D’Umbra de la Hart Z, le dernier joyau de la reine !

12 mars 2021Auteur : Julien Counet

Cette année 2021 aura été très particulière à plus d’un titre, et cette crise sanitaire de rhinopneumonie a perturbé les expertises d’étalons des trois studbooks de chevaux de sports belge. Si la décision du sBs d’admettre tous les candidats étalons pour une période d’un an a surpris, elle a aussi déçu certains étalonniers qui espéraient que leurs protégés fassent parler d’eux durant le Selection Show.

Parmi eux, le dernier produit de la célèbre Umbra van Reigersdonk (Non Stop x Concorde) qui n’est autre que la mère des étalons Dark de la Hart, qui a permis à Dominique Joassin de faire son retour au plus haut niveau avant de poursuivre sa route avec Quentin Judge, d'Unpulsion de la Hart, grand gagnant international avec Philippe Rozier, sans oublier la grande gagnante internationale Energie de la Hart, qui évolue sous couleurs italiennes, et de Best de la Hart, qui a permis à Sarah Toussaint de se faire un nom parmi l’élite avec notamment une impressionnante quatrième place lors du championnat du monde des sept ans !

Si aujourd’hui le téléphone sonne déjà pour réserver les premières saillies, son propriétaire David Dehez ne peut que regretter de ne pas avoir pu le présenter aux éleveurs. « La décision d’annuler le Selection Show ne souffre d’aucune discussion ! Il fallait le faire ! Par contre, je ne trouve pas qu’admettre tous les candidats était la bonne solution. Je suis un fervent adepte du SBS, je suis vraiment pour défendre l’intérêt d’un studbook wallon, je suis enchanté de la gentillesse et du dévouement du personnel qui y travaille avec une mention tout particulière à Anne-Françoise Fabry qui m’a toujours aidé si gentiment pour pallier à mes manquements administratifs. J’ai reçu cette nouvelle avec un goût amer même si évidemment, je suis content que mon étalon puisse saillir. Néanmoins, dans ces conditions, j’aurais préféré que le SBS trouve une autre solution même si cela nous aurait certainement obligé à patienter encore un peu. Cette décision fait perdre en importance les décisions d’une admission. C’est sûr que cette crise sanitaire est vraiment dommage et que j’espère que nous allons retrouver plus de plaisir dans les prochaines années. »

Mais l’histoire de D’Umbra, c’est surtout l’histoire de confiance entre deux familles. Cela a débuté il y a bien longtemps entre Christian Mauss et David Dehez avec des produits de Umbra, tels Caletta de la Hart qui a évolué sur la scène internationale sous la selle de Mark Amstrong dans des épreuves d’1,50m et bien évidemment l’étalon Dark de la Hart, mais aussi de nombreux produits d’autres souches. Une relation qui a continué avec son fils Kevin Mauss. « Je suis vraiment heureux que D’Umbra ait pu venir chez nous, raconte David Devez. Je trouve que la vie est bien faite. Nous avons commencé à travailler avec Christian et nous avons continué avec Kevin, son fils, qui a repris l’élevage. Ensemble, nous avons connu des hauts, avec des moments exceptionnels, mais aussi des bas avec notre lot de mésaventures. Kevin a eu des sollicitations venant de l’étranger pour D’Umbra et je suis vraiment très heureux qu'on ait pu trouver un accord pour le conserver. J'ai toujours été très correct avec eux et j'imagine que la vie me rend cela en me permettant d’accueillir le dernier produit de cette jument star. C’est une histoire fantastique qui continue. Je suis d’autant plus flatté que c’est un cheval auquel Kevin était très attaché. En effet, Umbra, cette crack jument à la base de toute l’histoire, est morte au moment du poulinage de cet étalon. Cela a été un moment très douloureux pour lui et de se séparer de cet ultime produit était aussi difficile. J’ai toujours respecté les décisions de Kevin et je le remercie de m’avoir permis de l’acquérir. C’est une belle histoire pour le cheval et un beau cadeau à notre province car je pense que c’est un cheval qui va plaire et qui va saillir. C'est donc un beau retour des choses qu’il soit ici dans la région plutôt qu’à l’autre bout du monde. C’est chouette que cet élevage de la Hart, qui est exceptionnel, puisse être mis en avant et que le dernier produit de cette illustre jument puisse saillir les juments de tous les fans de cet élevage dans la région. »

D'umbra de la Hart Z sur les barres puis en compagnie de son heureux propriétaire, David Dehez.

