Andy Kistler en 10 dates

26 August 2020

Andy Kistler, le sympathique chef de l’équipe de Suisse quittera ses fonctions à la fin du mois d’août, remettant les clés à Michel Sorg. Pour Studforlife, le Suisse revient sur les moments marquants de sa carrière. Entre succès et déceptions, il évoque ses souvenirs, mais aussi sa fin de mandat marquée par la crise du coronavirus.

Avril 2014 – Ses débuts comme chef d’équipe

« J’avais déjà vécu quelques coupes des nations en tant que n°2. C’est en 2014 que je prends officiellement les commandes. Et ça démarre fort : à Lummen, nous gagnons la Coupe. Un moment incroyable ! Mais les cavaliers et Thomas Fuchs ont cru bon de m’avertir : ça n’est pas toujours aussi facile, et ils ne gagnent pas à tous les coups ! Je crois qu’on avait prévu de fêter cette victoire autour d’un bon repas, mais finalement on se contente de trinquer, jusqu’au milieu de la nuit pour certains… Quelques temps plus tard, à la Baule, c’est ma 2e Coupe des Nations, et nous terminons derniers. Autant dire qu’en deux concours, je prends conscience de la manière la plus claire possible de ce que sont les aléas de ce sport.

Au fil du temps, j’impose mon style en douceur, je mets en place des automatismes. Avant une Coupe des Nations, j’écris un sms à tous les cavaliers pour leur rappeler les heures à avoir en tête, le rendez-vous pour la reconnaissance du parcours, l’ordre de départ. Sauf pour Steve ! Comme il déteste les sms, je l’appelle. La veille au soir, j’organise un meeting dans les écuries, au calme et en petit comité : juste les cavaliers et Thomas Fuchs. »

Mai 2015 – Steve Guerdat est disqualifié à la Baule

« Pour Steve, La Baule est l’une des plus belles pistes au monde et il est comblé d’y gagner le Grand Prix avec Nino. D’ailleurs, quand on nous annonce qu’il manque une place sur le vol de retour pour Zurich, il est tellement sur son petit nuage qu’il accepte de bon cœur de rester en France une nuit de plus. Puis c’est la douche froide. Cet épisode de la Baule est bien sûr un moment négatif. Heureusement, Steve peut rapidement prouver qu’il ne s’agit que d’une contamination alimentaire et qu’il n’y est pour rien. »

Août 2015 – Médaille de bronze aux Européens et qualification olympique

« On est à Aix-la-Chapelle, avec toute la pression du monde sur les épaules : c’est les championnats d’Europe, on doit réaliser une performance pour décrocher une place aux Jeux olympiques, et Steve ne peut pas monter. Le départ est catastrophique, nous sommes 13es ou 14es à l’issue de la première manche. Mais Steve fait un job incroyable pour soutenir l’équipe, trouve les mots pour encourager les cavaliers. Le lendemain, ils sortent les sans-faute nécessaires et se qualifient pour la finale. Le matin, je suis à l’écurie et je regarde le flot de visiteurs entrer dans l’enceinte, nerveux à l’idée de l’échéance qui nous attend. Et soudain j’entends : « Papa ! » Ce sont mes deux jumelles, Marianne et Franzi, qui sont là, venues de Suisse pour me faire une surprise. Quelques heures plus tard, on gagne cette médaille de bronze qui a une saveur incomparable : avoir ma famille à mes côtés à ce moment reste un souvenir marquant. Ma famille est essentielle à mes yeux et j’ai la chance d’être un grand-père comblé. Ces émotions, ces souvenirs, c’est pour cela qu’on aime le sport. Non ? C’est cela qui lui donne toute sa saveur, qui fait oublier tout le reste. »

Août 2016 – Rio de Janeiro, barrage des Jeux Olympiques

« Je vois encore cette barre tomber : le n° 1 du barrage de Steve Guerdat et de Nino des Buissonnets. Cet instant fait clairement partie des plus difficiles de ma carrière. C’est un souvenir qui reste ancré. Comme le refus de Clooney avec Martin Fuchs en 2014 avant le dernier obstacle qui devait leur offrir la victoire dans le Grand Prix d’Aix-la-Chapelle. Mais si je suis chef d’équipe, c’est pour soutenir les cavaliers, dans les bons comme dans les moins bons moments. Et de toute manière, depuis le bord de piste, je ne peux pas faire grand-chose ! Cela dit, on m’a fait remarquer que j’avais pris l’habitude de me tenir les pouces pendant le parcours de mes cavaliers… C’est ma modeste contribution ! »

Avril 2015, mars 2016, avril 2019 - Steve Guerdat remporte 3 victoires en finale de Coupe du monde

« Je me souviens du dernier oxer de Steve et Paille à Las Vegas : invraisemblable. Et à Göteborg, tous les cavaliers qui pensent que c’est impossible de signer encore un sans-faute avec ce cheval et Steve qui y parvient. Gagner trois fois la Coupe du monde… il n’y a pas de mot pour expliquer à quel point Steve est un cavalier d’exception. C’est un vrai privilège pour moi d’être présent durant ces moments historiques. »© FEI

