Gregory Wathelet explique ses choix

21 September 2005

"Il y a un moment où il faut choisir !"

Gregory, il y a maintenant un mois que l'on parle beaucoup de toi pour des raisons extra sportives, et sans vraiment connaître le vrai du faux. Peux-tu nous expliquer ton départ du haras des Hayettes ?

C'est simple : déjà, ce n'est pas moi qui suis parti, mais on m'a mis dehors. Je veux vraiment que les gens sachent que ce n'est pas ma décision, mais celle de Mr Lauwers.
Nous étions tombés d'accord, il y a 3 mois, sur une solution certes moins avantageuse pour moi, mais encore viable. L'accord n'était pas spécialement logique, puisque quand je suis arrivé, j'avais une écurie de jeunes chevaux que nous avons amené au top ; et maintenant qu'on est au top on veut me diminuer mon salaire ! Je n'ai jamais vu ça. En général, on t'augmente, ici on te diminue ! C'est sûr que je gagnais beaucoup par les gains que je faisais, mais autrement, j'avais un salaire mensuel équivalent à celui qu'un employé de bureau perçoit chaque mois , rien à voir avec un salaire de joueur de football ou que sais-je !

Néanmoins, nous étions tombés d'accord verbalement donc pour moi, l'accord était entériné, et il ne restait plus qu'à parapher le contrat.

Puis un jour, Mr Lauwers est arrivé en me disant : « Soit tu signes ce contrat, soit tu es dehors ! ». Le problème, c'est que le contrat ressemblait très fort à celui dont nous avions discuté, sauf que les points les plus importants avaient été modifiés. Par exemple, les gains auraient été ma seule source de revenu, au lieu de faire moitié-moitié. Il aurait fallu que je paie la moitié des transports (camion, hôtel, avions) de ma poche, mais lui, sa moitié était d'abord déduite (hors frais de transports) et là, il me laissait un tiers ! En plus, comme je redevenais indépendant, c'était normal pour moi de devoir trouver des sponsors, mais lui exigeait que le sponsoring soit signé avec le « Haras des Hayettes » et qu'il touche 50%. Quand j'ai vu ça, je me suis rendu compte que ça n'allait pas aller car ce n'était plus viable dans ces conditions. J'ai fait un calcul rapide, et ça allait me coûter de l'argent. C'était impossible !

J'ai donc été renvoyé, je devais prester trois mois de préavis. Mes chevaux étaient à Gijon pour le concours, mais je n'étais plus autorisé à monter en concours… donc je montais un peu à l'écurie. Quelques jours plus tard, ma compagne et moi-même avons reçu un recommandé : nous étions renvoyés pour faute grave ! Vol, mise en péril des chevaux…

Là, tu prends un fameux coup sur la tête. Quand tu as fait quelque chose, tu ne t'en prendre qu'à toi-même, mais quand tu n'as rien fait ?

Au contraire d'ailleurs, je pense avoir bien fait, et quand tu te retrouves avec tout ça sur le dos parce que tu as refusé de signer un papier qu'on veut t'obliger à signer... En plus, il peut dire qu'on a négocié, c'est faux : on avait négocié avant, mais pas cette formule là !

Une fois la page des Hayettes tournée, est-ce que c'est directement l'option Onyschenko qui s'ouvre à toi ?

Non, non, pas du tout ! C'est clair que lui m'a directement appelé, et, question piquet de chevaux, c'était l'option la plus intéressante pour pouvoir rester à ce niveau là.

Et justement, est-ce que rester à ce niveau était un impératif pour toi ?

C'était quand même le but premier et, malgré ce que l'on peut dire, ce n'était pas spécialement l'argent. Je suis encore jeune, je suis arrivé à un bon niveau alors pour pouvoir y rester, il ne faut pas trop reculer. Si je me remettais à mon compte ou continuait quelque chose avec quelqu'un, j'allais directement reculer puisque je n'allais pas immédiatement retrouver des chevaux. Ce qui est normal, mais il fallait reconstruire quelque chose, ce qui allait prendre un, deux, trois ans ou peut-être plus, je ne sais pas… puis là, il aurait fallu revenir alors que maintenant, j'ai les portes ouvertes dans presque tous les concours. 

