Bilal Zaryouh, une trajectoire qui force le respect

02 April 2022Auteur : Mélina Massias

Le parcours de Bilal Zaryouh regroupe tous les ingrédients d’une belle histoire. Loin d’être issu du monde des chevaux, le jeune homme a eu la chance de rencontrer Philippe Épaillard, père de Julien, à la faveur d’un geste généreux. Le Français, originaire de Trappes et expatrié en Normandie depuis une dizaine d'années, a su saisir sa chance pour gravir les échelons. Particulièrement apprécié par son entourage, ce garçon travailleur et talentueux a posé ses valises au sein des écuries du meilleur cavalier tricolore, début janvier. Une nouvelle étape dans une carrière qui ne fait que débuter. 

Parfois, il suffit d’une rencontre pour changer le destin d’une vie. Ce fut le cas pour Bilal Zaryouh, fraîchement embauché par Julien Épaillard, meilleur cavalier français au classement mondial Longines et pilote titulaire du plus grand nombre de victoires internationales depuis 2018. Mi-janvier, Bilal, originaire de Trappes, dans les Yvelines, évolue en piste avec quelques cracks bien connus, à l’image d’Usual Suspect d’Auge (SF, Jarnac x Papillon Rouge), vainqueur du Longines Global Champions Tour de Paris en 2017, Quincy Lady (Hann, Quintender x Lordanos), très compétitive jusqu’à 1,45m, ou encore l’expérimenté Safari d’Auge (SF, Diamant de Semilly x Papillon Rouge), classé jusqu’au plus haut niveau. “Il est clair que cela met une certaine pression, mais je suis bien encadré. Julien est là et s’il me confie ces chevaux, c’est qu’il a confiance”, sourit Bilal, qui compte actuellement sur un piquet de six montures. “Pour l’instant, tout se passe bien. Ce sont vraiment de bons chevaux, c’est le top pour progresser, évoluer et apprendre à monter des épreuves plus importantes.” À Oliva, lors du Mediterranean Equestrian Tour (MET), le cavalier de vingt-cinq ans a suivi les traces de son mentor, décrochant sept épreuves, entre 1,35 et 1,45m, de nombreux classements et terminant septième de son dernier Grand Prix 3* !

Avant de poser ses valises chez Julien, Bilal a surtout croisé la route d’un autre Épaillard : Philippe. Père du redoutable Tricolore, ce dernier a tendu la main à Bilal, lui permettant de mettre le pied à l’étrier et de se révéler. “Je ne suis pas du tout issu du monde équestre et je ne montais jamais à cheval lorsque j’étais jeune. J’ai découvert les chevaux à l’âge de neuf ans, lorsque j’ai rencontré Philippe et Claire Épaillard”, retrace Bilal. “Je suis allé en vacances chez eux, avec mon frère, grâce au Secours Populaire. Nous avons ensuite gardé contact puisque nous nous entendions super bien. Lorsque nous retournions là-bas, nous en profitions pour monter à poney.” Et Philippe Épaillard de rebondir : “Je m’étais inscrit au Secours Populaire pour accueillir des jeunes en vacances. J’avais une maison assez grande et mes enfants étaient partis, alors, j’ai décidé d’en faire profiter des gamins d’un niveau social plus bas.” 

Bilal et l'excellent Safari d'Auge. © 1ClicPhoto/Hervé Bonnaud / MET Oliva

Bilal et son frère posent alors leurs valises en Normandie pour passer des vacances, en août 2005. Âgés de huit et neuf ans, les deux enfants découvrent les joies du grand air et des équidés. Rapidement, tous deux tissent des liens avec Philippe, qui leur propose de reconduire l’expérience, sans passer par le Secours Populaire. À chaque trêve scolaire, les deux garçons reviennent donc dans les écuries Épaillard, en accord avec leurs parents. L’été, à Pâques ou Noël, Philippe s’occupe des deux jeunes et les initie à l’équitation. Rapidement, les prédispositions de Bilal lui tapent dans l'œil. “Je trouvais que Bilal avait un bon sens de l'équitation, de l’équilibre, etc. Je l’ai donc poussé à poursuivre dans cette voie-là”, précise le Normand.

Un feeling inné à cheval

Les leçons se poursuivent au fil des années. Alors âgé de quinze ans, Bilal quitte son département natal pour rejoindre la Manche. L’adolescent est accueilli par Philippe Épaillard, qui lui offre la possibilité de poursuivre ses études en alternance dans sa structure et à la Maison Familiale et Rurale (MFR) de Balleroy. Rapidement, le jeune talent en herbe décroche ses diplômes : son brevet, mention Très Bien, son baccalauréat, mention Bien. Bilal se lance ensuite dans un BTS Analyse, conduite et stratégie de l’entreprise agricole (ASCE), qu’il valide également, au sein la MFR de Granville. “J’avais proposé à la mère de Bilal qu’il passe les vacances scolaires chez elle et qu’il reste chez nous le reste de l’année. Il est arrivé à ses quinze ans, lorsqu’il entrait en troisième. Une fois ses diplômes en poche, je l’ai embauché. Je lui ai conseillé de poursuivre ses études en parallèle par sécurité. On ne sait jamais ce qui peut se passer : une chute, un changement de point de vue, un manque d’envie pour monter à cheval, etc. Bilal peut s’appuyer sur son BTS et sur son permis poids lourd. Il a tout pour s’installer s’il le souhaite”, analyse le patriarche de la famille Épaillard. “J’ai appris à monter à cheval chez Philippe”, souligne Bilal, qui ne manque pas de reconnaissance envers son ancien patron. “J’ai évolué, il m’a confié des chevaux, etc. J’ai tout appris là-bas. J’ai travaillé pendant trois années dans ses écuries, de mes vingt-deux à vingt-cinq ans.” 

