Cocktail de Talma, la recette du succès

11 mai 2021Auteur : Julien Counet

Arrivé sur la pointe des pieds en Belgique il y a tout juste un an en pleine crise sanitaire, l’étalon Selle Français Cocktail de Talma (Baloubet du Rouet x Cento x Quidam de Revel) progresse de semaine en semaine. Aujourd’hui, du haut de ses neuf ans, il vient de signer deux victoires consécutives dans les Grands Prix 2* de Grimaud et a désormais gagné le droit d’accompagner Nevados lors du CSIO 5* de Rome prochainement.

Son éleveur, Michel Guiot, peut difficilement cacher sa joie : « D’autant que pour un Belge, entendre deux brabançonnes grâce à son cheval, c’est vraiment quelque chose de particulier. J’élèverai toujours des Selle Français car c’est mon stud-book de cœur et une race qui me tient particulièrement à cœur et qui me fait vibrer, mais je reste Belge et ce cheval avec Grégory Wathelet me rapproche de mon pays que j’ai quitté il y a désormais bien longtemps ! »

Le croisement de Cocktail a d’ailleurs été imaginé il y a très très longtemps par l’éleveur ardennais : « J’ai toujours été fan de Baloubet du Rouet et je l’ai toujours beaucoup utilisé. Un jour, j’ai rencontré monsieur Coutinho et je lui ai dit que je souhaitais distribuer Baloubet car pour moi, il avait été numéro un dans le sport mais il allait devenir numéro un dans l’élevage également ! J’ai d’ailleurs croisé New Eve du Moulin qui était une fille de Quidam de Revel avec Cento en espérant avoir une pouliche que je pourrais croiser par la suite avec Baloubet du Rouet car j’avais remarqué qu’il produisait vraiment bien avec des juments issues d’étalons holsteiner. Au final, j’ai croisé quatre fois Reggae avec Baloubet et une fois avec un de ses fils, Number One d’Iso. En 2011, j’ai eu une double ovulation qui m’a donné une pouliche, Cocaïne, qui évolue sur 1,40m aujourd’hui, et Cocktail. Lorsque j’ai vu ce poulain, j’ai tout de suite cru en lui. Depuis longtemps, j’espérais faire naitre un étalon de la souche de Cor de la Bryère. Cocktail avait le look mais surtout le moteur, c’était un cheval moderne avec du rayon. C’est un cheval délicat mais dès qu’il a compris ce qu’on lui demande, c’est acquis pour lui. Pour autant, les choses n’ont pas toujours été faciles. A trois ans, je l’ai présenté lors de l’admission à Rosières-aux-Salines et le cheval a été très impressionné. Sa grande action qui fait partie de ses points forts aujourd’hui l’a desservi là-bas. Il s’est fait refouler et les juges m’ont conseillé de le castrer. Je suis reparti de là avec les larmes aux yeux. En rentrant, j’ai demandé à ma cavalière de l’époque de continuer à le monter pour me le montrer dans quinze jours sur un petit parcours, ce qu’elle a fait. Je voulais être sûr de ne pas me tromper mais directement, il m’a rassuré et conforté dans mon idée. Il s’est par la suite qualifié à quatre, cinq et six ans pour les finales de Fontainebleau mais nous ne lui avons mis aucune pression. C’était un cheval très tardif aussi bien dans son physique que dans son mental et c’était très important de ne pas brûler les étapes. A sept ans, il fut dans les rares sans-faute de la seconde manche du championnat et là, j’ai compris que la machine était en route. Depuis plusieurs années, j’avais l’idée de confier un cheval à Grégory Wathelet et je pensais vraiment que celui-ci pouvait lui convenir. Cocktail a tous les moyens et est très respectueux mais je savais qu’il restait beaucoup de travail à faire. Je pense que le covid nous a bien aidé car cela a permis à Grégory de passer beaucoup de temps dessus et Cocktail est un bon élève qui progresse tout le temps. Cette semaine, lors du Grand Prix, il ne portait même pas de guêtres postérieures. Autant je trouvais que le barrage était à sa portée la semaine dernière, autant il m’a vraiment impressionné cette semaine quand j’ai vu les options qu’ils ont pris alors qu’il faisait partie des plus jeunes chevaux du plateau. » glissera son éleveur très fier.

