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Yannick Jorand poursuit son ascension en toute discrétion

17 Septembre 2019

Il est l’un des cavaliers suisses à suivre de près : Yannick Jorand se révèle depuis deux ans au niveau international. Le Genevois de 28 ans, qui mène de front sa carrière sportive et son activité professionnelle au sein d’une fiduciaire, a notamment pris une magnifique 2place lors du CSIO de Rome en mai derrière Kent Farrington, et faisait partie de l’équipe de Suisse victorieuse à Rabat en 2018. Avec son complice Cipetto, Yannick Jorand fait sa place au sein de l’équipe de Suisse. Rencontre avec cet amateur éclairé et son staff composé de sa sœur Mélodie et de leur groom, Jean-Gabriel Bouvard, dans les écuries qu’il loue en France voisine. 


Yannick, comment avez-vous débuté l’équitation ? 

J’ai commencé grâce à ma sœur, Mélodie. C’est elle qui m’a mis le pied à l’étrier. Elle a 12 ans de plus que moi. L’équitation a toujours été sa passion. Mes parents lui ont acheté un cheval et c’est comme cela que l’aventure a débuté. Souhaitant s’impliquer plus encore dans ce sport, ma sœur est partie à Toulouse faire son monitorat. En parallèle, avec ma mère, on s’y est mis tranquillement, en allant par exemple faire quelques semaines d’équitation à Pompadour. Ensuite, ma mère a acheté un cheval et je le montais avec elle. Lorsque ma sœur est rentrée avec son cheval, on se partageait ces deux montures et c’est vraiment devenu une activité familiale. Ma sœur me donnait des cours puis on a vendu les chevaux pour en racheter d’autres et les choses se sont faites petit à petit. J’ai débuté les concours à 14 ans. Nous avons très longtemps eu nos chevaux à Corsinge, chez Marie-Claire Veuillet.

Parlez-nous des chevaux qui ont jalonné votre parcours…

Il y a eu Et Caetera CH, avec laquelle j’ai fait mes premiers concours. Ensuite, nous avons fait la rencontre d’Ona Lesch et de Jan Chrzanowski, par qui nous avons eu Espoir de Londe, avec laquelle j’ai fait mes premières épreuves junior. Ils avaient aussi Kiss Me VII CH, que nous avons acheté pour ma sœur. Ils savaient que c’était un bon cheval, mais ne s’attendaient pas à ce qu’il aille si loin. Pour ma sœur qui voulait monter des 110 cm, cela devait très bien convenir. Avec le temps, elle s’est rendu compte qu’il avait beaucoup de qualité et comme elle ne voulait pas aller plus haut, elle m’a proposé de le monter. C’est avec lui que j’ai pris part au Championnat d’Europe Jeunes Cavaliers en 2011 à Comporta, au Portugal.

Comment s’est déroulé ce championnat ? 

Cela a été une belle expérience, les places étaient chères dans l’équipe… Il y avait notamment un certain Martin Fuchs avec nous. Par contre, cela s’est mal terminé pour moi, car Kiss s’est blessé au tendon et cela reste un souvenir difficile. 

Avec qui vous entraîniez-vous à cette époque ? 

Avec Jürg Notz. J’allais chez lui deux fois par semaine, durant les week-ends et toutes mes vacances. Entre le cycle et le collège, j’ai pris une année sabbatique où je suis resté chez lui durant un an et où je dormais dans le camion.

Quelles sont les personnes qui ont le plus compté dans votre carrière ? 

Il y a ma sœur, évidemment. Comme elle est plus axée sur le dressage, elle a toujours travaillé les chevaux sur le plat et elle continue toujours aujourd’hui à m’aider. D’ailleurs, c’est elle qui gère mon écurie, des commandes de foin ou d’aliments à la préparation des trajets, en passant par la conduite du camion et le fait qu’elle joue les grooms lors de mes concours. Elle est aussi toujours là quand je travaille pour m’aider et me conseiller. C’est essentiel à mes yeux d’avoir un regard extérieur quand tu montes. Parmi mes entraîneurs, j’ai pu profiter des conseils de Karen Stevenson, de Martial Perrin, de Jürg Notz et depuis une dizaine d’années, je travaille avec Niall Talbot. Niall m’a vraiment appris la gagne, que je n’avais pas trop à l’époque. Je voulais que mes parcours soient propres, que ce soit beau et fluide, mais je n’allais jamais assez vite pour gagner. Niall m’a appris à être efficace tout en visant la victoire. Je vais toujours chez lui, même si durant la saison de concours je fais un peu moins d’entraînements. Il me suit aussi régulièrement en concours. Je m’entraîne également avec Christian Sottas, notamment durant l’hiver. Il vient faire des stages ici, où il me fait travailler sur de petits enchaînements. Christian est très axé sur le galop, ce qui est un de mes points faibles, car quand j’ai un doute, j’ai plutôt tendance à faire marche arrière ! J’ai aussi eu la chance d’aller faire quelques stages chez Steve Guerdat. C’était très enrichissant de voir les exercices qu’il pratique et de découvrir sa philosophie. 

On l’a aussi parfois vu vous coacher…

Oui, je lui ai demandé de m’entraîner à Rome, à St-Gall et à Lausanne. J’ai pu marcher les parcours avec lui, il m’a mis les barres au paddock. Quand il est derrière toi et qu’il te dit que ça va aller, tu y crois. Ce n’est plus possible d’avoir un doute. Au barrage de la grosse épreuve du samedi à Rome, après mon sans-faute dans le parcours initial, il m’a dit : « Tu passes ici, tu fais comme ci et comme ça… » Alors quand Steve Guerdat te parle ainsi, tu prends confiance, tu y vas, tu fais ce qu’il te dit… et ça marche. J’ai fini 2ede la 150-155 derrière Kent Farrington sur Gazelle, et devant du beau monde !

Yannick Jorand et Cipetto à Rabat en 2018, où ils remportaient la Coupe des Nations avec l'équipe de Suisse

Niall Talbot vous suit désormais régulièrement en concours. Pourquoi est-ce nécessaire d’avoir un coach ? 

Cela me permet de me concentrer sur ce que j’ai à faire. Après la reconnaissance, je me mets à cheval tandis qu’il va contrôler le temps accordé et voir si nos choix de foulées sont bons ou s’il faut changer quelque chose à nos plans. Mais il ne peut évidemment pas m’accompagner partout. Au Maroc, l’an passé, j’ai profité des conseils de Daniel Etter, qui était là pour Pauline Zoller et c’était aussi très enrichissant. 

Vous définissez-vous comme un cavalier fort mentalement, ou vous arrive-t-il de douter ? 

Il y a toute une époque, lorsque j’étais en Junior, où je n’arrivais plus à faire un seul barrage correctement, je faisais tout dans la démesure. Du coup, j’ai été voir un coach mental et j’ai appris à être plus serein. Aujourd’hui encore, dans des grosses épreuves, j’ai parfois de la peine à me dire que j’ai vraiment ma place. Je doute un peu, mais j’arrive à me rappeler des réussites qui m’ont amené jusque là et je me dis que si je suis là, ce n’est pas par hasard. J’ai donc besoin d’entraîneurs qui me soutiennent. Steve m’a donné beaucoup de confiance. 

On sent que vous admirez beaucoup Steve Guerdat…

On ne peut qu’admirer un tel cavalier. Il est très compétitif dans les moments importants et il gère de manière remarquable la carrière de ses chevaux. Sans parler du nombre de sans-faute qu’il aligne… C’est incroyable. Il est toujours froid dans la tête. 

La suite demain