Frédéric Aylies, du grooming de concours complet au saut d’obstacles

29 août 2021Auteur : Lea Tchilinguirian

Passionné par les courses dès l’adolescence, Frédéric Aylies, surnommé Fred, en quête d’expérience et de vitesse, a découvert le concours complet aux côtés William Fox-Pitt en 2011. Aujourd’hui groom depuis dix ans, il jongle entre cavaliers de complet et d’obstacles, deux disciplines unies par le cheval pourtant bien différentes. Rencontre avec Fred Aylies.

S’orienter vers les chevaux de concours complet a-t-il été un choix ou une opportunité ? 

« Un choix ! Après avoir été dans le milieu des courses, je voulais être dans une discipline où la vitesse est le maître mot. On m’a conseillé le concours complet, que je ne connaissais pas du tout. En parallèle, j’ai passé mon diplôme pour être moniteur dans une écurie qui pratiquait cette discipline donc j’ai commencé à sérieusement m’y intéresser. Petit à petit, j’ai su chez qui je voulais aller pour engranger de l’expérience et j’ai postulé chez plusieurs cavaliers de haut niveau. J’ai été retenu chez le numéro un mondial de l’époque en Angleterre, William Fox-Pitt. J’ai vraiment tout appris là-bas concernant le sport de haut niveau, autant sur la compétition, l’entrainement et les soins à apporter aux chevaux. Plus tard, j’ai eu l’opportunité de travailler avec un cavalier près de la frontière espagnole, Gonzalo Busca Roca, avec qui j’ai découvert le saut d’obstacles. À ce moment, je côtoyais le haut niveau puisqu’il faisait quelques Coupes des nations. De bouche à oreille, j’ai eu plusieurs demandes mais je ne connaissais pas du tout ce milieu. Ça fait seulement quatre ans que je suis dedans tout en continuant de groomer des cavaliers de complet comme Karim Laghouag, que j’ai accompagné près de deux ans. Depuis, j’ai eu des expériences aux côtés d’Aurélien Leroy, Nina Mallevaey ou encore dernièrement Eric Lamaze. »

Quelles différences et similitudes peuvent avoir ces deux disciplines en compétition ?

« Les concours de saut d’obstacles sont plus chics. Les installations sont plus soignées même si aujourd’hui, il y a de nettes améliorations dans le complet. Ce sont des événements situés à la campagne qui demandent beaucoup de place pour le cross, les pistes de dressage ainsi que d’obstacles. Au départ, c’était assez rudimentaire mais les organisateurs ont surement jeté un coup d’œil ailleurs. Je pense notamment aux boxes qui ne sont pratiquement plus dans la boue et accompagnés de prises électriques ou encore les emplacements des camions plus proches des chevaux. Aujourd’hui, une compétition de complet est devenue plus plaisante et pratique pour chacun.  

Concernant les similitudes, que ce soit une discipline ou une autre, les chevaux valent une certaine somme et doivent durer dans le temps. Quel que soit le concours, le confort des pistes a été améliorée partout. Prenons l’exemple du Haras du Pin, en France, qui accueille le Grand National de concours complet ainsi que des épreuves de saut d’obstacles, le terrain de cross permet aux chevaux de bien galoper quelle que soit la météo, avec des carrières de travail où il n’y a rien n’a dire. » 

Et concernant les soins effectués aux athlètes ? 

« Le nombre de compétitions et les moyens financiers divisent ces deux mondes. La première chose à savoir est qu’un cheval de complet concoure beaucoup moins qu’un d’obstacle. Il a donc plus le temps de récupérer naturellement après l’effort que d’autres qui accumulent les heures de camion et les compétitions. Pour eux, la saison hivernale est synonyme de repos alors que les chevaux de saut d’obstacles enchainent avec la saison intérieure, les tournées dans le sud de l’Europe ou à Wellington. C’est pourquoi leurs grooms font plus de soins, non pas par blessures mais par prévention. Je ressens vraiment cette peur dans leurs écuries, les cavaliers sont plus précieux. La base est la même, les grooms travaillent avec des poches de glaces et de l’argile. Après, chacun a ses habitudes adaptées à chaque équidé. Néanmoins, le but du cheval de sport est de concourir, c’est normal que le bon groom fasse tout pour qu’il récupère bien et soit performant. C’est le même raisonnement pour les chevaux de complet mais je dirais qu’ils vivent plus dans la réalité « animale ». S’ils sont blessés, ils vont naturellement être au repos et vont manger de l’herbe. En saut d’obstacles, les grooms vont apporter bien plus de soins non naturels pour que l’équidé revienne rapidement en compétition.

Secondement, il y a ceux qui ont les moyens financiers d’avoir des machines, puis ce qui en ont moins et vont donner plus de récupération naturelle. En saut d’obstacles, les utilisations d’algue, de lasers ou encore d’ondes de chocs sont plus présentes, les grooms ont d’ailleurs régulièrement leurs appareils dans les camions. Certains complétistes ont surement tout ça aussi chez eux mais sur leur compétition, on voit plutôt de plus en plus de masseurs équins. C’est un service très présent en Angleterre qui commence à arriver en France. Je trouve ça vraiment bien de préparer les chevaux avant leur épreuve puis pour la récupération du cross. Ça les aide beaucoup pour la visite vétérinaire qui est juste avant le dernier test d’obstacles. En parlant des masseurs, un groom peut le faire mais il faut les qualifications pour ! On ne peut pas faire n’importe quoi à ce niveau-là car on peut rapidement leur faire plus de mal que de bien. »

Vous qui jonglez régulièrement entre les deux disciplines, est-ce simple d’apporter de nouvelles méthodes de soins découvertes dans le saut d’obstacles au complet ?

« Dans le concours complet, le cavalier agit beaucoup et laisse moins de liberté à son groom, qui est fréquemment son/sa compagnon. Ils n’ont pas forcément tous les moyens d’avoir un groom professionnel à plein temps. Ce sont deux mondes différents. Ce n’est pas toujours simple de changer le fonctionnement quand il correspond au cheval mais quand j’essaie certaines méthodes apprises chez les jumpers ou que j'apporte de nouveaux produits, ils me laissent essayer tant que ça ne donne que du positif, à condition de savoir le faire et bien. Les complétistes restent ouverts à ce qui se fait ailleurs mais ils peuvent tout de même être freinés par les coûts financiers. 

Cet hiver, vous avez eu l’opportunité d’aller aux États-Unis travailler dans les écuries de commerce d’Eric Lamaze. De l’autre côté de l’Atlantique, les soins effectués aux chevaux sont-ils encore différents de ceux que nous avons l’habitude de voir en Europe ? 

« Ce ne sont pas tant les soins qui sont différents là-bas, mais la mentalité ! Je trouve que les grooms ne sont plus dans la prévention mais dans l’abus, comme à l’Américaine. Ils raisonnent plus : « Au cas où faisons ci, au cas où faisons ça ». Les méthodes sont les mêmes qu’en Europe mais, à mon goût, bien trop répétées. Beaucoup de cavaliers viennent à Wellington pour faire du commerce, les chevaux doivent sauter et encore sauter, être vus et se montrer en bonne forme. Je n’aime pas tant ce sport et cette culture de l’animal mais chacun a son système et son métier. Cependant, il est agréable de travailler avec des chevaux de là-bas. Les boxes sont climatisés, dans de belles écuries pratiques pour chacun. »

 Crédit photos : Sportfot.com

AuteurLea Tchilinguirian