« Jusqu’à présent, il a très peu sailli. Pourtant aujourd’hui, il fait clairement partie des meilleurs étalons de sa génération. On a beaucoup parlé en France de Candy de Nantuel mais aujourd’hui, il n’a aucun problème à soutenir la comparaison. L’an dernier, il a quand même séduit cinquante juments et il se déclenche véritablement aujourd’hui. Je dois bien avouer que je l’imaginais capable de faire de grosses épreuves mais pas d’être aussi rapide. C’est la première fois que j’ai la chance d’être encore propriétaire d’un cheval qui arrive à ce niveau. Il nous apporte beaucoup de joies mais la route est encore longue. Nous verrons ce que l’avenir nous réserve et nous verrons jusqu’où nous pourrons résister à l’intérêt qu’il peut susciter. » avance enfin Michel Guiot.

De son côté, Grégory Wathelet, toujours très réservé, n’hésite pas à présenter Cocktail comme l’un des plus grands espoirs de son écurie et même comme son futur cheval de championnat ! En un an, l’étalon Selle Français a su s’imposer dans l’écurie du multi-médaillé belge : « Lorsqu’il est arrivé, il y avait beaucoup de travail à faire dessus mais je l’ai de suite apprécié. La qualité était là. Le covid puis la rhinopneumonie ont été une chance d’une part car on a pu travailler plus à la maison et mettre des bases qui étaient nécessaires, mais aussi une malchance car nous avons très peu tourné en un an. Néanmoins, il avait déjà un peu de métier donc ce n’était pas très grave. Ce qui a été important c’est qu’à chacune de ses sorties, il a bien fait les choses. C’est un cheval avec du tempérament comme beaucoup de produits de Baloubet, mais qui n’est pas difficile pour autant. En piste, il fait tout ce qu’on lui demande. Au départ, il sautait d’une manière assez atypique mais j’étais persuadé qu’en lui donnant les bases nécessaires, il allait devenir plus classique et c’est ce qui se passe aujourd’hui. Pourtant, nous sommes loin d’être au bout du chemin. C’est d’ailleurs ce qui me plait car je suis persuadé que la marge de progression est encore très importante. Je pense qu’il a le potentiel pour devenir mon cheval de championnat. Il évolue mais je reste prudent, nous ne sommes quand même qu’à faire des CSI 2*. Mon objectif est maintenant de lui laisser gentiment prendre sa place dans les gros concours en tant que deuxième et même troisième cheval pour faire son expérience sur des épreuves 150-155cm sans pression. Mon objectif serait qu’il fasse ses premiers Grand Prix 5* à la fin de la saison extérieure. L’idée finale risque d’être sa commercialisation mais nous sommes sur la même longueur d’onde avec Michel Guiot. Il est clair que quand on voit qu’il a fait maximum sept concours l’an dernier en faisant toujours bien les choses et qu’ici, il reprend après le break dû à la rhino en remportant deux Grands Prix, cela attire les regards ! Je dois bien avouer que je pensais que ce ne serait pas un cheval très lent, mais je ne m’attendais pas à ce qu’il soit aussi rapide pour autant. C’est quelque chose qu’il doit apprendre, un peu comme ce fut le cas pour Copin van de Broy, même si Cocktail est plus réactif et a montré déjà ce week-end qu’il pouvait gagner une épreuve qui s’est courue très vite. »

Du haut de ses neuf ans, Cocktail de Talma peut aussi s’appuyer sur une famille en or. S’il est issu de la souche du chef de race Cor de la Bryère, il peut aussi s’appuyer sur des collatéraux solides. Sa grand-mère est une sœur utérine de l’ancienne crack du Britannique James Davenport, Florie du Moulin, et l’international Hermes du moulin II. New Eve a elle-même produit plusieurs internationaux mais c’est surtout sa fille Reggae de Talma qui va se révéler comme une poulinière hors-pair.

La fille de Cento donnera naissance à Une de Lothain avec Conterno Grande qui se révèlera comme une très grande gagnante internationale sous la selle d’Harrie Smolders avec notamment une seconde place dans le Grand Prix 5* de New York ainsi que dans celui du 4* d’Amsterdam, une troisième place dans le Grand Prix 4* de Wellington mais aussi une quatrième place dans l’étape de Coupe du monde d’Ocala, sans oublier de nombreuses victoires sur les plus belles pistes de la planète. Ce n’est que le début d’une longue série puisqu’à ce jour ce ne sont pas moins de treize internationaux que l’on peut compter parmi sa production, dont deux étalons approuvés. On notera parmi celle-ci la très plaisante Valkyrie de Talma (Diamant de Sémilly) qui évolue en coupe des nations sous couleurs canadienne. Bon sang ne peut mentir !

AuteurJulien Counet