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05/06/2018

Patrizio Allori, entre culture et recherche de l'excellence. (1/3)

Pourquoi avez-vous décidé d'en faire votre métier ?

P. A. : « J'ai tout de suite rêvé de vivre avec les chevaux. Mon premier rêve était de travailler les chevaux sauvages. C'était mon premier objectif mais je ne savais pas si je pourrais en vivre. Je rêvais de débourrer des chevaux sauvages et de voir jusqu'où je pouvais aller avec eux. Il y a des gens qui rêvent d'avoir une Ferrari ou un avion privé, moi, je rêvais des chevaux sauvages. Mon père m'a mis à cheval alors que je ne marchais pas encore. C'est lui aussi qui m'a parlé des méthodes d'équitation très spéciales des Cheyennes du sud de l'Amérique même si pour lui, les chevaux étaient une passion et pas un métier. Moi, je ne pensais qu'à ça. Même lorsque j'allais à l'école, je ne pensais qu'aux chevaux. Le nom donné aux Cheyennes du sud était littéralement : « Le peuple de la corde en crins », ce qui vous donne une idée de l'importance de cette relation avec les chevaux. Ils avaient déjà une avance sur les autres indiens quant à la manière psychologique de travailler les chevaux en voulant apporter l'odeur du cheval lors des premiers contacts avec l'homme, pour aider le cheval à s'harmoniser car si ce n'est pas le cas, on va vite au conflit. C'est cette image qui m'a poussé à me diriger vers la réserve indienne vers l'âge de 16 ans. Je ne m'étais jusque-là jamais intéressé à la culture, mon seul but c'était le travail des chevaux sauvages… mais finalement, cela a été une rencontre très intéressante. D'autant qu'après avoir fait l'école en Italie, je n'ai pas peur de dire que la religion catholique m'avait déjà saoulé à un niveau difficile à imaginer. C'est d'ailleurs un chef Cheyenne qui m'a enseigné lorsque j'avais 25-30 ans à quand même respecter Jésus Christ et m'a appris à avoir du respect pour lui à défaut d'en avoir pour l'église. Ils m'avaient tellement dégoûté que je ne voulais plus m'intéresser à la culture religieuse, mais avec les Cheyennes, l'un ne va pas sans l'autre. Si vous n'allez pas aux cérémonies, vous ne pouvez pas vous rendre dans le rond avec un cheval sauvage. C'est la clé et c'est pour ça que j'insiste avec les gens sur le travail sur eux-mêmes. On doit souvent apprendre à respirer et se calmer avant de travailler avec un cheval … mais tout ce travail, les Cheyennes le font lors de la cérémonie. Vous devez d'abord faire un travail sur vous-même et ensuite vous allez travailler les chevaux. Plus vous voulez mettre le niveau d'exigence haut, plus vous devez savoir vous contrôler vous-même pour conserver le cheval en décontraction. C'est cela qui m'a rapproché de la culture indienne. »

En Italie, vous avez de suite été intéressé par la culture indienne ?

P. A. : « Non, pas du tout. J'ai appris à monter dans un manège à côté de la maison. Ma famille n'était pas très riche et n'avait pas les moyens de me payer des leçons d'équitation. J'allais donc vider le fumier des boxes pour avoir la possibilité de monter un cheval de temps en temps dans une leçon … mais finalement, les leçons m'ont moins motivé car je ne trouvais pas ce qui m'intéressait. Je ne retrouvais pas ce dont mon père m'avait parlé. J'avais cette envie d'être avec les chevaux. Comme dans tous les petits centres, il y avait du commerce et l'on voyait des camions débarquer avec 7-8 chevaux dedans dont on ne savait même pas s'ils étaient débourrés. Je me portais systématiquement volontaire pour monter dessus. Il y a des fois où ça allait, d'autres où je me battais pour rester dessus. Mais au fur et à mesure, les gens ont entendu cela et on m'a contacté pour que je vienne débourrer ou monter des chevaux. J'ai commencé à me faire mon premier argent de poche comme ça. J'ai ensuite pu me rendre pour la première fois en Amérique, j'ai pu recevoir des informations et voir leur manière de pratiquer. Grâce à cela, j'ai pu apporter la monte western en Italie. A cette époque, lorsque je mettais une selle western sur un cheval, tout le monde me regardait car personne ne connaissait. Ce n'est pas comme aujourd'hui où l'Italie est l'une des meilleures nations européennes au niveau de l'équitation western. »

Vous avez néanmoins continué à aller à l'école ?

