Anthony Bourquard – dans les pas de Steve Guerdat

21 July 2020

Dans cette deuxième partie, Anthony Bourquard se confie sur les chevaux qui ont marqué sa jeune carrière et sur ses débuts aux côtés de Steve Guerdat.

Parlez-nous des chevaux qui ont marqué votre vie…

La première, c’est la jument de mon père, qui s’appelait Lana. C’était une jument de vitesse qui m’a beaucoup appris. Ensuite il y a eu Willora, qui m’a permis de prendre part à mes premiers championnats d’Europe. Je citerais aussi Horizon du Roc, avec lequel j’ai décroché le titre de champion de Suisse juniors. Il avait été monté par Fabio Crotta auparavant, c’était un cheval d’expérience. Après, il y a eu Indiana des Abattes CH, qui m’a tellement donné, qui est vraiment ma jument de cœur. Une jument très spéciale avec laquelle j’ai été champion de Suisse jeunes cavaliers et avec laquelle j’ai participé aux Européens. Il faut reconnaître que ce n’était pas la meilleure jument de sport que j’aie monté et qu’elle était atypique, mais elle donnait tout pour son cavalier. Elle a tout fait pour moi. C’est pas la jument avec laquelle j’ai fait mes meilleurs résultats, mais c’est la jument qui m’a le plus donné, elle était tellement généreuse. Et puis, c’est une belle histoire aussi, car on a acquis la jument avec un ami jurassien, Patrick Vernier, qui me soutient toujours puisqu’il est aussi propriétaire de Janus, que je monte actuellement. Nasa et Concetto Son ont aussi marqué mon histoire, car ce sont les deux premiers cracks que Steve m’a confiés.

Anthony Bourquard et Nasa lors du CHI de Genève 2015

Avez-vous toujours été dépendant du soutien de propriétaires ?

Oui, évidemment, car je ne viens pas d’une famille fortunée. On est des gens de la terre. Je viens d’une famille qui travaille beaucoup, mon père travaille 7 jours sur 7 au manège, on doit faire avec ce qu’on a. C’est aussi comme cela que j’ai appris. Je pense que c’est ainsi qu’on se forge.

Anthony Bourquard et sa fidèle Indiana des Abattes CH

Et Indiana est maintenant à l’élevage…

Elle m’aura permis de faire le lien entre le Jura et Elgg. C’est elle qui m’a accompagné au début de cette aventure chez Steve. Et maintenant elle est à l’élevage de Monfirak, dans le Jura. Leurs installations sont en face du manège de Dehlia et Edwin Smits, à Chevenez. C’est un très bon élevage. Ce sont eux qui gèrent le choix des étalons, moi je n’ai qu’à aller apprécier les résultats et voir ma jument heureuse. Elle vient d’avoir son premier poulain, par Cachacco Blue, un Chacco-Blue que monte Hans-Dieter Dreher et maintenant elle va attendre un produit de Quel Homme de Hus.

Indiana des Abattes CH se consacre désormais à l'élevage

L’élevage, c’est donc un aspect qui vous intéresse ?

Oui, mais je pense qu’il faut être connaisseur, être un homme de cheval, pour être un bon éleveur. Et être conscient que cela prend beaucoup de temps ! Avec Indiana, c’est une histoire de cœur, mais à 24 ans, je ne prétendrais pas avoir un bagage suffisant pour me considérer comme un éleveur. Pour faire de l’élevage correctement, il faut avoir du métier. Je pense que cela viendra plus tard, car c’est un aspect qui m’intéresse beaucoup.

 Anthony Bourquard et Cornet à Elgg

Parlons de votre arrivée à Elgg. Comment en êtes-vous arrivé à travailler pour Steve Guerdat ?

Déjà en 2011, alors que j’avais 15 ans, j’étais allé un mois en stage chez Steve, à Herrliberg. Ensuite, c’était prévu que je finisse mes études et que je parte chez un cavalier. La question ne s’est pas posée longtemps avant de savoir que j’allais partir chez Steve, parce qu’il était content de faire cela pour mon père, qui s’était occupé de lui à ses débuts. Je suis parti pour un mois, qui s’est transformé en six mois de stage, puis en place de travail. C’était en 2015. J’ai passé un an et demi là-bas avant de devoir prendre 6 mois pour effectuer mon service militaire et après je suis venu directement ici à Elgg. Cela fait donc plus de 5 ans que je suis aux côtés de Steve.