Mais est-ce que ça n'aurait pas été un beau challenge pour toi ?

Oui, c'est sûr, mais quand tu te remets à ton compte, c'est aussi des frais énormes : camion, écuries, matériel, personnel…

Quand tu regardes ceux qui sont à leur compte, ils ont dur, ce n'est pas facile de boucler les fins de mois ! Au début, tu peux y arriver parce qu'il y a pas mal de personnes qui vont t'aider, te sponsoriser. Mais si au bout d'un an ou deux, tu ne réussis pas à retrouver des chevaux pour arriver à ce niveau là, alors ils vont se retirer, et ils auront raison, mais là, tu redeviens un jeune cavalier : ça coûte énormément d'argent et c'est très difficile ! C'est un gros risque, alors comme j'avais cette porte ouverte, j'ai choisi cette option, plus sûre !

J'ai été en contact avec d'autres écuries, comme Zangersheide, mais contrairement à tout ce qui s'est dit, il n'y avait encore rien de fait ici.

Si cette porte ne s'était pas ouverte, je serais peut-être reparti à préparer des jeunes chevaux de 4-5-6-7 ans, en gardant quelques chevaux d'âge, et je serais redescendu très bas…

Avoir été dans le top 30, c'est bien… au moins, tu y as déjà été. Mais y revenir, c'est autre chose. C'est une des raisons qui m'ont poussé à choisir cette option, je ne fais pas ça parce que je dois gagner de l'argent ! Si je veux gagner de l'argent, je fais autre chose. Quand tu arrives à ton 9 ème cheval de la journée, il faut vraiment que ce soit la passion qui te motive !

Comment êtes-vous entrés en contact ?

C'est lui qui m'a appelé, début Août. Nous sommes allés manger un morceau, et il m'a proposé de collaborer. Je l'avais d'ailleurs dit à Lauwers, mais j'étais bien où j'étais, et je n'avais aucune raison de changer. Maintenant, évidement, les choses ont évolué assez vite à ce niveau là… (rire)

Comment s'organise votre nouvelle structure ?

Nous nous installons près de Waremme (où il occupe l'allée que Peter Wylde louait encore l'année dernière), les chevaux continuent d'arriver ; nous avons encore quelques travaux à faire, Mr Onyschenko va également venir s'installer ici aussi avec ses chevaux. Nous devons encore acheter pas mal de matériel, et tout mettre en place afin d'être prêts pour la saison Indoor.

Peux tu nous décrire un peu ton piquet de chevaux actuel ?

C'est très difficile, parce que je ne les ai encore montés qu'à la maison. Ce n'est pas terrible pour se faire une bonne opinion sur chaque cheval. C'est sûr qu'il y a de la qualité dans ce piquet, mais je ne peux pas encore vraiment donner un avis sur chaque cheval. Pour le moment, je dispose de 6-7 chevaux, mais le but est d'arriver avec un piquet d'une dizaine de chevaux.

 Quelle est ta philosophie de travail avec des chevaux qui sont ici déjà mis au point alors qu'aux Hayettes, tu t'étais retrouvé avec un piquet de jeunes chevaux ?

La différence, c'est qu'ici la plupart des chevaux sont déjà mis et que l'on peut directement les emmener en concours à leur meilleur niveau. Maintenant, il faut les entretenir, les gérer, et apprendre à les connaître sur le plan physique, mais aussi mental. Pour le moment, je ne connais pas encore trop mes chevaux, c'est donc difficile d'en parler.

Quand tu vois les chevaux dont tu disposais aux Hayettes, sportivement, est-ce que ce n'est pas un retour en arrière pour toi ?

