Gilles Botton, les hasards de la vie

31 mai 2011Auteur : Julien Counet

Installé depuis plus d'un an au haras de Hus après avoir été repéré par Guillaume Ansquer alors qu'il montait une jument issue de son élevage, le cavalier ardennais Gilles Botton fait partie des rares belges à avoir ramené un titre de champion de France des jeunes chevaux avec Shouppydam des Horts dans les 4 ans. Le premier titre à Fontainebleau pour le haras de Hus ! Neuf ans après Gregory Wathelet qui s'était imposé dans les 5 et 7 ans, Gilles Botton a remis la Belgique à l'honneur sur le grand parquet. Elève du champion du monde, Philippe Le Jeune, chez qui il a travaillé plusieurs années, ancien cavalier du haras des Hayettes, le natif d'Ave-et-Auffe, près de Rochefort, a touché quelque peu au haut niveau en participant à quelques Coupes des Nations, pour se consacrer désormais uniquement aux jeunes chevaux dans le domaine nantais.

Comment se passe la vie au haras de Hus ? 

Gilles Botton : « C'est très agréable, déjà pour le climat et ensuite pour les infrastructures dont nous disposons. Nous avons de bons chevaux, de très bonnes carrières que ce soit en sable ou en herbe, un manège couvert, une piste de galop, le tout avec des chevaux de qualité ! En plus, les Français sont assez sympathiques. » 

Shouppydam des Horts (Quidam de Revel x Le Tot de Sémilly), propre frère de Quppydam et de l'internationale Nellypso des Horts.

Vous aviez déjà travaillé pour des patrons avant de vous installer à votre compte. Avez-vous vécu le fait de venir ici comme un pas en arrière ou comme une opportunité ? 

 G.B. : « Je pense aujourd'hui que c'est une très bonne opportunité. Néanmoins, je dois bien avouer que je suis venu ici en marchant comme sur des œoeufs et avec beaucoup d'appréhension. Les expériences que j'avais eues précédemment n'étaient pas spécialement positives. Elles étaient enrichissantes en expérience,  pour ne plus recommencer les mêmes bêtises. Maintenant, je ne regrette pas du tout d'avoir fait ce choix. C'est plus que positif que ce soit pour moi ou pour ma carrière future, et très enrichissant. »

Charles de Gaulle (ex Felton des Monts; Clinton x Rebel II Z), vainqueur du Masters sBs 2010 des 4 ans.

Qu'est-ce que cela a changé à votre vie ? 

G.B. : « Pas mal de choses, que ce soit au point de vue personnel ou même physique. Quand on est à son compte, ce n'est pas toujours facile d'assumer les fins de mois, ce qui implique que l'on va au concours avec énormément de stress car les factures tombent et il faut les payer. À cause de cela, on ne se consacre pas à 100% à son équitation et à ce que l'on pourrait donner. En venant ici, ce problème-là est déjà derrière et c'est très important. Ensuite, pour apprendre, il faut réussir à trouver les bons coachs et cela coûte de l'argent. Ici, monsieur Marie nous offre cette possibilité et nous soutient dans cette démarche. Nous pouvons avoir les coachs que nous voulons que ce soit en dressage ou en obstacle et par ce biais-là, évoluer. Personnellement, j'ai vraiment l'impression d'évoluer dans mon équitation et d'apprendre. Je pense qu'on est encore loin de la vérité mais je pense qu'on est sur le bon chemin parce que pour moi, quoi qu'il arrive, faire du haut niveau c'est toujours gai, mais la base est toujours de savoir bien mettre un jeune cheval. On voit les grands cavaliers, comme Philippe Lejeune chez qui j'ai travaillé et qui est un ami, sa grande qualité est qu'il n'a pas besoin d'un sponsor très riche pour revenir sur le devant de la scène et Gregory Wathelet l'a prouvé également et bien d'autres. Je pense que la formation des jeunes chevaux est vraiment la base, c'est très important pour moi de passer par cette étape là et j'aime beaucoup cela. Maintenant, si un jour je refais du plus haut niveau, ce sera mieux fait que ce que j'ai déjà fait. J'ai évolué sur beaucoup de choses mais il reste encore du travail et je pense que le haras de Hus est une écurie où l'on peut recevoir l'opportunité de progresser énormément. Ils nous donnent tous les moyens d'y arriver, à commencer par la qualité de chevaux à monter. » 

Comment se passe votre collaboration avec Kevin Staut ? 

G.B. « C'est une collaboration très professionnelle. On fait le point tous les quinze jours, parfois, c'est un peu plus long sur certains chevaux, pas spécialement sur tous. Nous lui avons remis quelques chevaux en route comme Banda et Gastronom qui étaient un peu arrêtés lorsque nous sommes arrivés ici. Nous nous appelons et il s'intéresse aux jeunes chevaux et aux étalons du haras lorsqu'il en a le temps car il est quand même fort chargé. Cela se passe bien, c'est le principal. »  

Deister (Diamant de Sémilly x Contender).

Avec qui travaillez-vous ? 

« Je travaille essentiellement sur le plat avec Hans Heinrich Meyer zu Strohen qui m'apporte beaucoup. La rigueur allemande que l'on connaît, avec beaucoup plus de justesse, se passe bien. Mon rêve serait de travailler avec Eric Navet mais ce n'est pas simple car il est fort pris et c'est quelqu'un de très méticuleux. Je pense que ce serait quelque chose de positif pour moi à espérer dans le futur. » 

Qui fixe les objectifs de la saison ? 

