Grégory Wathelet se concentre sur sa relève

04 April 2020

Comme tout le monde, Grégory Wathelet prend son mal en patience et en profite pour achever sa rééducation. Ses chevaux de tête vont profiter d’une longue pause et du coup, contre toute attente, Nevados et Iron Man vd Padenborre vont être disponibles en frais pour la saison de monte.

« Nous avons une chance énorme aux écuries car une grande partie des personnes travaillant ici logent également sur place, nous vivons donc tous le confinement ensemble sans véritable changement. Les seules sorties que je m’autorise sont mes rendez-vous chez le kiné avec qui je travaille plusieurs heures quotidiennement depuis ma chute et aller acheter du pain pour nous, mes parents et mes grands-parents. Je sors très peu, je deviens très casanier mais nous ne sommes pas du tout à plaindre. Je pense que personne n’est préparé à ce que nous vivons actuellement et je crains que malheureusement, les concours ne reprennent pas avant un certain temps. J’espère que nous aurons la chance de pouvoir faire des concours nationaux d’ici l’été mais pour les internationaux, j’ai plus de doutes.

Nevados S (Calvados Z x Romulado), membre de l'équipe belge championne d'Europe 2019.

Durant l’année, nous sommes souvent partis en concours durant 3-4 jours avec seulement deux chevaux, ce qui nous fait des journées très calmes mais maintenant tout ce temps-là, nous l’avons ici. Cela fait deux-trois jours que je recommence à monter comme d’habitude mais je ne vais pas monter plus de sept à huit chevaux par jour. Jusqu’à présent, j’ai profité de cette absence de concours pour ne monter que trois, quatre chevaux par jour et ne pas forcer trop. Il n’y a pas de miracle, pour aller à Doha, j’ai forcé. Je devais choisir vite si je montais ou pas car les autres chevaux de l’équipe du Global pour laquelle je monte étaient aux USA. Je devais soit décider de monter, soit faire rapatrier des chevaux de mes équipiers des États-Unis… j’ai donc choisi de monter mais une fois cette décision prise, il fallait que je sois là. J’ai énormément travaillé avec mon kiné, Noel Lutgen, qui est exceptionnel. Il m’a fait faire deux voire trois heures d’exercice par jour. Maintenant, nous verrons dans quelques mois si je ne paie pas le contrecoup car on m’a bien dit que cela représentait un risque. Il y avait quand même une rupture des ligaments, une fracture de l’épaule… et trois semaines après, j’étais à cheval.  Aujourd’hui, nous sommes à huit semaines et c’est le moment où j’aurais dû recommencer à monter. Par contre, j’ai pris du temps pour aller voir comment nous allions placer des clôtures même si avec mon épaule, je ne peux pas encore aider à mettre les piquets malheureusement, mais je regarde avec eux alors qu’en temps normal, comme c’est toujours la course, je me serais contenté d’un petit croquis. Je prends aussi du temps pour aller voir les poulains, regarder mes jeunes chevaux sauter avec mon cavalier. C’est aussi très agréable de rentrer à 17h chez soi, chose impensable habituellement.

Les dix premiers jours, j’ai continué à travailler normalement des chevaux comme Nevados et Iron Man qui, eux, ont déjà profité de repos durant l’hiver (ils devaient recommencer à ‘s-Hertogensbosh… mais ils ont été obligés de faire demi-tour sur l’autoroute).  Mais quand on a compris que cela allait prendre bien plus longtemps que ce que beaucoup auraient pu espérer, j’ai adapté le programme. Nous avons décidé de proposer Nevados et Iron Man pour la saison de monte. Je n’aurais jamais imaginé cela au départ, mais ils sont désormais disponibles en frais et nous allons en profiter pour refaire un stock de congelé également. » nous expliquera le cavalier qui venait tout juste de sécuriser Nevados avec quelques investisseurs pour pouvoir le conserver au sein de ses écuries.

Melia de Regor (Elvis Ter Putte x Cento x Nabab de Rêve x Chin Chin), arrière-petite-fille de Qerly Chin. 