Ca dépend quels chevaux, mais non, pas spécialement. Je ne sais pas, on verra. J'ai des chevaux qui ont déjà fait de grosses échéances et, en principe, j'ai de la qualité aussi ici, maintenant, on verra avec le temps…

Tu as 25 ans depuis quelques jours, tu as pris la décision de monter pour l'Ukraine. Comment en es-tu arrivé à cette décision ?

Ce n'est pas une décision, c'est un but ! C'était le but en étant engagé ici, mais je ne change pas de nationalité. Je vais prendre un passeport Ukrainien, donc dans l'avenir, je représenterai l'Ukraine.

La plupart des gens te voient comme un surdoué venu de nulle part, tu as réussi à avoir un « capital sympathie » du public. As-tu peur de le perdre avec cette décision ?

Peut-être, mais il faut faire des choix parfois. Puis on a pas toujours l'opportunité d'avoir les chevaux et l'encadrement dont je vais bénéficier en étant ici. Je vais également être suivi par Henk Nooren pour m'entraîner.

En prenant cette décision, as-tu voulu fuir le système de sélection belge ?

Ah non, pas du tout, je n'ai rien contre le système belge. C'est toujours la même chose : quand tu as un bon cheval, tu sais entrer dans l'équipe. La preuve, c'est que lorsque j'ai eu Mozart, j'ai pu intégrer directement l'équipe et j'aurais pu faire beaucoup de très beaux concours… pas un grand championnat, mais vraiment de beaux grands concours.

Dès que tu as un bon cheval, il y a de la place et il y a quand même une organisation. C'est sûr, on peut critiquer Lucien (ndlr : Sommers), tout le monde le critique… et moi aussi, surtout au niveau de son organisation, mais la Belgique a quand même une fameuse équipe avec de bons cavaliers. C'est un peu difficile au début de percer, de faire sa place, mais dès que tu as passé le cap et que tu es dedans, alors ça va.

Mais avant de passer le cap, avant que l'on te fasse enfin confiance, là, c'est la débrouillardise totale ?!

Ca, c'est sûr. Personnellement, je pense avoir passé ce cap là, et c'est d'ailleurs pour ça que je voulais rester sur le devant de la scène. Maintenant, je peux appeler presque n'importe quel concours pour demander si je peux y aller car, à part les CSI-W et les CSIO, tout le reste se fait sur invitation. Une fois que tu es dans le top 30, tu peux accéder à ces concours.

Mais justement, quand on voit le jeune cavalier qu'on ignore ; puis lorsqu'il perce on lui ouvre presque toutes les portes, n'y a-t-il pas un décalage ? Quand tu vois que l'an passé, tu n'étais pas dans l'équipe et que cette année, on te propose Aix-la-Chapelle, est-ce que ce n'est pas tout ou rien ?

Le problème, et c'est vraiment ça le point épineux, c'est que rien n'est construit ! On peut t'envoyer partout, mais rien n'est géré ; c'est au cavalier à savoir dire non. En principe, ce serait au chef d'équipe de gérer tout cela. Regarde le travail que Jean-Maurice Bonneau fait : c'est sûr que pour le moment, il n'a pas de chance avec ses résultats, mais il fait tout pour faire bien, il essaie de gérer, il essaie de faire des programmes pour des 8 ans pour bien les amener, pour dire « ce concours là, non tu n'es pas prêt »… Mais chez nous, rien n'est géré comme ça, il n'y a pas de structure. Quand tu regardes Barcelone, Andiamo n'était pas encore prêt ! Je m'entends très bien avec Kristof (Cleeren). Evidemment, c'est facile de dire ça après, mais le cheval s'était tout de même déjà arrêté la première semaine à Gijon, puis on l'envoie à Barcelone ! On met Jean-Claude de côté, c'est vrai que ses chevaux ne sautaient pas très bien, mais ils sautaient tout !

