“En arrivant à Oliva, jamais je n'aurai imaginé repartir avec l'or individuel”, Thibeau Spits

23 July 2022Auteur : Charlotte Denquin

Champion d’Europe Junior par équipes en 2018, médaillé de bronze individuel en 2019, d’or par équipes en 2021 puis, récemment, double médaillé d’or aux championnats d’Europe Jeune Cavalier d’Oliva avec sa Classic Touch DH, Thibeau Spits arbore un palmarès qui en ferait jalouser plus d’un. À vingt et un ans, le Belge amorce désormais un virage important de sa carrière: la fin des années Jeunes et la quête du haut niveau. Pouvant compter sur un très bon piquet de chevaux et le soutien de sa famille, le sympathique cavalier, installé près de Malines, aborde l’avenir sereinement. Entre longues journées passées à cheval, sorties entre amis et football, une chose est certaine: ce dernier n’a pas le temps de s’ennuyer!  

Presque une semaine après vos deux titres aux championnats d’Europe, comment vous sentez-vous ?  
C’est indescriptible, je suis encore sur mon nuage. J’ai pu passer beaucoup de temps avec ma famille et mes proches donc c’était super. Je vis vraiment un moment incroyable.  Je suis allé en Espagne pour l’équipe, c’était ma priorité. Cependant, je savais aussi que j’avais un cheval en super forme et que tout était possible en individuel.    

Globalement, comment s’est déroulée votre semaine ?  
Très bien. J’avais déjà un très bon sentiment le premier jour et l’atmosphère de l’équipe était très bonne, ce qui joue beaucoup. Constant van Paesschen était entraîneur sur place. Habituellement, je m’entraîne aux côtés de Niels Bruynseels mais il n’a pas pu être présent. Je connais Constant depuis quelques années déjà et il m’a beaucoup apporté. J’avais aussi mon père pour m’épauler, ce qui me permettait d’avoir deux points de vue lors de mes détentes.
En Belgique, les jeunes sont très en forme à chaque championnat, nous avons de bons chevaux et cavaliers. Dès le départ, l’objectif était de rapporter une médaille. Cela a été rendu possible par nos trois équipes. La jeunesse belge est exceptionnelle (au total, les Belges sont repartis d’Espagne avec sept médailles, ndlr).   Lorsque j’ai passé la ligne d’arrivée de la finale individuelle, je n’ai pas pleuré mais c’était un sentiment indescriptible. J’étais en extase, c’était incroyable.     

Votre jument, Classic Touch DH (Holst, Casall x Corado I), n’a pas touché une barre du week-end, comment était-elle ?
Classic a été exceptionnelle. Depuis quelques mois, nous travaillons en vue de ce championnat. Mon père était d’ailleurs presque un peu énervé, il aurait préféré que je fasse davantage de concours avec elle. Durant la saison, je me suis appuyé sur deux autres de mes chevaux dont King (van Essene, ndlr), avec qui j’ai gagné le Grand Prix 3* de Maubeuge. Je savais cependant qu’il était différent de Classic Touch. Mon père n’avait pas en tête les championnats d’Europe avec elle mais je savais qu’elle était en super forme. J’ai effectué deux concours de préparation, aux CSIO 3* de Lisbonne et Madrid (lors desquels le couple a signé cinq parcours sans faute sur les sept courus) afin de faire le point avant Oliva. En arrivant là-bas, jamais je n’aurai imaginé repartir avec l’or individuel. Je souhaitais simplement obtenir le meilleur classement possible.     

Comment récupère-t-elle après cette folle semaine ?  
Ces derniers jours, je me suis juste baladé avec elle. Elle aura quelques semaines de vacances puis nous irons aux championnats de Belgique dans la catégorie Senior (qui se tiendront fin septembre à Lanaken, ndlr).
J’espère aussi participer au CSI 5* de Bruxelles, fin août (les Brussels Stephex Masters auront lieu du 24 au 28 août, ndlr). Ce titre peut m’ouvrir des portes mais je ne vais pas brûler les étapes, elle n’a que onze ans et je sais que mes chevaux peuvent m’emmener loin.       

