Géraldine Hieronimus, la discrétion au service de l’excellence (2/3)

22 December 2021

Dans ce deuxième volet, Géraldine Hieronimus nous donne sa vision sur le commerce, un maillon important chez E2K Horses.

Vos chevaux commencent à apparaître avec l’affixe E2K. Pourquoi avoir effectué cette modification et d’ailleurs, que pensez-vous du fait de changer le nom d’un cheval ?

« Je ne l’avais pas fait par manque de temps mais maintenant que nous avons tout un équipement, c’est sans doute plus simple d’ajouter l’affixe pour apporter plus de reconnaissance. Je peux comprendre que pour la visibilité d’investisseurs ou de propriétaires, certains changent les noms des chevaux mais je reste partagée. L’éleveur a un tel rôle que je trouve difficile de le priver de cette reconnaissance. Sans lui, il n’y a pas de chevaux et pas de concours. Il y a tout un écosystème dans ce milieu et l’éleveur est au cœur de ce sport, c'est normal qu’il soit partie prenante du succès de son cheval. En revanche, je trouve ça bien de pouvoir mettre un affixe qui permet une reconnaissance rapide de l’équipe. »

Équipement E2K Horses. ©Jessica Rodrigues

Aujourd’hui, selon vous, est-ce obligatoire pour un propriétaire/éleveur de faire du commerce, en plus de fournir ses cavaliers, pour s’en sortir ? Certains n’alimentent qu’un cavalier mais ces méthodes peuvent-elles être durables ? 

« Ce qui est sûr est que ça dépend des moyens de chacun, on est toujours le plus pauvre ou le plus riche de quelqu'un. En France, il y a eu des grands mécènes comme le Haras des Coudrettes ou celui de Clarbec qui ont été formidables pour le sport et ont permis d’avoir un portefeuille incroyable de chevaux, ils ont dépensé une fortune pour ça. Je pense qu’au bout d’un moment, ça devient quand même compliqué de perdre chaque année beaucoup d’argent sans avoir une bonne rentrée d’argent. Si vous passez d’un système “ne t’inquiète pas, je ne vendrai pas les chevaux” à d’un coup “il faut les vendre pour s’en sortir…”, je pense que c’est plus sain pour le cavalier de savoir que ces chevaux peuvent être vendus un jour. Là dessus, je suis très claire avec mes cavaliers, on sait qu’on va vendre les chevaux, à quel âge, on ne le sait pas. Lorsqu’on a une bonne offre avec le bon cavalier, on laisse le cheval partir sans oublier toute l’histoire qu’on a eu avec lui, ses progrès et ses classements, et ce n’est pas parce qu’on vend un bon cheval qu’on n’est pas passionné ! Tout ceux que je croise le sont et les ventes de chevaux permettent aux propriétaires de vivre mais aussi de recommencer sur d’autres jeunes : c’est un cycle qu’il faut respecter. »

Plusieurs de vos chevaux sont partis chez des cavaliers étrangers comme Emir du Fresne chez Abdel Saïd par exemple. Est-ce différent de les voir courir sous un drapeau autre que le sien ?

« C’est bien d’être patriote, les propriétaires le sont et n’ont qu’une envie c’est que le cheval de l’autre français fasse un sans-faute mais on est aussi sur un marché globalisé. Je n’aime pas dire ce mot mais les chevaux sont devenus une industrie, dans le sens noble du terme avec des acheteurs et des vendeurs. Des milliers de personnes vivent de ce milieu. Quand on veut avoir une croissance, le marché local ne suffit pas vraiment au bon fonctionnement d’un business. Très franchement, à partir du moment où le cheval est bien traité dans sa nouvelle maison, et je crois que c’est la seule condition importante aujourd’hui, on ne peut qu’être fière. »

Anciennement monté par Marc Dilasser, Indigo Blue Biolley (Chacco Blue) est maintenant sous la selle de l’Espagnole Carolina Villanueva Suarez. ©Sportfot.com

Habituée des ventes aux enchères, pourquoi vous dirigez-vous moins vers des éleveurs ? D’ailleurs, cela doit devenir compliqué de savoir vers quelle vente se tourner, celles-ci se multipliant grandement ces dernières années !

« J’ai toujours été aux ventes aux enchères et parfois, j’avais des sourires goguenards d’éleveurs ou de cavaliers en me disant que j’allais me faire avoir et que les chevaux étaient préparés. Bien entendu, c’est formidable d’aller voir un éleveur mais il faut savoir que les chevaux sont dans des pâtures. Ils n’ont pas forcément tous cette capacité à les rentrer au bon moment pour les faire sauter en liberté. Puis, si vous tombez sur un éleveur qui dit avoir une perle - qui est sûrement un bon cheval, mais peut-être pas un cheval pour les Jeux olympiques -, il va vous annoncer un prix hors marché, c’est aussi ça le problème. Acheter sur les terrains de concours se fait aussi mais il faut bien se rendre compte que c'est devenu compliqué. Tous les marchands ratissent les compétitions. Si le cavalier est pointu et connaît bien le marché, les prix annoncés peuvent aller mais ce n’est pas toujours le cas. Je trouve que la vente aux enchères est une des façons d’acheter un cheval à un prix de marché : c’est crucial. Aujourd’hui, il y a tellement de fantasme sur les prix ! On est la seule industrie où il n’y a aucun prix, même dans l’art il y a des côtes et des estimations sur les artistes. Les ventes aux enchères permettent de donner un prix de marché aux chevaux. Quand on est acheteur et investisseur, on doit avoir une vision sur l’ensemble du marché et on voit bien que les ventes sont regardées dans le monde entier. Qui va en Normandie, lorsque vous habitez aux Etats-Unis ou en Asie ? D’ailleurs, s’il y en a autant, c’est bien parce que la demande est grande, autant pour les chevaux de haut niveau, les professionnels et les amateurs. »

Dès demain, le dernier volet de notre entretien avec Géraldine Hieronimus sera disponible. 

Photo à la une : Jessica Rodrigues