La gestion des couples, c'est quelque chose qui n'est pas assez planifié. Ca va déjà mieux depuis que Stany (van Paesshen) a intégré le staff, mais c'est Lucien qui devrait le faire… et il ne le fait pas ! Il faudrait qu'il élabore un programme avec chaque cavalier, en fonction de la forme et de la santé de leurs chevaux, avec des objectifs clairs, et non pas nous dire « Ah, cette semaine, faut aller là », puis la semaine après « Ah, va un peu là-bas ». C'est de là que vient le problème.

Comment juges-tu d'ailleurs la tragédie de Barcelone ? Est-ce que tu te sens encore concerné, toi qui aurait justement dû y participer ?

Oui, évidement ! Je suis toujours belge d'ailleurs ! Ca reflète le manque d'organisation. Pour moi, sur toute la saison, l'Irlande a été la moins bonne équipe, mais ils étaient là au bon moment. Nous pas. C'est évident que ce sont 8 bonnes équipes qui sont là, mais nous, nous sommes retrouvés plusieurs fois avec des équipes qui n'étaient pas assez fortes à ce moment là ! C'est bien de mettre partout des chevaux comme Clinton, Cumano, Parco, mais sont-ils toujours en forme à chaque Coupe des Nations où on les envoie ??

A l'exception de l'Allemagne, quels autres pays que la Belgique peuvent se targuer d'avoir 5 cavaliers dans le top-30 ?

C'est sûr que l'Allemagne est au-dessus du lot, mais on ne se rend pas compte de la qualité qu'il y a aux USA. J'ai eu la chance de faire une tournée là-bas, ce qui m'a donné l'opportunité de constater le niveau très élevé de leurs compétitions. D'ailleurs, ils sont venus jouer la Super League sans toujours envoyer leurs meilleurs cavaliers, et ils l'ont gagnée !

Après, il y a des équipes comme la France , encore que là c'est un cas particulier car ils n'ont aucun cavalier dans le top 30. Ils ont beaucoup de bons cavaliers, mais tous avec 1 seul cheval ! Et quand tu regardes, ça a souvent été comme ça chez eux. D'ailleurs, je trouve que l'on oublie trop vite ce qui s'est passé avant : ils ont tout de même remporté deux fois la Super League , ils ont été champions du monde il n'y a pas si longtemps, médaillés d'argent aux championnats d'Europe. Alors oui, là, ils ont joué de malchance avec beaucoup de blessés, mais c'est trop facile d'oublier si vite…

Eux, ils peuvent faire tourner un effectif pour une compétition comme la Super League, alors que des pays comme la Belgique , la Suisse ou l'Angleterre ont une bonne équipe avec des tops cavaliers, mais lorsque ceux-là sont blessés, ils doivent prendre d'autres cavaliers qui n'ont pas le même niveau ! La Hollande commence à avoir de très bons jeunes cavaliers, c'est bien pour eux, mais regarde : même la France, qui a 15 couples possibles, ils ont dur !

Et justement, en Belgique, nous avons également un certain nombre de bons jeunes cavaliers, mais on ne les prépare pas forcément en les envoyant sur des CSIO**** pour s'aguerrir.

Oui, tout à fait, mais pas seulement pour les jeunes cavaliers ! Je vais prendre un exemple, Yves Simon. Il a un bon cheval (ndlr : l'étalon sBs Mazarin des Perrees par Fidji du Fleury), ce n'est pas un crack, ce n'est pas le cheval qui va faire les Jeux Olympiques, mais c'est un cheval qui, pour moi, si l'on fait un bon programme, peut faire de bonnes choses et, pourquoi pas, de temps en temps, une Super League. Évidement, il faudra voir comment le cheval va évoluer, mais bon, il commence à tourner, il a fait quelques Coupes des Nations, et il m'a d'ailleurs remplacé à Gijon. C'est dans des cas comme ça qu'il doit saisir sa chance, comme je l'ai fait au début ! Il a d'ailleurs réussi de bonnes choses, donc c'est positif ! Un cavalier comme Niels Bruynseels, qui a pu aller comme cinquième cavalier à Hickstead et qui a fait du très bon boulot à Gijon, c'est un très bon jeune cavalier avec un piquet de bons chevaux.