Comment l’avez-vous rencontrée ?  
Nous l’avons eue à trois ans. À cet âge, elle était loin d’être spectaculaire. Au début, elle était montée par mon cousin, Jeroen de Winter.   Mon père l’a récupérée lorsqu’elle avait six ans et qu’il n’avait pas beaucoup de chevaux. Il a vraiment pris son temps avec elle. À l’époque, tout le monde lui disait “pourquoi tu prends ton temps, elle n’a rien d’exceptionnel”, mais il avait un très bon sentiment. À sept ans, elle a été championne de Belgique et sautait 1,45m. Je pense que nous avons eu raison de ne pas brûler les étapes.
Si nous n’avions pas persisté, je pense que Classic Touch serait actuellement méconnue de tous et qu’elle sauterait 1,20m avec un cavalier amateur. Nos résultats sont le fruit du travail de mon père et de la confiance qu’il lui a accordé à six ans.

  King Van Essene est le deuxième cheval de tête du jeune cavalier. Crédit Sportfot

“Je ne veux pas me mettre la pression en me disant que je dois à tout prix participer à un championnat Senior d’ici quelques années”

Après les trois sacres par équipes en 2021, la Belgique est une nouvelle fois rentrée avec de nombreuses médailles, sept au total. Comment expliquez-vous une telle supériorité ?  
Nous avons des très bons cavaliers et chevaux. De plus, les équipes se connaissent toutes depuis longtemps. Je pense que la nôtre est complète. Nous n’avons pas un excellent couple et trois autres moyens mais plutôt quatre très bonnes combinaisons. C’est tout ce dont nous avons besoin pour glaner des médailles (pour preuve, dans la catégorie Jeunes Cavaliers, Thibault Philippaerts, un autre Belge, s’est emparé de la médaille d’argent, ndlr).
Les sélectionneurs nous connaissent très bien et nous font confiance. Cette année, par exemple, j’avais dit que je ne voulais pas participer à trop de concours avec Classic Touch. Ils m’ont fait confiance et m’ont donc plus souvent sélectionné avec King (Van Essene, BWP, Calido I x Chacco-Blue) parce qu’il avait beaucoup de bons résultats. Ils me connaissent très bien et m’écoutent lorsque je dis qu’un cheval est en meilleure forme.     

De tous les titres que vous avez obtenus avec la Belgique, quel est celui dont vous êtes le plus fier ?  
Il est difficile de choisir entre ceux de cette année et de l’an passé. Cette année, nous pensions n’avoir plus aucune chance face aux Britanniques, qui menaient largement (avant la finale, ces derniers avaient plus d’une barre d’avance sur les Belges, ndlr). Le dernier jour, nous avons réalisé trois parcours sans faute, ce qui leur a mis la pression. L’an passé, après la deuxième manche, nous avions déjà l’impression que rien ne pourrait nous arriver et que nous étions les meilleurs.
Je pense que le titre individuel de cette année a rendu ce championnat vraiment spécial, donc je dirai cette année.    

Il s’agissait de votre dernière année en Jeune Cavalier, quelle va être la suite ?  
Les choses sérieuses vont débuter maintenant, je vais viser le très haut niveau. Je ne veux pas me mettre la pression en me disant que je dois à tout prix participer à un championnat Senior d’ici quelques années. Nous verrons comment cela se passe, je veux simplement prendre de l’expérience en CSI 5* pour le moment. En fonction des résultats et de mes chevaux, nous envisagerons la suite.       

Rêvez-vous déjà de CSI 5* ?  
Bien sûr. Je n’en ai pas encore de prévus mais j’en ai déjà fait quelques-uns auparavant (le CSI 5*-W de Malines en 2019 ainsi que le CSIO 5* de Barcelone en 2021, support de la finale des Coupes des nations, ndlr). Je pense n’avoir jamais eu un piquet aussi qualiteux que celui que j’ai actuellement. J’ai eu le chef d’équipes (Peter Weinberg, ndlr) au téléphone qui m’a dit qu’il souhaitait me donner la possibilité de participer à quelques CSI 5*. C’est une très bonne chose, en Belgique, que la Fédération donne sa chance à de jeunes cavaliers.     

