Faut-il passer par les poneys et les children pour accéder au haut niveau ?

18 October 2020

La rubrique de la "question du mois" revient sur Studforlife ! Ce mois-ci, nous nous sommes intéressés au degré de complémentarité des circuits Children et Poneys dans le saut d'obstacles. Alors que le circuit des Children est accessible aux enfants entre 12 et 14 ans, celui des Poneys peut se courir de 12 à 16 ans. Lequel faut-il privilégier pour atteindre le haut niveau ? C'est ce qu'ont tenté de répondre Olivier Bost, sélectionneur des équipes de France jeunes, et Lisa Nooren, cavalière néerlandaise ayant gravi les échelons du grand sport à travers ces deux circuits notamment.

Olivier Bost : « J’ai la chance, en France, d’avoir la charge des circuits Poneys et Children et il est vrai qu’on a tendance à opposer les évolutions des enfants à cheval et à poneys. Ce que je trouve important – peut-être même le plus important - c’est avant tout l’état d’esprit dans lequel l’enfant est pour atteindre le haut niveau.

Le circuit Children, au niveau européen (obstacles d’1.30m /1.35m) est vraiment d’un niveau remarquable, avec des chevaux de grande qualité, très bien dressés, notamment en Belgique et en Angleterre. Les participants sont souvent enfants qui accompagnent régulièrement leurs coachs sur des CSI de 3 à 5* et montent en parallèle dans les épreuves intermédiaires des 1 et 2*. Ils sont totalement immergés au milieu des plus grands professionnels Seniors et accumulent une grande expérience pour le haut niveau.

Le premier point intéressant dans cette réflexion me semble être en lien avec la culture équestre. Nous avons en France une culture forte des poneys, avec des jeunes qui se battent pour se qualifier pour les championnats d’Europe poneys, des éleveurs et propriétaires qui se battent pour y voir figurer leurs poneys… D’autres nations ont elles une culture plus cheval et vont privilégier l’élevage de chevaux et les circuits associés. Preuve en est, l’élevage de chevaux de sport étant bien plus développé que l’élevage des poneys en Europe, nous avons une dizaine de nations engagées dans les Coupes des nations poneys contre une vingtaine dans les Children !

Je suis vraiment partisan du circuit poneys, qui est très formateur et s’est bien professionnalisé ces dernières décennies. Cela a amené des personnes à s’y spécialiser et certains mettent en avant le fait qu’on ne peut pas, pour x raison, monter à la fois des poneys et des chevaux en compétition. Je ne suis pas d’accord avec cette idée, et mes expériences professionnelles me le confirment, on peut vraiment monter à poney et à cheval en parallèle. Cela peut en revanche être une suite logique qu’à l’âge de 12 ans environ, certains enfants se spécialisent plus dans les chevaux et préfèrent monter à cheval au niveau international jusqu’à 15 ans, basculant ensuite vers les Juniors. Certains font même les trois circuits, Children, Poneys et Juniors ! Il n’y a pas d’option privilégiée pour atteindre le haut niveau et toutes les combinaisons sont à étudier.

Le plus important encore une fois, c’est cette soif du haut niveau qu’il faut avoir. Le grand sport demande beaucoup d’exigences et de temps donc le choix des catégories d’épreuves selon l’âge et le niveau importe moins que la rigueur, l’ambition et l’organisation de l’enfant.

Prenons l’exemple de Mégane Moissonnier, elle a fait avec moi les premiers championnats Children à Comporta il y a dix ans et m’avait déjà impressionné par sa monte. J’avais donc négocié avec un éleveur pour qu’elle puisse monter sur le circuit Poneys Jimmerdor de Florys. Elle a brillé à poneys, puis en Juniors, Jeunes Cavaliers et maintenant dans la cour des grands. Paul Delforge lui a fait les Children puis directement les Juniors et Jeunes Cavaliers sans passer par les Poneys. »

Lisa Nooren : « J’ai participé aux deux circuits et devrais donc logiquement répondre que oui, les deux sont nécessaires pour atteindre le haut niveau. Je dois cependant avouer que ma position est plus nuancée. Premièrement, il nous faut parler de l’aspect économique des deux circuits. Les chevaux simples et gentils pour qu’un enfant puisse participer aux épreuves Children peuvent s’acquérir pour un prix raisonnable. Acheter un poney afin de prétendre participer aux Coupes de nations ou aux championnats d’Europe est devenu hors de prix ! L’Italien Giampiero Garofalo, mon petit-ami et également cavalier pour mon père Henk, en est l’exemple parfait. Ses parents n’avaient pas les moyens d’acheter un poney pour ce niveau alors il a tout de suite débuté et fait ses preuves à cheval. Le circuit des Children accorde donc plus de place au talent et au travail par rapport aux moyens financiers. Je pense pour conclure ce point que le prix est le premier facteur permettant de se lancer dans l’un ou l’autre des circuits, ou les deux.

La culture et l’engagement des fédérations équestres nationales permettent aussi la démocratisation plus ou moins avancée de ces deux circuits. Dans la majorité des pays européens, il y a toujours eu des cavaliers Children depuis la création de ces épreuves. Aux Pays-Bas, en 2011, j’étais la première cavalière néerlandaise à participer au championnat d’Europe de cette catégorie ! À cette époque, ma fédération ne jurait que par les poneys et incitait les jeunes à directement passer par les Juniors ou Jeunes Cavaliers, ils ne souhaitaient pas entendre parler des Children. Maintenant, on peut voir que la plupart des enfants passent directement à cheval et, même si le poney est présent puisqu’il y a tout de même une finale nationale, nos jeunes ne sont pas aussi fanatiques de ce circuit qu’en France par exemple.

Pour revenir sur la situation aux Pays-Bas, nos cavaliers passent bien plus rapidement à cheval sur le circuit Children, Juniors puis Jeunes Cavaliers et sont poussés à faire des compétitions internationales de type CSI 1 ou 2* en parallèle du circuit Children pour aller vers le haut niveau. De plus, lors de ces CSI, les enfants sont entourés de professionnels, ce qui leur permet d’engranger de l’expérience. Lors des compétitions en Poneys, les jeunes sont le plus souvent entre eux. De plus, j’ai l’impression que les parents sont finalement bien plus motivés que les enfants eux-mêmes… Ce milieu paraîtrait presque malsain.

Pour autant, les poneys de haut niveau pour sauter les championnats d’Europe ne sont en réalité « que » des petits chevaux et nous apprennent tout autant ! Je ne peux pas parler négativement de mon parcours en Poneys car je m’y suis beaucoup amusée. Si c’était à refaire, je passerais cependant bien plus tôt sur le circuit Children. »

Photo à la Une : Sportfot.com