir d’aussi grands cavaliers qui les ont montés avant reste assez stressant, toutefois je trouve que c’est une bonne pression et il faut que je prenne les choses positivement. Je suis super contente d’avoir des chevaux comme ceux-là et il n’y a plus que moi qui dois suivre !

La première fois que j’ai essayé Zigali PS, c’était chez Jan TOPS. Eric VAN DER VLEUTEN, son ancien cavalier, était là et j’étais un peu stressée, je regardais mon coach et espérais que ça allait bien se passer ! En fait, c’est là que l’on voit vraiment la différence : ce sont des hommes et des gens de chevaux,  Eric était vraiment très gentil avec moi et il connaissait le cheval donc il était là pour m’expliquer les boutons, ce qui m’a mis dans une bulle. Ça s’est bien passé à l’essai et le cheval est super, donc il m’a dit de faire comme s’il n’était pas là, ce qui m’a bien sécurisée et rassurée. »

DONNES-TU DES NOUVELLES AUX PROPRIÉTAIRES ET ANCIENS CAVALIERS DE TES CHEVAUX ?

« Oui assez, pour Zigali c’est plutôt à Marta ORTEGA, sa propriétaire, que j’en donne. Comme sur les réseaux sociaux certains me suivent, j’essaie un peu de poster des nouvelles de tous ces chevaux. Quant à Sea Coast Kira, j’envoie aussi des nouvelles parce qu’on m’en demande pas mal, car il est vrai qu’elle est jeune et qu’elle a fait pas mal de bons résultats avec son ancienne cavalière Gudrun PATTEET, qui a dû s’attacher à elle. Je pense que c’est quelque chose d’important à faire. »

QUE PENSES-TU DU SPORT ACTUEL ?

« Il est vrai que c’est un sport assez spécial comme peuvent le dire beaucoup de gens et comme le dit très bien Virginie, c’est une école de la vie. On peut être sans-faute une journée, et abandonner le lendemain donc c’est un sport où il faut rester très humble et c’est là que l’on voit les meilleurs cavaliers qui connaissent très bien leurs chevaux et doivent vraiment bien les ressentir. C’est ce que j’aime dans ce sport, cette humilité que nous sommes obligés d’avoir.

J’admire beaucoup Jan TOPS parce qu’il accomplit beaucoup de choses qui sont énormes dans le milieu du cheval, des choses qui n’existaient pas encore il y a quinze ans, que cela soit au niveau des concours, de la League… Je trouve que c’est génial et qu’il faut continuer ! C’est un sport qui prend de plus en plus d’ampleur, notamment grâce à lui et j’espère que ça va continuer dans cette direction. »

COMMENT VOIS-TU TA FIN DE SAISON ?

« On a une saison assez chargée puisque notre objectif est de bien faire sur le circuit Juniors, de prendre de l’expérience sur ces épreuves parce que ce sont des circuits que je ne connaissais pas du tout auparavant et qui sont durs, surtout mentalement. Évidemment, il reste beaucoup de choses à faire. Je n’ai pas monté en équipe de France même si cela demeure mon objectif, mais je connais des filles qui montent en équipe comme Jeanne SADRAN, et ce sont des filles qui sont toujours super motivées et qui connaissent très bien leurs chevaux. Je m’inspire beaucoup d’elles. Ce sont des cavalières qui ont une technique à cheval incroyable, mais surtout un mental d’équipe, et c’est aussi ce qu’il faut que j’apprenne. Je pense qu’on a une bonne équipe en France et un encadrement digne de ce nom ! »

Propos recueillis par Marie-Juliette MICHEL. Photo à la Une : Sportfot.com