« Mes quatre chevaux de tête : Nevados, Iron Man, Indago et Full House ne vont pas retourner faire du concours de suite. Spike avait une petite blessure et était, lui, de toute façon un peu à l’arrêt mais ces chevaux-là, on va juste maintenir un peu leur condition, ils vont alterner travail, piste de galop, paddock… et mannequin pour les deux étalons. Je pense qu’il sera temps de les remettre en route lorsqu’on aura décidé de repartir mais je ne pense pas que ce sera pour demain. Je vais aussi permettre à Melia de Regor et notre championne de Belgique des 7 ans, Argentina de la Marchette de faire quelques transferts d’embryons même si je vais continuer à les monter comme ceux que j’ai emmenés à Oliva et ceux que j’aurais dû prendre au Sunshine Tour :  Ace, Cocktail de Talma, Moonlight et d’autres. Ceux-là, je les saute assez bien à la maison pour les tester, les mettre ou remettre en route. Avec ces chevaux-là, je ne veux pas perdre trop de temps, je veux qu’ils progressent. Ils sautent deux fois par semaine, soit en faisant des petits exercices, soit des petits parcours. Pas spécialement hauts, aujourd’hui, j’ai sauté un parcours d’un mètre trente-cinq avec trois de mes huit ans dont Carleyle et Cool Girl d’Ick que j’ai débuté à Oliva (ndlr qui n’est autre que la propre sœur du crack A Big Boy). Ils ne doivent pas sauter haut mais garder le rythme. Ce sont des chevaux qui doivent faire un peu de kilomètres car on a beau ne pas savoir quand ça va reprendre, on a tous un peu l’espoir que les concours nationaux vont pouvoir reprendre avant… même si on ne sait pas si ce sera au mois de juin ou au mois d’août ! Pour moi, de toute façon, ces chevaux-là ont besoin de travailler. Ce n’est pas comme nos chevaux d’expérience pour lesquels il n’y a aucun intérêt de les sauter à la maison. Ils attendront que nous ayons plus de précisions quant au retour à la normale avant de revoir une barre. Je pense que ce long break va être bénéfique à certains chevaux, mais d’autres doivent rester actifs.

Argentina de la Marchette (Acajou de la Marchette x Del Pierro P&B), la championne de Belgique des 7 ans  "made by Wahthelet" 2019

 C’est un peu comme nous, à 40 ans, quand on se lève le matin, il y a des fois où on a un peu mal au dos, un peu mal aux genoux… ce que l’on n’avait pas spécialement à 25 ans. Quand je me remets en selle après être resté quelques semaines sans monter à cause d’une blessure, il n’y a rien à faire, je suis un peu plus raide. Je pense que pour le cheval, c’est un peu la même chose. Nevados et Iron Man n’avaient plus sauté depuis Genève et avaient donc déjà eu du repos. Nevados avait un programme parfaitement planifié pour aller aux Jeux. La seule différence, c’est que j’avais décidé d’envoyer Iron Man en vacances chez Philippe Le Jeune car je pensais que la mer aurait pu lui faire du bien puis, de fil en aiguille, j’avais aussi demandé à Philippe de le monter un petit peu pour avoir son expertise sur le cheval en me disant qu’il aurait une autre approche et quelques idées. J’estime en effet que le cheval est très bon et a fait de très bonnes choses l’année passée, mais qu’il est parfois trop irrégulier.  Je me suis dit qu’en le montant depuis plusieurs années moi-même, je passais peut-être à côté de quelque chose. Je voulais donc avoir un avis extérieur… puis les choses se sont enchaînées car avec ma blessure, j’ai demandé à Philippe de le monter en concours et il l’a monté dans un deux étoiles à Lier. Il n’y a évidemment pas de miracle, on ne transforme pas un cheval, mais je pense que Philippe m’a conforté dans mon idée que c’était un très bon cheval. Parfois, on pourrait commencer à douter quand on a un cheval qui est second de la Coupe du monde de Bordeaux, cinquième du Grand Prix au CSIO 5* de La Baule puis trois semaines plus tard, il fait un mauvais Grand Prix et on se pose beaucoup de questions. C’est chouette d’avoir quelqu’un qui te conforte dans tes idées et te donne des pistes de quoi faire avec. En Plus, Philippe n’a rien à prouver et il a déjà monté ce type de chevaux-là comme Nabab de Rêve ou Vigo d’Arsouilles, des grands chevaux avec de la force, un peu de bouche et qu’il a pas mal améliorés. C’est le type de cheval pour lequel il peut vraiment être de bon conseil. Lorsque je suis allé rechercher le cheval, j’ai sauté avec Philippe, il m’a aidé, il m’a donné deux trois idées… maintenant, concrètement, ce sera en piste… et ça, malheureusement, ce ne sera pas pour demain. Je ne sais pas si nous aurons la possibilité de retravailler encore ensemble, nous n’en avons pas discuté car les choses se sont faites vraiment de manière très naturelle et se sont enchaînées par la force des choses. Ça dépendra surtout du temps que nous aurons tous les deux. »

Iron Man vd Padenborre (Darco x Chin Chin x Fantastique) est un fils d'une sœur utérine du performer Tortonto vd Padenborre et de la célèbre Pin Chin, elle-même grande gagnante mais surtout mère du crack Up and Down vd Padenborre et de l'international Socrates vd Padenborre.