Même si les spectateurs ne l’ont encore jamais vu à l’œuvre, l’intérêt autour de la nouvelle grande promesse des écuries Dehez grandit de jour en jour. « Je suis vraiment étonné du nombre d’appels que je reçois déjà autour du cheval juste parce que les gens avaient regardé le catalogue et le fait que j’avais déjà dit à quelques connaissances tout le bien que je pensais de lui. Chaque année, il y a des étalons admis qui ne saillissent pas et cela risque d'être encore plus le cas en 2021. Cette année particulière va demander une relation de confiance encore plus importante entre les éleveurs et les étalonniers. Vu le nombre d’étalons sur le marché, les éleveurs sont obligés de faire leurs propres choix. Je ne me considère pas véritablement comme un étalonnier mais je veux ici avec D’Umbra m’y consacrer de manière professionnelle. C’est un volet qui m’a toujours intéressé, mais difficilement réalisable seul. De fait, pour lui, j’ai décidé de bien m’entourer. J’ai eu une première expérience avec Cœur de Cachas où j’ai été très heureux du nombre d’éleveurs qui m’ont fait confiance et je pense que tous ont été très contents de l’avoir utilisé. Les retours ont été positifs. Avec D’Umbra, je crois ne jamais avoir eu un étalon de cette trempe-là. C’est pour cette raison que j’espère pouvoir lui donner une vraie chance dans l’élevage. »

Il est clair que ce mâle noir de quatre ans a de sérieux atout pour lui. Avec son gabarit imposant, il ressemble comme deux gouttes d’eau à son père Dominator 2000 Z. « Personnellement, je ne lui trouve aucun défaut. J’ai eu la chance d’avoir croisé beaucoup de très bons chevaux. Certains sautent le très haut niveau maintenant et sincèrement, même si la route est encore très longue pour un cheval de quatre ans, je place beaucoup d’espoir en lui. J’espère que nous arriverons à lui permettre d’exprimer tout ce potentiel. »

Les deux propres frères : ci-dessus Unpulsion de la Hart (Kashmir van't Schuttershof x Non Stop) dans le Grand Prix 5* des Longines Masters de Hong-Kong et ci-dessous Dark de la Hart dans les Sires de Lanaken.

D’autant que la souche est bien connue du marchand ardennais qui a côtoyé de nombreux produits d’Umbra dans ses écuries. « Je pense que sa souche maternelle est évidemment un de ses gros points forts. La production de cette jument est exceptionnelle. Elle n’a donné que des cracks avec une volonté hors norme et tous sont de grands gagnants à leur niveau. Energie de la Hart gagne des épreuves tous les week-end en Italie sur 1,45m, elle est exceptionnelle. Bliss, qui a évolué avec son éleveur, a fait rêver toute la région et ici, on retrouve chez les filles de Best, Arka et Jalys, toute cette qualité. Ils ont l’intelligence de la piste et le respect des barres. Ce sont vraiment de très bons chevaux. Joris de Brabander disait l’autre jour qu’il croyait dans la diversification des souches. Je trouve qu'il a raison, car si certaines souches sont très médiatisées et sur lesquels les gens se ruent notamment au moyen de l’ICSI, on passe à coté de très belles autres. Il est certain qu’aujourd’hui, pour élever, il faut se baser sur de bonnes juments issues de très bonnes souches mais je suis convaincu qu’il y a beaucoup de très bonnes juments qui ont été moins exploitées et moins bien mises en avant et qui pourraient devenir des vraies grandes souches. Personnellement, je crois très fort dans cette lignée « de la Hart ». J’ai eu dans mes boxes des chevaux de différentes souches mais c’est cette souche qui m’a toujours donné le plus d’émotions. »

Ci-dessus, Best de la Hart lors de la finale du championnat du monde des 7 ans à Lanaken et ci-dessous, sa fille Arka de la Hart Z en finale du championnat de Belgique des 6 ans à Gesves. Toutes les deux évoluant sous la selle de Sarah Toussaint.

