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Kent Farrington et sa Gazelle, victorieux à Aix !

22 Juillet 2019

Aix-la-Chapelle, un mythe qui fait toujours autant rêver. Un Grand Prix éprouvant avec ses 1.000.000 d’euros de dotation, ses 40.000 spectateurs pour entrer dans la légende … et pourtant ! Et pourtant, tout le monde n’était pas au départ de ce Grand Prix, parmi l’équipe suédoise victorieuse jeudi, seul Peder Fredericson avait décidé de s’aligner et avec une monture différente. Alors que dans certaines équipes, certains cavaliers ont refusé d’aligner leurs meilleurs chevaux dans la coupe pour privilégier le Grand Prix, les suédois ont fait l’inverse. Henrik von Eckermann, vainqueur à ’s-Hertogenbosh, était pourtant en course pour décrocher le bonus du Rolex Grand Slam et une cavalière comme Angelie von Essen qui fait son retour à ce niveau aurait sans aucun doute préféré y participer… mais l’agenda est désormais tellement chargé que même un événement majeur comme Aix-la-Chapelle ne parvient plus à réunir tous les meilleurs.

« C’est une décision très difficile à prendre parce qu’évidemment, on rêve tous de monter ce Grand Prix mais la semaine prochaine, je fais partie de l’équipe pour Hickstead alors il faut savoir être raisonnable. Notre chef d’équipe ne nous a rien imposé… mais je pense qu’il était satisfait de notre décision. Pour ma part, mon cheval est encore vert à ce niveau… et moi aussi alors je pense que c’est le risque de lui faire faire plusieurs tours difficiles qui ne seront pas nécessairement récompensés. » nous glissera très gentiment l’amazone suédoise.

Mais ils seront néanmoins 40 à avoir le droit de fouler la pelouse d’Aix devant un stade sold-out depuis plusieurs semaines ! Plus aucune place, même debout, n’était en vente pour ce dimanche sur le concours !

Les Allemands auront eu quelques vapeurs et mangeront un peu moins de chocolat ces prochaines semaines après avoir vu trois de leurs cavaliers fauter sur le vertical Lindt, ultime obstacle du parcours.

Grosse déception également pour le numéro un mondial, Steve Guerdat qui avait managé sa crack Bianca depuis des mois en vue de ce Grand Prix, l’un des seuls rendez-vous qui lui résiste, en l’emmenant notamment à Calgary pour préparer l’évènement mais malheureusement une faute en début de tour viendra ruiner leurs chances et un sans-faute en seconde manche n’y fera rien à part les installer à la 10è place finale qui obligera le Suisse à patienter un an de plus.

Finalement, ils n’auront été que 9 à réaliser le parcours sans-faute alors que l’allemand Sven Schlusselburg aura fêté comme une victoire son parcours pénalisé de deux points de temps avec Bud Spencer (Artiest de Wynckel) d’autant qu’il rééditera son exploit lors du second tour avec un sans-faute qui le conduira vers la 8è place finale !

En effet, devant, deux cavaliers flancheront lors du second tour : Martin Fuchs, qui avait privilégié le Grand Prix à la coupe des nations perdra toutes ses chances avec deux fautes.

Après un premier tour somptueux, Kevin Staut terminera la seconde manche avec trois fautes mais la prestation d’ Urhelia Lutterbach (Helios de la Cour II) aura été tellement impressionnante que l’on en viendrait presqu’à se demander pour quel cheval le français va opter aux championnats d’Europe alors qu’on le pensait presqu’à pied, il y a deux mois à peine. « C’est certain qu’avoir reçu cette jument qui a une telle envergure, cela permet de souffler. On peut attaquer tout de suite des grosses épreuves car c’est une jument qui avait déjà de l’expérience même si ce n’était pas à un tel niveau. J’ai la chance d’avoir eu en même temps Viking de la Rousserie qui a repris la compétition ainsi que For Joy van’t Zorgvliet qui, après deux concours un peu coquins, a bien repris. Tout cela m’a permis d’amener Calevo qui reste aujourd’hui le cheval le plus au point pour le moment. Je ne dis pas qu’il est prêt pour aller gagner des Grand Prix mais par contre, pour un championnat ou des coupes des nations avec des efforts répétés, le cheval est classique et consistant. Urhelia est fantastique… mais c’est très tôt. Il faut y réfléchir et il est certain que la question se pose car elle a enchaîné les bons résultats depuis Monaco. Ici, le résultat de la seconde manche s’explique, je fais fauter sur le un, du coup, j’accélère le rythme, elle est arrivée désunies devant le triple… je ne peux pas lui en tenir rigueur. Quand on voit la facilité avec laquelle elle a fait la première manche qui est le deuxième Grand Prix qu’elle fait sans faute une semaine après Chantilly. Avec les chevaux, c’est impossible de dire si ça va aller ou non en changeant de cavalier, même si elle avait déjà fait des Grand Prix avec Grégory Cottard, mais elle a des qualités que j’aime beaucoup. Elle est un peu raide, très puissante, c’est une jument qui va au feu, qui a une très bonne tête… ça fait déjà pas mal de qualités pour faire du haut niveau. »

Les sept autres concurrents ont réalisé le sans-faute et vont donc en découdre lors d’un barrage très rarement aussi disputé !