Septembre 2018 – Tryon, médaille d’argent et de bronze pour Martin Fuchs et Steve Guerdat lors des mondiaux, 4e place par équipe

« Après les deux premiers jours, on est sûrs de notre coup. On est en tête, on se sent invincibles. Plusieurs collègues chefs d’équipe me disent : « Ça y est, c’est votre jour ! » Et tout d’un coup, tout s’effondre. On termine au pied du podium. Je suis anéanti… Avant que Martin n’entre en piste, alors qu’il sait déjà que tout espoir de médaille est perdu, je lui dis de se concentrer et de se battre pour l’individuel. Et on connaît la suite : deux médailles individuelles, une première dans l’histoire du sport équestre suisse. Entre déception et joie, ces jeux mondiaux me laissent un souvenir unique. Tenez, le trajet de retour a aussi été plutôt comique : j’avais réservé un vol à 18 h 30 le soir après la finale individuelle, parce que je sais que les cavaliers veulent rentrer rapidement à la maison, surtout s’ils sont déçus, et que je n’osais espérer un tel scénario. Médaillés, Martin et Steve sont obligés d’aller faire le contrôle anti-doping. En vue du prélèvement d’urine et pour accélérer les choses histoire de ne pas manquer notre avion, ils descendent tous deux de pleines bouteilles d’eau… Résultat des courses ? On a dû s’arrêter sur la « highway » pour qu’ils se soulagent au bord de la route… deux fois. Mais on a attrapé notre avion ! Tout a été tellement vite que la première fois qu’on peut trinquer, c’est dans l’avion. Il faut voir le tableau : dispersés dans tout l’appareil, on se lève pour sabrer le champagne à distance ! »© FEI-Martin Dokoupil

Août 2019 – Rotterdam, Martin Fuchs et Clooney sont champions d’Europe

« Je suis bien sûr un peu déçu de l’équipe. Même si tu as les deux des meilleurs cavaliers du monde dans ton équipe, cela ne suffit pas pour décrocher une médaille par équipe. Mais c’était incroyable pour Martin. »

Octobre 2019 – Oslo. Bryan Balsiger gagne le GP d’Oslo

« L’une de mes plus grandes fiertés de chef d’équipe est d’avoir donné un coup de pouce à Bryan Balsiger. Un Martin ou un Steve n’ont pas franchement besoin d’aide, alors qu’avec Bryan, j’ai pu m’investir pour l’aider à percer au plus haut niveau. Dans le monde de l’entreprise, que je connais bien, on cherche en permanence à être n°1 du marché. Et pour cela, tu n’as pas le choix : il faut toujours progresser. Un principe qui est aussi essentiel dans le sport équestre. Steve et Martin l’ont bien compris. Si tu restes sur tes acquis, tu vas lentement descendre dans le classement mondial, car tout continue de s’améliorer. D’où l’importance de penser sur le long terme, et de donner sa chance aux plus jeunes. Quand il gagne à Oslo, je ne suis pas sur place mais je saute de joie devant ma télévision. 10 secondes après, j’appelle pour féliciter Bryan et son équipe. Je suis vraiment heureux pour ce cavalier, car il est vraiment doué. »© FEI

Mars 2020 – Suisse, Pandémie de Coronavirus

« Sur le plan sportif, l’impact du Covid sur la saison 2020 est avant tout un crève-cœur pour la finale à Las Vegas : 4 cavaliers suisses – parmi lesquels les numéros 1 et 2 mondiaux – qualifiés pour une finale de Coupe du Monde, c’est quelque chose exceptionnel. Le quatuor aurait été complété par Bryan Balsiger, pour qui cela aurait été une première, et Pius Schwizer, que j’apprécie beaucoup et qui est toujours un super équipier. A titre personnel, cela m’attriste plus de manquer cette finale que les Jeux Olympiques. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être aussi parce que Las Vegas est un endroit particulier, un peu « crazy » ! »

Août 2020 – L’heure du bilan

« À mon sens, la qualité la plus importante chez un chef d’équipe, c’est d’être capable de développer une relation de confiance avec ses cavaliers. Dès le début, j’ai tâché de me rapprocher des cavaliers pour mieux les connaître, ainsi que leur entourage, leurs grooms, leurs propriétaires... L’autre chose primordiale, c’est de savoir s’entourer : je suis parvenu à motiver Thomas Fuchs à faire partie du team. Il a prouvé qu’il était le meilleur entraîneur du monde et maintenant, avec les années, nous sommes devenus des amis. Je tire ma révérence à une période particulière du fait de la situation sanitaire, mais j’ai eu le grand privilège d’avoir été le chef d’une équipe de suisse comprenant les numéros 1 et 2 mondiaux. C’est une vraie fierté. »