Et des émotions, la famille Dehez en aura eu de toutes les couleurs avec Best de la Hart (Kashmir van’t Schuttershof) qui a terminé à la quatrième place du championnat du monde des sept ans en 2014 avant de faire sa place en Grand Prix. Malheureusement, une blessure est venue perturber la carrière de la jument et mis par la même occasion un frein à celle de sa cavalière Sarah Toussaint. « Nous avons fait de gros sacrifices pour conserver la jument et sa blessure a été un véritable coup dur autant financièrement que sportivement pour toute l’écurie. Mais maintenant, cet épisode est derrière nous. Grâce à cette expérience, on s’est rendu compte qu’on devait construire une base un peu plus solide avant de prendre ce genre de risques. Je pense que je regretterais plus fort aujourd’hui si j’avais pris la décision de vendre Best trop tôt que je ne regrette aujourd’hui sa blessure. Aujourd’hui, j’espère que la jument va nous donner de nombreux produits pour continuer l’histoire mais sa santé et son confort resteront notre priorité. Cela aura été une leçon de vie pour nous. Nous avons vécu des moments formidables en compétition et je suis persuadé que si l’on devait refaire l’histoire, je reprendrai les mêmes décisions. Quand on connait l’issue, c’est plus facile évidemment de se dire que l’on aurait pu faire autrement mais quand j’ai pris mes décisions, je savais que cela pouvait mal tourner. Dans ma carrière de marchand de chevaux, c’est en prenant les plus gros risques que j’ai pu avancer vite dans mes premières années, malheureusement avec Best, c’était le risque de trop. Cela aurait pu très bien passer… mais cela n’a finalement pas été le cas. Nous n’avons pas de regret. C’est au travers de ces chevaux que Sarah Toussaint et son compagnon se sont forgés une réputation, grâce à Best, comme Cœur de Cachas, Ushi, Balou’s Ramona, Couros, Carmina, Vitalis Go ou encore très récemment Exquise du Pachis et About A Dream. Ils ont participé à notre réputation même si ces chevaux n’ont pas tous été commercialisés. Ils nous ont permis de voyager, de nous faire des contacts et de démontrer qu’on savait sélectionner des chevaux avec beaucoup de qualités. Je suis très fier d’avoir aujourd’hui une telle jument dans mon élevage. »

Best de la Hart accompagne David Dehez et Sarah Toussaint avec leur fils Maxence. 

Sarah Toussaint avec ses trois juments : Arka de la Hart Z (Arko III), Jalys de la Hart DS (Coeur de Cachas) avec leur mère Best de la Hart.

D’autant que l’espoir renait près de Libramont : « Aujourd’hui, avoir D’Umbra dans l’écurie, cela nous remet des étoiles dans les yeux. Cette année, il va se consacrer pleinement à sa carrière d’étalon même s’il participera à quelques concours de quatre ans en parallèle  car je pense que c’est nécessaire. On l’a déjà récolté car nous voulions le tester avant de le proposer à la monte. Nous avons eu un embryon d’ailleurs. Sa semence est vraiment de très bonne qualité et le cheval est d’une extrême gentillesse et vraiment facile. Nous allons travailler en collaboration avec Didier Blommaert comme vétérinaire pour sa commercialisation. Nous y croyons et nous invitons les éleveurs à venir le voir en vrai comme l’expertise n’a pas pu avoir lieu. »

AuteurJulien Counet