Pour Nevados, le report des Jeux ne change pas grand-chose. Il a douze ans cette année, il en aura treize l’an prochain, il est dans ses bonnes années. Si j’arrive à le mettre en forme cette année, il n’y a pas de raison qu’il ne soit pas en forme l’année prochaine. On sait tous qu’en Belgique, le niveau est très relevé et qu’il faudra se battre jusqu’au dernier moment pour sa place. Maintenant, je n’ai plus de pression. Au départ, avec son ancien propriétaire, l’idée était plus de le garder pour les Jeux puis de le vendre, maintenant que nous avons réussi à le sécuriser, la question ne se pose plus. Nous sommes juste un peu déçus d’avoir acheté un cheval pour faire du concours… juste quand il n’y a plus de concours, mais c’est comme ça. Il fera des concours cette année et se consacrera sur les Jeux l’an prochain alors qu’il aurait plutôt fait l’inverse autrement. De toute façon, ce report des Jeux est une décision indiscutable et inévitable. Dans mon cas, ça ne change pas grand-chose mais cela change peut-être plus de choses chez d’autres. Peut-être que j’aurai l’un ou l’autre cheval qui vont prendre de la maturité et qui seront peut-être plus susceptibles de rentrer en concurrence avec les autres. Maintenant, il faut être réaliste : la Belgique d’aujourd’hui n’est pas la Belgique d’il y a dix ans où nous étions tout contents d’en trouver quatre pour aller. C’est la réalité, j’ai fait les Jeux de Londres avec Cadjanine. Il faut dire les choses comme elles sont : si j’avais Cadjanine aujourd’hui, je n’avais aucune chance d’y aller parce que la Belgique est beaucoup plus forte et que nous avons des chevaux beaucoup plus forts. Certains chevaux qui ont eu leur chance avant ne l’ont pas aujourd’hui et il y a des top chevaux qui ont leur chance aujourd’hui mais devront rester à la maison ! Nous verrons si d’autres chevaux arrivent à maturité entretemps. Un an de plus, c’est long. Il y a encore beaucoup de choses qui peuvent se passer.

Je pars du principe que pour moi, c’est difficile d’allier une carrière de reproducteur en frais avec une carrière de haut niveau. On arrive à aménager des périodes de repos pour qu’ils soient congelés. Ce sont des choix de carrière selon les demandes des propriétaires et surtout selon la demande des étalons. On sait tous qu’un cheval qui fait trente juments ou un cheval qui en fait trois cents, ce n’est pas du tout la même rentabilité. La première idée ici était de faire du stock pour que l’on soit tranquille pour la suite mais cette pause va me permettre de faire une distribution en frais… chose que je n’ai jamais faite jusqu’à présent, en tout cas pour Iron Man et Nevados. On sait que beaucoup d’éleveurs affectionnent le frais, en Belgique particulièrement. Un cheval qui fait du congelé fait moitié moins de saillies. Nous allons travailler avec des centres comme nous l’avons toujours fait, le haras de Hus avec qui je travaille depuis des années ainsi que France Etalons pour la France, Klatte pour l’Allemagne, puis en Belgique, Christian Liégeois, Pierre Paindaveine, Equimedic, Twinkeling ou encore Keros. Ce sont eux qui vont gérer les réservations. Je pense que Nevados va apporter beaucoup de qualité. C’est un génie et sur l’obstacle, il est hyper respectueux et va donner sa technique à sa production. Dans ma propre production, je n’ai pas encore suffisamment de recul car je n’ai qu’un seul deux ans et les autres ont un an, mais les vidéos que j’ai vues de plusieurs 5 ans me confortent dans l’idée qu’il va vraiment transmettre sa qualité. C’est un cheval très sensible, un peu délicat et je pense qu’avec une jument qui a de la force et de la carrure, il va apporter tout ce qu’il faut.  J’ai beaucoup plus de recul sur la production d’Iron Man que j’ai pas mal utilisé tout simplement parce que j’en étais déjà copropriétaire ! J’ai déjà vu quelques 4, 5 et même 6 ans très intéressants alors que je pense qu’il n’a pas encore eu droit à la meilleure jumenterie. Il a eu beau saillir un peu moins les dernières années, il sort toujours des chevaux très prometteurs. Contrairement à ce que tout le monde pense, il va donner beaucoup de sang. Même Philippe, la première fois qu’il l’a monté m’a de suite dit qu’il trouvait qu’il avait plein de sang et qu’il était très sensible. Tout le monde a l’impression que c’est un lourd cheval un peu lent, alors que ce n’est pas du tout cela, il en a même parfois trop. Il va aussi apporter de la force et de la masse… mais si les juments manquent de sang, ce n’est pas un problème. »