Expliquez-nous ce lien si particulier avec Steve…

En fait, c’est une histoire de famille, puisque mon père avait travaillé pour Philippe Guerdat, avant que Steve ne vienne s’entraîner au manège de mon père et qu’ensuite à mon tour je travaille chez lui. Entre les Guerdat et les Bourquard, c’est donc une longue et belle histoire. Je pense qu’on est deux familles de chevaux qui se comprennent bien. Steve est un homme de cheval hors norme et pour le comprendre, je pense qu’il faut soi-même en être un. On s’est tout de suite bien entendus. À titre personnel, j’ai fait d’énormes progrès depuis que je suis chez lui. On peut même dire que j’ai tout appris chez lui. J’avais cette rage de vaincre et le feeling, mais la technique et le professionnalisme, je les dois à Steve. Sans parler de la mentalité, de la manière de voir les choses, d’appréhender les concours : il m’a tout appris. Je lui en serai reconnaissant toute ma vie. J’ai appris la gestion, le professionnalisme, comment gérer les chevaux et comment les amener au top de leur forme le jour J. Évidemment, on ne s’appelle pas tous Steve Guerdat pour le faire, mais on essaie. Sa manière de gérer ses chevaux, mais aussi de s’en occuper au quotidien, ce n’est pas quelque chose qui s’explique, mais c’est en le côtoyant et en l’observant au quotidien qu’on peut l’apprendre. C’est en vivant avec toute l’équipe que tu comprends aussi les sacrifices que le sport de haut niveau nécessite, même, si, évidemment, c’est une passion avant tout !

Un exemple de ce qu’il vous a appris ?

Comme je l’ai dit, au début, je montais beaucoup au feeling. Ici, j’ai appris la rigueur du travail. La rigueur avec le cheval, tout en pensant avant tout à travailler dans le sens du cheval, de travailler avec lui. On n’est jamais contre le cheval, on essaie de le comprendre. J’ai appris à prendre plus de temps avec chaque cheval. Il faut apprendre à le comprendre avant de vouloir rechercher quelque chose. Avant de parler de technique, c’est vraiment comprendre le cheval, ce dont il a besoin.

Anthony Bourquard et Steve Guerdat

Vous profitez désormais quotidiennement de ses conseils…

Oui. Il ne me donne pas vraiment des cours à proprement parler, mais quand il est là, il a toujours un œil sur ce que je fais et me conseille si besoin. J’ai aussi beaucoup appris en le regardant monter. C’est aussi de cela qu’il faut profiter quand on est dans l’écurie d’un tel champion.

Comme vous l’avez souvent dit, vous entretenez plus qu’une relation qui lie un employé à son patron, vous êtes des amis. Cela dit, côtoyer au quotidien un tel champion ne doit pas être non plus évident…

Ok, il a son caractère. C’est aussi ce qui montre pourquoi il a réussi… il est tellement à fond pour son sport. Il vit pour ça. Si un résultat n’est pas bon le dimanche, ça arrive que le lundi matin ce ne soit pas la meilleure ambiance aux écuries, mais dès qu’il est avec son cheval il est heureux !

Et même si pour lui tout ne s’est pas déroulé comme prévu, on imagine qu’il se réjouit pour vous si vous avez fait une belle performance…

Oui, effectivement. Il a toujours tout fait pour que je réussisse. J’ai toujours senti qu’il était derrière moi, et c’est la plus belle chose qui pouvait m’arriver. Si un jour cela ne va pas pour moi, il est là pour me soutenir et trouver une solution. Cela me pousse à donner le meilleur de moi-même, à m’engager au maximum pour le fonctionnement de son écurie. Je pense qu’il me le rend au centuple et je suis très heureux. Quand je suis arrivé à Herrliberg, j’étais très jeune et lui était déjà un cavalier d’exception. Il m’a très vite fait confiance et a fait de moi son cavalier de concours même si je n’avais pas les meilleures connaissances, ni les meilleurs résultats. Il m’a laissé faire des erreurs, il m’a laissé ma chance. Peut-être que des patrons auraient dit « ok, il n’est pas assez bon, on va changer. » Steve, lui, m’a laissé le temps.

Comme il le fait avec les chevaux…

Exactement ! C’est une bonne comparaison. Steve est vraiment une personne avec un grand cœur et il va tout faire pour que les gens auxquels il tient réussissent.

Pour vous, qu’est-ce qui fait que Steve Guerdat est le meilleur dans sa discipline ?

Avant même de parler de sport, Steve vit pour ses chevaux, chaque jour. Et en piste, c’est un cavalier d’exception. On ne peut pas expliquer ce qu’il fait. Et il ne faut pas essayer de comprendre, car c’est un génie ! Il arrive à faire que ses chevaux se transcendent pour lui le jour J. Tu vois au quotidien la relation qu’il tisse avec chaque cheval. Cela prend beaucoup de temps, mais ce n’est jamais du temps perdu.

La suite demain...