Maintenant, c'est bien d'envoyer des jeunes, mais je me suis rendu compte lorsque j'ai commencé que le niveau de ces compétitions était vraiment élevé. Parfois, lorsque tu as de bons résultats en Grand Prix nationaux ou dans des CSI 2*, tu te dis « Oui, mais pourquoi on ne m'y envoie pas ? », mais ça n'a vraiment rien à voir. Au début, je ne m'en rendais vraiment pas compte, je me disais « 1m50, c'est 1m50 », mais ce sont des choses tout à fait différentes.

Des Coupes comme Lummen, Falsterbo, Gijon, c'est bien d'y être, mais il faut être capable de les sauter ! Deux manches de ce niveau, c'est dur ! C'est un des problèmes que j'avais avec un cheval comme Lady des Hayettes, qui avait vraiment du mal à faire ça.

Donc, c'est sûr que tu ne peux pas envoyer n'importe qui pour des épreuves comme ça, surtout en Super League car il y a des enjeux importants, mais je trouve que ce que l'on devrait faire plus, c'est d'envoyer systématiquement un jeune couple en 5 ème cavalier ! Ca lui permet de saisir sa chance, comme ils ont fait avec Patrick Mc Entee à St Gall ou avec moi à La baule. Enfin là, c'était pas prévu comme ça, mais ça c'est passé et ça m'a permis de saisir ma chance, même si c'est un peu dommage que ça doive se passer ainsi, mais au moins ça te permet de faire toutes les autres épreuves et de voir la Coupe. On doit pouvoir faire tourner un effectif, même si on a moins de choix que certains pays, mais on doit pouvoir le faire !

Tu as réussi une saison 2005 extraordinaire, mais sur ce point là finalement, comment juges-tu ton ascension ? As-tu suivi une ligne de conduite ?

Je ne pensais pas que ça allait aller aussi vite ! Avant la tournée aux USA, je me suis dit « tiens, si tu peux prendre quelques points et que tu arrives dans le top 100 ». Après la Floride , j'ai fait mon entrée dans le top 100. Je me suis rendu compte que j'allais pouvoir faire des concours encore plus beaux que ce que je ne pensais, alors je me suis dit « à la fin de l'année, ce serait bien si je pouvais être dans le top 50 ». Ce n'était pas une obligation, mais ça aurait été bien ! Puis là, deux mois après, j'y étais. Et quelques mois plus tard, j'étais dans le top 30. Je suis conscient que c'est bien d'y être, mais que c'est encore plus difficile d'y rester. Si tu ne continues pas à faire des résultats, à garder tes chevaux à ce niveau… puis, même si tu as un peu moins de chance, à part un ou deux Grand Prix, tout le reste, j'ai été classé à chaque fois. Parfois, tu sentais que le cheval était un peu moins bien, mais ça passait quand même. Alors qu'il y a des périodes où tu sens que ton cheval saute vraiment bien, mais tu fais 4 points. Ce n'est pas beaucoup, mais tu ne peux pas prétendre à grand-chose, avec 4 points !

Evidement, c'est fantastique, parce que ça t'ouvre des portes pour de plus gros concours, donc plus de points à prendre, plus d'argent à gagner… mais il faut suivre, il faut un fameux piquet pour tourner 6 mois comme je l'ai fait. J'avais 3 chevaux qui pouvaient faire des Grand Prix, plus 2-3 chevaux super bien derrière comme Iqbal ou Merva, qui pouvaient faire de très grosses épreuves. C'est important d'avoir un piquet comme ça, mais ce n'est pas évident !