Bilal il y a quelques années, lors de ses débuts à poney. © Collection privée

Loin des fils et filles de, ou des cavaliers supportés financièrement par leur famille, Bilal a suivi une trajectoire de plus en plus rare dans le monde du saut d’obstacles. Bien sûr, le jeune homme a été soutenu par un professionnel chevronné, mais il doit avant tout sa réussite à son travail et son dévouement pour le sport. “C’est une histoire un peu différente, faite de belles rencontres et d’opportunités. Lorsqu’on nous donne une chance pareille, il faut s’investir. Cela m’a immédiatement passionné et j’ai tout de suite adoré cet univers. Tout s’est fait de fil en aiguille, petit à petit, jusqu’à aujourd’hui. Et je n’ai pas fini d’apprendre ! Je débute tout juste au sein du système de Julien”, prévient-il. Complètement extérieur au monde du cheval - il pratiquait le judo -, Bilal partait “de zéro”. “Il avait un sens du cheval, des abords, de l’équilibre”, souligne Philippe Épaillard, qui ne tarit pas d’éloges au sujet de son protégé. “J’étais là pour l’aider et le faire progresser. Il évoluait déjà à 1,45m chez moi, mais je n’avais que deux chevaux capables de tourner à ce niveau. Mon fonctionnement est totalement différent de celui de Julien. Nous faisions beaucoup de jeunes chevaux et allions surtout en concours autour de Saint-Lô et Deauville.”

“Bilal est assez doué pour accéder au niveau 4 ou 5*”, Philippe Épaillard

Après de très belles années chez Philippe Épaillard, qui met un terme à son activité, une nouvelle aventure s’ouvre pour Bilal, aux côtés de Julien Épaillard. Une expérience que le jeune homme saisit pleinement. “J’apprends tout de Julien. C’est un homme impressionnant : il a une rigueur incroyable, est très minutieux, fait attention au moindre détail. J’adore son système, la façon dont il gère ses écuries et ses chevaux. Il se remet tout le temps en question, essaye toujours d’évoluer, de chercher des nouvelles techniques à tester. C’est très intéressant et nous ne sommes jamais dans une routine”, décrit le cavalier. “J’admire aussi sa façon de monter à cheval, qui diffère de l’équitation d’autres cavaliers. Tout m’intéresse, vraiment : son système, la façon dont il dresse ses chevaux, etc. Julien est un homme de cheval, qui sait écouter ses chevaux. Il laisse la chance à toutes ses montures et prend son temps, même s’il peut donner l’impression d’aller vite.” 

Désormais bien équipé en termes de montures, le pilote se dit ravi de sa tournée espagnole à Oliva, où “tout s’est bien goupillé”. Avec six chevaux sous sa selle, Bilal épaule Julien Épaillard, qui compte quatre cavaliers dans sa structure, dont deux dédiés aux jeunes montures. “Je m’occupe un peu son deuxième piquet car il y a trop de chevaux et il ne peut pas monter tous les chevaux”, précise-t-il. “J’évolue avec eux au niveau 2 et 3* pour l’instant, et peut-être plus à l’avenir. J’ai également quelques chevaux de commerce.” Lancé sur la bonne voie, l’avenir semble radieux pour Bilal. “J’espère qu’il va monter à haut niveau, qu’il va arriver jusqu’en 4 et 5*. Je pense qu’il va y parvenir, car il est assez doué pour cela”, confie sans la moindre hésitation Philippe Épaillard, qui rappelle toutefois l’importance de pouvoir compter sur les montures adéquates. “Il faut qu’il ait les chevaux pour, mais Julien lui a donné les rênes de bonnes montures, capables de gagner à 1,50m.” 

Bilal et Disney d'Auge, lors d'une victoire au MET d'Oliva. © 1ClicPhoto/Hervé Bonnaud / MET Oliva

Questionné sur la personnalité de Bilal, qui se montre plutôt discret au premier abord, Philippe décrit quelqu’un de droit et fiable. “Il est foncièrement gentil. Il a un fond extraordinaire, est courageux et très respectueux. Il ne fait rien de travers, ne ment pas : s’il fait une connerie, il le dit”, résume le Normand. “Il aime beaucoup les chevaux, va toujours dans leur sens et n’est pas brutal. Il s’adapte toujours à ses montures et n’attend pas l’inverse.” Alors, le jeune Français a-t-il un défaut ? “Je ne vois pas de défaut notoire, non. Bilal est quelqu’un de bien, tout simplement”, répond Philippe. “Je suis un grand compétiteur, j’adore la compétition”, ajoute le principal intéressé. “Mais parfois, je peux avoir du mal à garder mon sang froid et à me canaliser.” 

Puisant ses inspirations auprès de la famille Épaillard, mais aussi de nombreux sportifs venus de tous horizons, dont il observe le style de vie et la façon de travailler, Bilal Zaryouh peut aisément nourrir de beaux objectifs pour l’avenir. “Je vais tenter d’être le plus performant possible avec les chevaux d’expérience et d’évoluer dans des épreuves de plus en plus importantes, tout en tentant de développer mon piquet de chevaux de commerce. En somme, je vais essayer d’être bon, ou mieux, d’être meilleur que les autres”, se projette dans un sourire le jeune homme. Rêve-t-il de revêtir la veste bleue de l’équipe de France ? “Un jour, pourquoi pas ! Ce serait avec plaisir”, imagine-t-il. “Je ne dirai pas non si on me le propose.” Wait and see. 

Photo à la Une : Bilal Zaryouh et le jeune Disney d'Auge (SF, Guarana Champeix x Quidam de Revel). © 1ClicPhoto/Hervé Bonnaud / MET Oliva

AuteurMélina Massias