Coupe des nations pluvieuse, Coupe des nations heureuse pour les hôtes du mythique CHIO d’Aix-la-Chapelle !

01 July 2022Auteur : Mélina Massias

Quel sport, quelle ambiance, quel engouement. Fidèle à sa réputation, la Coupe des nations du CHIO d’Aix-la-Chapelle, le plus mythique des concours hippiques de la planète, a renversé le public par son scénario parfait, auquel la météo capricieuse a ajouté un peu de dramaturgie. S’il n’y a pas eu le traditionnel et resplendissant coucher de soleil sur le stade de la Soers, Janne Frederike Meyer-Zimmerman, Jana Wargers, Christian Kukuk et André Thieme - les quatre heureux élus pour représenter leur pays à domicile, ont donné raison à Otto Becker, leur chef d’équipe. En compagnie de Messi van’t Ruytershof, perle de l’élevage belge, Limbridge 3, Mumbai van de Moerhoeve et la lionne DSP Chakaria (ex Carelia), la Mannschaft a pris l’ascendant sur la Belgique et la Grande-Bretagne.

Au milieu de l’immense piste en herbe d’Aix-la-Chapelle, quelques insouciants photographes ont bravé la pluie et le vent pour capturer les instants de sport et d’émotions offerts par la Coupe des nations d’Aix-la-Chapelle, jeudi 30 juin. Sur le tracé dessiné par Frank Rothenberger, et sur une piste qui aura tenu la distance sans sourciller, montures et pilotes se sont élancés tour à tour pour tenter de graver leur nom sur le mur des légendes, qui surplombe la sortie de piste du concours allemand. 

La pluie battante a mené à une scène presque apocalyptique sous le stand de la boutique officielle du CHIO, où des dizaines de spectateurs se sont rués avant le début des épreuves.

En tête au coude à coude avec la Belgique pour un point de temps dépassé cumulé dans la première manche, l’Allemagne a finalement tenu bon. Pour l’occasion, Otto Becker avait choisi d’envoyer à la guerre Janne Friederike Meyer-Zimmerman, lauréate du mythique Grand Prix de ce CHIO en 2011, et cette fois associé au puissant mais sensible Messi van’t Ruyterschof, Jana Wargers, juché sur son Limbridge 3, dont la simple évocation suffit à lui faire briller ses yeux bleus de mille feux, Christian Kukuk aux rênes de Mumbai van de Moerhoeve et, last but not least, le couple champion d’Europe en titre, qui n’a rien manqué ou presque depuis : André Thieme et Chakaria (ex Carelia). Marcus Ehning, cinquième homme de l’équipe, avait lui-même choisi de se retirer volontairement de la sélection, en concertation avec Otto Becker. Aussitôt sacrée et acclamée avec une ferveur inégalée par le public, l’Allemagne a vu son nom être apposé sur le palmarès de cette formidable épreuve par équipe, essence même du grand sport.

Christian Kukuk et Mumbai ont commis deux erreurs dans le triple lors de la première manche, qu'ils ont rectifié en seconde.

Jana Wargers et Limbridge ont fait bonne figure avec un premier parcours sanctionné d'un point, puis une faute dans le second acte.

“Pour moi, les Coupes des nations, qui se déroulent en deux manches, sont les meilleures épreuves du monde”, a lancé en conférence de presse Otto Becker, faisant ainsi un clin d’œil à la Fédération équestre internationale (FEI), qui a évoqué la possibilité de changer le format de cette compétition historique en une manche avec barrage. “Monter dans un stade comme celui-ci, avec les meilleurs mondiaux, est tout simplement incroyable. Gagner ici veut dire beaucoup pour nous. Je suis super content. Mes quatre cavaliers ont gagné en équipe.” L’ancien pilote international avait choisi deux néophytes, Jana Wargers et André Thieme, qui n’avaient encore jamais pris part à cette épreuve. Premier et quatrième sur la liste de départ, tous deux ont vécu de grands moments. “Je suis content de mon premier parcours, mais encore plus de mon second”, s’est amusé, non sans une touche d’humour et de décontraction appréciables et appréciées, le champion d’Europe en titre, qui a confié avoir ressenti une pression particulière lors de cet événement. “Limbridge m’a rendu la tâche facile”, a poursuivi sa collègue, qui avait la difficile tâche d’ouvrir la marche à ses coéquipiers.

Les champions d'Europe en titre ont eu le privilège de rester sur leur très bon premier passage, conclu avec une grande aisance.