Justement, comment as-tu géré tes chevaux sur la saison ?

J'essaie de les gérer par rapport à leur physique, leurs qualités. J'avais un piquet composé de Mozart, Hugo, Lady, Merva et Iqbal ; tous ces chevaux là était capables de faire un Grand Prix, minimum deux étoiles. Mais j'essayais de les amener bien pour le Grand Prix plus toutes les petites épreuves !

Par exemple, lors du CSI 2* de Meise, j'y suis allé avec Merva uniquement pour le Grand Prix. Je n'ai pas eu de chance avec mes autres chevaux, mais elle a gagné le Grand Prix. J'ai réussi mon concours, mais j'aurais très bien pu le rater ! C'est le risque, et tu as plus de chances de réussir si tu te concentres sur un objectif bien précis. Puis si tu gagnes 3 épreuves mais pas le Grand Prix, eh bien on parlera toujours plus de celui qui a gagné le Grand Prix que de toi !

Puis, j'essaie de les gérer en leur laissant des périodes de repos. Par exemple, Mozart : il a tourné, mais il n'a pas fait de trop. C'est une des choses qui font un peu mal quand tu es mis à la porte alors que tu as bien pris soin du cheval… Le cheval a maintenant 9 ans. Il n'est pas usé du tout, il est presque prêt pour entamer le top du top ! A 7 ans, il a été blessé ; à 8 ans, je l'ai recommencé très doucement. Il n'y a quand toute fin d'année - près de Malines - où je l'ai mis une fois ou deux dans les Grand Prix. Après, j'ai continué à vouloir le préserver. On voulait m'envoyer dans de plus grosses échéances, et j'ai refusé de faire des concours comme Rome ou St Gall. Je pense, encore maintenant, que j'ai eu raison de faire de tels choix. On m'a demandé de faire Hickstead et Dublin, et j'ai préféré ne faire que Dublin… je pense vraiment avoir respecté mon cheval.

Et justement tes programmes, comment les élabores tu ?

Ca dépend, c'est toujours le problème de savoir où tu vas pouvoir aller. Ces 3 derniers mois, j'ai pu faire un programme assez longtemps à l'avance, car je savais quels concours j'allais pouvoir faire. Les seuls points d'interrogation étaient les coupes du monde que j'aurais pu faire.

Qu'est-ce que tu travailles le plus avec tes chevaux durant la semaine ?

Je saute très peu. A part Iqbal, les autres chevaux que j'avais étaient tellement respectueux - chacun à leur niveau évidement - qu'ils n'avaient pas besoin de beaucoup de travail. C'était surtout des promenades, travail sur le plat et sauter un peu, mais juste quelques petites barres. Ce sont des chevaux avec lesquels, lorsqu'ils sont en route, il n'y a aucun intérêt à sauter pour sauter.

On entend régulièrement des reproches sur le dressage de tes chevaux. Comment expliques-tu les résultats que tu fais en Coupe des Nations ou en Grand Prix avec des chevaux, soi-disant, pas dressés ?

Oui, c'est vrai et je ne l'ai jamais caché : au départ, je ne suis pas un grand dresseur ! Je me suis amélioré les dernières années, parce que j'avais de meilleurs chevaux et que j'avais également plus le temps de le faire car au début, je n'étais jamais dessus. Quand tu passes d'un concours le week-end, aux jeunes chevaux pendant la semaine, et re-concours le week-end suivant, il n'y a rien à faire, tu n'as pas le temps, ce n'est pas possible ! Là, j'avais beaucoup plus de temps… maintenant, le dressage… c'est quoi le dressage ? C'est ça le problème, que définit-on par dressage ? La plupart des gens, ils s'asseyent sur un cheval, ils font un pas de côté : « Ah, le cheval est dressé » mais ce n'est pas ça, le dressage ! Ce sont des petits plus, c'est sûr, les chevaux sont à l'écoute et c'est plus agréable à monter. Mais dans le ring, ce n'est pas ça ; il faut que le cheval revienne, et reparte, selon le parcours !