P. A. : « Oui, j'ai continué à aller à l'école jusqu'à mes 20 ans. J'ai fait des études en chimie et j'ai ensuite débuté dans un laboratoire et j'ai remporté un concours qui me permettait d'aller travailler ailleurs… mais mes activités équestres avaient pris un peu d'ampleur. J'avais participé à certaines compétitions et j'avais remporté beaucoup de coupes au Gymkhana, une discipline qui se rapproche de la monte de travail d'aujourd'hui. Je commençais à avoir beaucoup de clients à dresser, cela me faisait un bon argent de poche, cela devenait plus intéressant. Je travaillais à moitié au laboratoire et à moitié dans les chevaux. Si je partais vivre en ville, je devais quitter toute mon organisation avec les chevaux. Je devais choisir et quand j'ai été parler avec le professeur, il m'a fait peur quand il m'a demandé pourquoi je venais lui parler en ajoutant « Vous vous rendez compte, vous avez gagné le concours, vous allez avoir un poste sûr pour les quarante prochaines années de votre vie. » Ca, ça a été le coup final. Je lui ai répondu qu'il pouvait donner ma place au suivant sur la liste, je renonçais à ce travail. En plus, je venais de recevoir une proposition pour travailler dans un élevage de chevaux croisés arabe et Haflinger pour la monte de travail. Mes techniques de monte américaine correspondaient bien à cette discipline mais je ne suis resté que deux ans comme employé là-bas. Ils m'ont donné la possibilité d'aller aux Etats-Unis durant l'été mais je n'avais pas trop la possibilité d'emmener les chevaux au concours. Nous avons ensuite continué à travailler ensemble mais j'étais en tant qu'indépendant ce qui me permettait de prendre également des chevaux de l'extérieur. J'étais curieux de voir l'évolution de différents chevaux.

Je suis ensuite arrivé à la monte western traditionnelle, le reining que j'ai pratiqué durant plusieurs années. Néanmoins, je me suis heurté à une culture différente avec pas mal de problème éthique où beaucoup avait tendance à demander les choses de manière dure avec leurs chevaux pour obtenir les choses. Cela me bouleversait et cela m'a poussé à réfléchir à comment me comporter avec les poulains de deux ans et demi. Je me suis demandé si c'était ça la vie que je voulais. Était-ce comme cela que je voulais voir ma vie dans les chevaux ? La compétition, le prestige, les satisfactions d'un concours, était-ce vraiment ce que je voulais ou l'idée de faire de mon mieux pour le cheval ? Johnny Russells jr m'a une nouvelle fois conseillé en me faisant me poser les bonnes questions sur ce que je devais être ainsi que sur les chevaux. Cela m'a poussé à me comporter plus en « homme de cheval » comme l'on dit. Vers 30-35 ans, j'ai commencé à me concentrer sur le dressage classique en rencontrant notamment Nuno Oliveira. Même si ce n'était pas mon équitation, cela m'a fasciné avec tout ce raffinement, toute cette douceur, toute cette technique finalisant la décontraction avec le cheval … pour moi, cela fait partie de ma culture même s'il monte des lusitaniens et qu'il ne sait pas ce que c'est les indiens dans les plaines, nous parlons le même langage. La culture est différente mais c'est la même finalité. J'étais très intéressé dans l'activité du reining au sein d'un rond d'Havrincourt mais ça me gênait à cause de pressions trop fortes. Je cherchais des réponses que je ne trouvais pas dans la monte western. J'avais quand même de très bons professeurs assez raffinés même si avec mon expérience d'aujourd'hui, je changerais certaines choses car on m'enseignait les hyper-flexions qu'on ne jugeait pas à l'époque comme nocives mais qui ne sont quand même pas très catholiques vis-à-vis des vertèbres des chevaux... même si on le fait en douceur. »


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