G.B. : « Nous fixons les objectifs ensemble avec monsieur Marie même s'il y apporte sa touche personnelle. Il nous demande, dans la mesure du possible sans brûler les chevaux, sans brûler les étapes, de gagner les 4 ans, 5 ans ou 6 ans. C'est très bien et c'est ce qu'il nous demande. Par contre, si cela peut engendrer quelque chose de négatif dans la carrière ou dans la santé du cheval, la demande est de les éduquer et de les faire vieillir au mieux, c'est ça qui prime. Maintenant, si on peut gagner, on gagne ! »

Cosinhus (Cornet Obolensky x Gambler's Cup).

À ce niveau, le titre de champion de France des 4 ans était un bon moment ?

 G.B. : « C'était assez agréable. Comme je l'ai dit sur le moment même, c'était un rêve d'enfant pour moi que de monter sur le grand parquet dans les jeunes chevaux parce que suis passionné d'élevage et pour un tas de raisons différentes… 

Shouppydam des Horts, champion de France des 4 ans.

Pour la première année, j'étais heureux d'autant que l'on aurait pas pu mieux faire dans cette catégorie-là d'âge. La cerise sur le gâteau aurait été de ne pas faire de boulettes et de faire sans faute dans la finale des 5 ans et peut-être de la gagner. Malheureusement, cela ne s'est pas réalisé et cela n'enlève rien à la qualité de Conrad et c'est avec grand plaisir que je retournerai sur le grand parquet en 2011. » 

Vous avez eu plus de mal à digérer l'échec de Conrad qu'à vous satisfaire de la victoire de Shoupydam ? 

G.B. « C'était plus difficile d'apprécier la victoire dans le sens où c'était en semaine. Sur le moment même, j'étais vraiment très content. Lorsque je suis sorti de piste, j'ai appelé Xavier Marie et je pense qu'il a entendu dans ma voix que j'étais content mais il a fallu de suite se remettre au travail avec les autres chevaux et se reconcentrer et comme cela se termine par un échec, il faut appeler les choses comme elles sont, même si on ne va pas en mourir, la victoire s'est un peu faite oublier et s'en est suivi une remise en question. Je pense qu'il aurait fallu gérer ce parcours autrement. C'est peut-être le stress, ou d'autres choses. Maintenant, cela arrive, c'est le sport. » 

Le haras de Hus pour vous représente un tremplin ou un investissement à long terme ?  

G.B. « Cela peut être les deux choses. Pour moi, aujourd'hui, dans mon sentiment, c'est un investissement à long terme. Maintenant, si l'aventure devait se terminer, cela pourra être un tremplin. Je m'y plais bien, la collaboration avec monsieur Marie est très bonne. J'aime beaucoup ses objectifs me concernant. J'aime les jeunes chevaux et l'élevage. Je pense qu'il est sur la bonne voie et que ce qu'il veut faire est juste. Maintenant, le chemin est encore long mais je pense qu'il va réussir à devenir une plaque tournante niveau étalon et qualité de jeunes chevaux car il fait tout cela sagement, en respectant le cheval et c'est également ce qu'il attend de nous. J'aime beaucoup cet aspect-là aujourd'hui et je vis cela avec beaucoup de sérénité. » 

Balthazar (Balou du Rouet x Grosso Z).

Qu'est ce qui fait qu'aujourd'hui, vous vous plaisiez bien ici ? 

G.B. : « La gestion est tout autre ! Avec le recul et une année passée ici, je peux dire que c'est un homme qui est très correct et qui n'a qu'une parole. Bien sûr, il a respecté les contrats que nous avions signés mais les accords verbaux que l'on a pu avoir ont également toujours été respectés. Lorsqu'on dit que l'on fait vieillir les chevaux de telle ou telle manière, ce n'est pas parce que l'on va terminer un parcours avec un quatre ou un huit points que la façon va changer et que l'on va nous demander tout d'un coup de changer notre manière de faire. Monsieur Marie est quelqu'un de patient et d'exigeant car il est parti de rien lui-même. Il sait comment cela doit être. De ce principe-là, lorsque quelqu'un est correct et respecte ses engagements, il n'y a aucune raison que cela se passe mal. Si un patron est correct et que je fais mon travail le plus correctement possible en respectant tout : aussi bien le cheval que nos engagements, je ne vois pas où il peut y avoir de problème. »

Vivaldi du Seigneur (Chellano x Heartbreaker).


Quels sont les objectifs de la saison ? 

G.B. : « J'aimerais bien, et je dis bien « j'aimerais bien » car ça reste des chevaux et du sport, rectifier ce que j'ai manqué l'an passé, c'est-à-dire obtenir un titre avec Conrad. Les chances sont présentes et tout est là pour le faire. Maintenant, il faut gérer les choses au mieux d'autant qu'il est fort demandé pour la semence. Il faudra gérer ça pour l'amener en forme à Fontainebleau. Après, nous avons un très bon 4 ans selon l'avis des juges français. Ça reste subjectif les 4 ans, et autant avec Conrad, on sait qu'il a eu une bonne note l'an dernier autant le 4 ans, ils ne le connaissent pas encore. Je pense cependant que nous avons de bonnes chances dans ces deux catégories. Les 5 ans, c'est une année un peu plus difficile dans la formation surtout pour un cheval français car les chevaux allemands sont déjà beaucoup plus équilibrés. Le cheval français lui cherche encore un peu ses marques … L'avenir nous dira, si on a bien géré, nous serons récompensés ! »

Conrad entouré de l'équipe responsable des jeunes chevaux.

AuteurJulien Counet