Je l'ai toujours dit : ça n'a jamais été mon point fort, mais j'y travaille. D'un autre côté, tu ne fais pas des Coupes des Nations avec des chevaux qui ne sont pas dressés, ça, ce n'est pas vrai ! C'est sûr qu'un cheval comme Mozart est plus délicat. Je commençais à l'avoir vraiment bien, et c'est un cheval qui, quand il est en confiance, fait tout ce que tu veux, mais quand tu montes dessus, il regarde un peu tout ce qui se passe, il adore jouer, il est très « Papillon Rouge » dans sa tête…

Maintenant, si les gens disent que mes chevaux ne sont pas dressés, alors tant pis. Je sais ce que je fais, et de toute façon, il n'y a que le résultat qui compte. Il n'y a pas de secret, tu n'arrives pas à des résultats comme ça sans avoir de bases ! Je suis d'accord avec Albert Voorn quand il dit qu'un cheval, ce qu'il doit savoir faire, c'est aller en avant, s'arrêter, tourner à gauche, tourner à droite. Mais je ne suis pas tout à fait d'accord avec tout son système. Je pense que ça marche avec de très bons chevaux, mais quand tu es cavalier, tu dois aussi faire sauter des moyens et parfois faire sauter un peu mieux des moyens… et je ne pense pas que ces chevaux là sauteront mieux avec son système.
Maintenant, j'adore détendre mes chevaux comme lui, en les laissant trotter et galoper 5-10 minutes rênes longues. Et là, j'ai tout de suite des gens « Mais comment peux-tu travailler un cheval comme ça ? » mais je ne les travaille pas, je les détends. C'est seulement après que je les referme ; je n'ai pas besoin de coincer mes chevaux pour dire qu'ils sont à l'écoute, ça non ! Après, les pas de côté, etc… c'est sûr que c'est mieux, ça les renforce, ça les muscle. Mais pour moi, le dressage, c'est de les avoir à l'écoute !

Tu nous as parlé de la façon dont tu entraînais tes chevaux, mais est-ce que tu fais attention à ta condition physique ?

Un peu, mais pas assez ! (rire) Il faudrait que je m'oblige à faire des séances de stretching le matin ou le soir, ou alors aller courir un peu comme je le faisais avant. Il faudrait que je fasse un peu de musculation : pas pour faire du body-building, mais pour m'entretenir un peu. Pour le moment, je suis jeune, mais il faut que je pense à plus tard. C'est quand même un sport, une activité physique, même si tu n'as pas besoin du fond comme dans d'autres disciplines. Mais c'est idéal pour éviter les blessures. Ce que j'aime beaucoup, c'est faire d'autres activités comme le tennis, le ski, le karting…

Quelles sont tes ambitions pour le futur ?

C'est difficile de répondre précisément pour le moment, mais c'est sûr que mon ambition, c'est d'aller le plus haut possible. J'ai la chance d'avoir Mr Onyschenko, qui est prêt à mettre tous les moyens nécessaires pour que je puisse arriver le plus haut possible ! Le temps nous le dira, mais si je veux prétendre à quelque chose, il va falloir bosser !

Pour ça, il faudra avant tout rester motivé, car quoi qu'on en dise, même si certains travaillent dans de meilleurs conditions, que d'autres ont plus ou moins de mérite, si tu veux entrer et rester dans le top10-top20, tu dois être super motivé ! Quand tu aimes bien ça, c'est une vie magnifique, mais si tu n'aimes plus, c'est horrible : tu es tout le temps parti, jamais chez toi, tu passes ta vie dans les avions, dans les hôtels… donc le jour où tu es démotivé, tu vas moins bien gérer les suivis et logiquement, ça va se répercuter sur tes résultats.

Toujours dans l'ombre, Marguerite Nicaise est toujours là pour aider son ami et protégé !