David Will, la volonté à toute épreuve

22 janvier 2021Auteur : Oriane Grandjean

Fin 2020, David Will a remporté les deux Coupes des nations auxquelles il a participé. À Vilamoura et Vejer, où il signait notamment un double sans-faute avec C Vier, l’Allemand a prouvé qu’il fallait compter avec lui dans la Mannschaft. Il faut dire que le trentenaire n’en est pas à ses débuts à haut niveau. Avec Colorit, qu’on allait ensuite voir sous la selle de Christian Ahlmann, David Will avait remporté le Grand Prix de Den Bosch en 2013 et classé plusieurs étapes Coupes du monde. On l’avait aussi vu associé à Mic Mac du Tillard avec laquelle il avait remporté de nombreux succès, s’imposant notamment dans le Grand Prix 5* d’Al Ain et dans une grosse épreuve à Aix-la-Chapelle.

Même s’il vient d’une famille de cavaliers, c’est à force de volonté, de travail et de ténacité qu’il est parvenu au haut niveau. C’est auprès du marchand allemand Dietmar Gugler – qui sera d’ailleurs son chef d’équipe à Vejer – que David Will fait ses débuts. Lorsqu’il commence à travailler dans cette grande écurie de commerce, il occupe le poste de groom et conduit les camions, tandis que la cavalière vedette Angelica Augustsson Zanotelli monte à haut niveau. David Will officie d’ailleurs pour elle comme groom lors des Européens juniors et jeunes cavaliers. Son patron l’incite ensuite à intégrer le programme de l’armée allemande où il continue de se perfectionner comme cavalier. Après le départ d’Angelica Augustsson, c’est à son tour de devenir le cavalier n°1 de l’écurie. Il n’en faut pas plus pour le voir exploser à haut niveau.

Depuis, David Will a décidé de voler de ses propres ailes. Il est désormais basé à Dagobertshausen, à une heure de route de Francfort, où il s'est associé avec Richard Vogel, ancien pilote des écuries Beerbaum qui était aussi de la partie dans l’équipe allemande victorieuse à Vilamoura et Nicola Pohl. Avec de nouveaux propriétaires, des chevaux de qualités et de magnifiques installations, le pilote allemand continue son parcours au haut niveau. Interview d’un cavalier plein de promesses qui vient d’intégrer le top 50 mondial.

À quel moment avez-vous décidé de devenir cavalier professionnel ?

Cela n’a pas vraiment été une décision consciente, parce que cela toujours été clair dans mon esprit. Etant issu d’une famille d’éleveurs et cavaliers, ma mère montant en dressage et mon père en saut, j’ai commencé à monter tôt. À 10 ans, je m’y suis mis avec plus de sérieux, même si tout ce que je voulais faire, c’était sauter, à chaque leçon !

Vous avez toutefois quitté les écuries familiales pour vous perfectionner…

Oui, je suis parti à 17 ans. J’ai effectué un apprentissage auprès de Uwe Schwanz, un cavalier de dressage qui est aussi un ami de mes parents. Cela a été extrêmement formateur. J’ai ensuite rejoint Dietmar Gugler et son épouse Silvia dans leurs installations du Sud-Est du pays. Dietmar a été sélectionneur pour les Juniors et les Jeunes Cavaliers allemands, et a été un fantastique coach pour moi qui n’ai pas franchement connu le succès avec la relève.

D’où vient votre monte ?

De plusieurs influences ! J’ai beaucoup observé mon père monter, bien sûr, puis Uwe Schwanz. J’ai moins vu Dietmar Gugler en selle, mais il m’a énormément fait progresser. Sur le plan technique d’abord, en me faisant régulièrement travailler sans étriers, par exemple, mais j’y ai également beaucoup appris sur la gestion d’une écurie de commerce. Beaucoup de grands noms du saut d’obstacles sont passés par ses écuries.