Vous dites n’avoir jamais eu un tel piquet, quels chevaux le composent ?  
J’ai donc King, qui a gagné le Grand Prix du CSI 3* de Maubeuge début mai. C’est un cheval différent de Classic Touch mais qui a beaucoup de moyens et est très brave. Je pense qu’il peut sauter n’importe quel Grand Prix mais il est un peu moins respectueux qu’elle.
J’ai également quelques chevaux compétitifs jusqu’à 1,45/1,50m dont Juragold Bormes (BWP, Contact van de Heffinck x Landino) et Nono vd Withoeve (BWP, Elvis Ter Putte x Chellano Z). J’ai ensuite un très bon huit ans, Foncetti vd Heffinck (Westph, For Pleasure x Concetta) et un autre de sept ans, Impress-K van’t Kattenheye Z (Indoktro K Van 't Kattenheye x Vagabond de la Pomme), ce qui me met en confiance pour l’avenir.     

Parmi ceux que vous avez cités, lesquels sont les plus susceptibles de vous faire atteindre le plus haut niveau ?  
Indéniablement, Classic touch et King peuvent m’y emmener. Je fonde également beaucoup d’espoirs en Foncetti. Enfin, il y a Impress-K van’T Kattenheye Z, sept ans. Il était déjà septième des championnats du monde des chevaux de six ans l’an passé à Lanaken. Je pense n’avoir jamais monté un cheval aussi doué, il est simplement incroyable.

Thibeau Spits fonde de grands espoirs en son jeune Impress-K van’t Kattenheye Z. Crédit Sportfot

“C’est une très bonne chose, en Belgique, que la Fédération donne sa chance à de jeunes cavaliers”

Où sont basées vos écuries ?  
Nous avons une écurie dans laquelle nous faisons de l’élevage, du commerce, de la valorisation, et où nous entraînons également des clients. Je travaille avec mon père, qui est le chef, ma petite sœur, mon grand frère… C’est une écurie familiale. Nous sommes à Wavre-Sainte-Catherine, près de Malines, entre Anvers et Bruxelles. Nous sommes très bien situés.

Vous avez seulement vingt et un ans, suivez-vous des études en parallèle ?  
Non, j’ai arrêté l’école à seize ans. J’ai commencé à travailler chez nous dès cet âge-là donc je suis professionnel depuis cinq ans. J’ai vraiment commencé à monter aux alentours de mes douze ans, ce qui est assez tard. Avant, je faisais seulement un peu de poney. 

Que faites-vous lorsque vous n’êtes pas à cheval ?  
J’essaye de faire des choses avec mes amis. J’aime aussi me retrouver un peu seul, cela dépend. Je monte jusque tard alors, lorsque je suis en concours, j’en profite pour voir des amis mais, avec le cheval, il me reste peu de temps.     

Pratiquez-vous un autre sport ?  
J’ai joué au football dans une équipe de première division quand j’avais dix ans, donc dans ma catégorie d’âge. J’étais jeune donc ce n’était pas très spectaculaire mais j’aime bien y jouer encore de temps en temps. Je suis assez sportif, j’aime faire et regarder du sport. Quand j’ai le temps, je cours, je fais du vélo ou je vais jouer au foot avec mes amis.     

Vous devez peut-être suivre l’Euro féminin de football alors…  
Je suis juste la Belgique (rires, ndlr). La France nous a d’ailleurs encore battus (en phase de poule de l’Euro féminin, qui se déroule actuellement, ndlr). Heureusement, ça n’arrive qu’au foot, pas à cheval (rires, ndlr)! C’est une équipe que nous avons du mal à battre. J’espère que nous ferons mieux cet automne lors de la Coupe du monde mais notre équipe est moins forte qu’avant alors je pense que ce sera difficile! 

Photo à la Une: Thibeau Spits et Classic Touch DH sur le toit de l'Europe après la finale individuelle des championnats d'Europe d'Oliva, la semaine passée. Crédit Sportfot        


AuteurCharlotte Denquin