En revenant en piste plus tôt que prévu après son congé maternité, Janne Friederike Meyer-Zimmerman s'est vue retirer de précieux points au classement mondial. Heureusement, son Messi lui permet de rester au top.

En plus d’avoir la possibilité de remporter une voiture en cas de victoire dans le Grand Prix de dimanche, les quatre Allemands réunis dans la salle de conférence du CHIO ont reçu… des NFT ! Toujours à la page, l’événement aixois ne déçoit jamais. Les quatre pilotes se sont ainsi vu remettre des tablettes avec une image virtuelle représentant chacun de leurs chevaux.

Quatre doubles zéro

Dans cette Coupe des nations qui avait bien des airs de répétition générale en vue des prochains championnats du monde, prévus au mois d’août, à Herning. Quatre pilotes ont sans aucun doute marqué des points : Janne Friederike Meyer-Zimmerman, Jérôme Guéry, Harry Charles et Steve Guerdat. Tous quatre ont été les seuls à déjouer deux fois les pièges hissés au milieu du stade équestre de la Soers et se partagent ainsi un conséquent bonus financier.

La joie du clan suisse après le double clear round de Steve Guerdat sur Vénard de Cerisy.

Nouvelle prestation impeccable pour Jérôme Guéry et son super Quel Homme de Hus.

À seulement vingt-trois ans, Harry Charles est déjà un véritable pillier pour son escouade nationale, notamment grâce à l'olympique Romeo 88.

Outre ces performances, signées aux rênes du crack Messi, du confirmé Quel Homme de Hus, du génial Romeo 88 et du Selle Français Vénard de Cerisy, beaucoup ont montré de belles choses. Tous les Allemands entrent bien-sûr dans ce constat, tout comme Scott Brash, Grégory Wathelet, Ben Maher, Pierre-Marie Friant, Mégane Moissonnier, Lillie Keenan, Harrie Smolders et Yuri Mansur. Pas toujours chanceux, les cavaliers de Hello Jefferson (ex Jerenmias van het Hulstenhof), Nevados S, Faltic HB, Urdy d’Astrée, Cordial, Argan de Béliard, Bingo du Parc et QH Alfons Santo Antonio (ex Alfons RA) n’ont pas démérité.

Sous la pluie aixoise, l'excellent Faltic HB a marqué des points en vue des Mondiaux de Herning avec son cavalier Ben Maher.

La joie de Mégane Moissonnier, passée tout près d'une très grande performance avec Cordial.

Malchenceux, Grégory Wathelet n'a pas réussi à mettre la pression sur l'Allemagne pour la victoire finale avec Nevados. 

Côté classement, derrière le trio de tête, la Suisse s’est hissée au quatrième rang, après un premier parcours de travail pour Martin Fuchs et Conner 70, et une deuxième manche manquée pour le jeune Bryan Balsiger, pourtant auteur d’un magnifique premier passage avec la bouillonnante Dubaï du Bois Pinchet. Cinquième, la France est passée par tous les états. Un premier parcours raté pour Kevin Staut, largement rattrapé par l’orgueil et le caractère de vainqueur du champion avec un magnifique clear round sur Visconti du Telman, une faute à la rivière en deuxième manche pour Pierre Marie Friant et Urdy d’Astrée - “j’ai eu le sentiment de l’appuyer assez”, glissera-t-il en sortie de piste, déçu - les deux parcours à huit points de Nicolas Delmotte et le généreux Ilex VP et, surtout, la chute inattendue de Mégane Moissonnier et Cordial, victime d’une glissade au moment d’aborder le vertical sur bidet qui précédait la dernière ligne du parcours. Rageant, très rageant même, au vu de l’envie et de la réussite dont avait fait preuve le couple lors du premier acte. À charge de revanche. Derrière, la soirée a été bien morose pour les clans américains, néerlandais et brésilien, qui finissent en bas de tableau et bien loin des autres collectifs. Entre le trois et le quatrième rang, on compte dix points de différence et trois fois plus entre la trois et la huitième position… Incontestablement, il y avait des équipes au-dessus de la mêlée ce jeudi à Aix !

L'Allemagne a de nouveau ajouté son nom au palmarès de sa Coupe des nations, quatre ans après son dernier titre.
Les vainqueurs au côté d'Otto Becker.

Les résultats complets ici.

Crédit photo : © Mélina Massias. Photo à la Une : La joie de Janne Friederike Zimmerman, qui monte son cher et si bien nommé Messi depuis ses cinq ans.

AuteurMélina Massias