Vous êtes désormais installé dans des écuries à Dagobertshausen…

J’y suis depuis avril 2019. Richard Vogel et moi louons tous deux plusieurs boxes dans ces superbes installations, qui appartiennent au père de mon élève, Nicola Pohl. C’est un lieu magnifique, j’ai énormément de plaisir à y monter. Outre la famille Pohl, j’ai aussi plusieurs propriétaires qui me soutiennent. En temps normal, j’ai entre huit et neuf chevaux dans mes écuries. Ce n’est pas énorme, mais je tiens à faire les choses bien et à consacrer à chacune de mes montures le temps dont elles ont besoin.

David Will et Colorit (Coriano) à Wellington en 2012. Le couple remportera ensuite le Grand Prix de Den Bosch avant que l'étalon rejoigne les écuries de Christian Ahlmann.

Quels ont été les chevaux les plus marquants de votre jeune carrière ?

Celui qui aura été le plus important dans mon parcours, c’est certainement Don Cesar (Drossan). Il a véritablement fait démarrer ma carrière, en me permettant de disputer ma première Coupe des Nations, mon premier Grand Prix, mon premier Aix-la-Chapelle… Cela a été la plus grande chance de ma vie de sportif de pouvoir le monter à ce moment. Il y a ensuite eu Colorit (Coriano), bien sûr, que je n’ai pas monté très longtemps avant qu’il ne parte pour les écuries de Christian Ahlmann, ou Mic Mac du Tillard (Cruising).

Avec la bondissante et atypique Mic Mac du Tillard (Cruising), David Will a obtenu de nombreux résultats et a pris part à plusieurs étapes du Global Champions tour, ici à Miami. 

Parlez-nous de votre piquet de chevaux…

Actuellement, ma meilleure monture est sans conteste C Vier 2 (par Cardento et Concorde). Je ne le monte pas depuis longtemps, mais nous nous entendons bien et avons déjà fait de beaux résultats ensemble. Il y a aussi Never Walk Alone, qui est très talentueux. J’essaie aussi de penser à la relève grâce à Junior Kannan, un sept ans (par Kannan et Diamant de Semilly), et Babalou un huit ans (par Balous Bellini et Newcastle), qui aura encore besoin d’un peu de temps.C-Vier, la nouvelle cartouche de David Will. Le couple a remporté les deux Coupes des Nations auxquelles il a participé en 2020.

Comment avez-vous vécu les imprévus de l’année 2020 ?

Cela a été particulier pour tout le monde. J’étais parti en début d’année aux Emirats, puis avais enchaîné avec Oliva. J’avais établi un planning pour préparer ma saison, permettre à mes chevaux de monter en puissance en prévision des grandes échéances… puis tout s’est arrêté. Notre chance a été d’avoir encore passablement de concours nationaux en Allemagne, mais les chevaux ont bien entendu fait beaucoup moins que prévu durant l’année. Cela a donné d’autant plus de valeur aux deux Coupes des Nations auxquelles j’ai pu participer en fin de saison.

Deux Coupes des Nations où vous avez brillé, d’ailleurs…

Oui. Je suis très reconnaissant à Otto Becker de m’avoir envoyé à Vilamoura et Vejer de la Frontera.

L'équipe allemande victorieuse à Vejer fin 2020: Marc Bettinger (à g.), Janne Friederike Meyer-Zimmermann, David Will et Maximilian Lill entourent Dietmar Gugler. © Juan Luis Cabrera Garcia

Etre sélectionné dans une équipe allemande réputée très sélective, c’est une fierté particulière ?

Je pense que c’est quelque chose de spécial d’être appelé à faire partie d’une équipe nationale, peu importe votre pays. Ce genre d’épreuve vous met face à une pression différente. Pour moi, cette pression est toujours positive, elle me pousse à me surpasser pour l’équipe.

Quels sont vos plans pour l’année 2021 ?

Difficile à dire, tant le calendrier est encore flou. Jusqu’en mars, Nicola, Richard et moi avons prévu de nous rendre à Oliva, puis au Sunshine Tour, pour préparer notre saison. Ensuite, on verra comment la situation aura évolué.

Photo à la Une : Sportfot

AuteurOriane Grandjean