Jérôme Guery est le premier à s’élancer avec Quel Homme de Hus (Quidam de Revel). Le couple a bouclé deux manches somptueuses et en confiance, ils attaquent dès le début. Le Brabançon donne tout mais sur l’avant-dernier obstacle, l’étalon glisse et l’oblige à faire une volte… dommage. Enorme déception … qui ne fera que grandir car derrière, les mésaventures se succèdent !

Darragh Kenny faute en début de barrage avec Babalou 41 (Balou du Rouet) alors que Mclain Ward sur HH Azur du Garden (Thunder vd Zuuthoeve) et Ben Maher sur Explosion fauteront sur l’avant-dernier obstacle. Le Britannique maintiendra la pression pour signer un bon chronomètre.

C’est finalement l’américain Kent Farrington qui est le premier à signer le sans-faute avec sa très bonne Gazelle Ter Elzen (Kashmir van’t Schuttershof). Il n’a pas traîné en chemin et met le temps de référence à 43’’98.

Il reste deux candidats, deux allemands pour venir le chercher, et pas n’importe lesquels. La championne du monde, Simone Blum est la première d’entre eux mais la palanque placée en fin de barrage chute. DSP Alice (Askary) ne réalisera pas le rêve de sa cavalière cette année.


Daniel Deusser est donc le dernier à pouvoir empêcher l’américain de s’emparer du graal. Le cavalier Stephex attaque dès le départ et Tobago Z (Tangelo vd Zuuthoeve) répond aux sollicitations de son cavalier. C’est une lutte entre deux petits chevaux aux grandes capacités pour l’une des plus belles victoires sur un énorme terrain. Double D réalise également le triple sans-faute il y a 37 centièmes de plus.

« Décidément, cette semaine, il devait y avoir un problème avec le temps ! » s’amusera Daniel Deusser faisant également référence à son point de temps dépassé de jeudi qui avait conduit l’Allemagne à la seconde place également. « Sincèrement, je suis très content de la performance de mon cheval. Gagner Aix la Chapelle est évidemment un objectif et cela fait deux fois que je suis second (en 2015 avec Cornet d’Amour), je suis très heureux avec cette place. Je ne sais pas quelle taille il fait mais c’est certain qu’il n’est pas grand. J’ai parfois l’impression de monter un poney mais en piste, il a un cœur énorme et il donne toujours son maximum. » réagira l’Allemand


Après avoir manqué la victoire en 2014, Kent Farrington tient enfin sa revanche : « En 2014, j’avais tout donné mais nous avions avec Voyeur commis une faute qui nous avait privés de la victoire. Je ne voulais plus être le plus rapide des 4 points ! Ici, j’ai voulu mettre la pression sur les suivants en me disant que ça suffirait peut-être et ça a marché. Gazelle est une jument très respectueuse qui donne beaucoup d’elle-même à chaque parcours. Du coup, je l’ai emmenée à la tournée de Calgary mais je ne lui ai fait sauter que des épreuves d’1m20 à 1m30 pour qu’elle prenne vraiment du moral, que ce soit vraiment facile pour elle… et cette semaine, elle a montré que c’était une bonne chose. Il est certain que quand je me suis cassé la jambe alors que j’étais numéro un mondial, c’était juste un accident comme cela peut arriver car notre sport reste dangereux… mais cela a mis beaucoup de temps. Cela a été un très long chemin qui représente de très nombreuses heures de travail pour revenir à ce niveau. Je pense vraiment qu’aujourd’hui, même s’il y en a déjà eu beaucoup, c’est la plus belle victoire de ma carrière. Gagner ici ce Grand Prix mythique dans ce stade, devant autant de monde, c’est juste magique. » réagira Kent Farrington.

Mais hier, il n’y avait pas que le cavalier de Gazelle qui était heureux. Stephan Conter pouvait triompher d’un magnifique doublé, lui qui avait vendu Gazelle à 7 ans à ses propriétaires actuels, monsieur et madame Parsky. « Nous avons acquis Gazelle à Stephan Conter juste après la finale des championnats du monde de 7 ans à Lanaken. C’était une finale de grande qualité où étaient présents des chevaux comme Clooney, Chaqui Z, Bacardi, Going Global ou encore All In.  Aujourd’hui, c’est évidemment un sentiment incroyable. Mon cœur s’est emballé quand j’ai réalisé qu’elle avait gagné ! Cette jument est vraiment fantastique. Je suis toujours présente quand elle saute, nous la suivons partout. Nous avons notre rituel, je vais la trouver au boxe… C’est mieux pour elle et pour Kent que je sois là. Nous avons également acquis un de ses petits-fils mais c’est tellement difficile de trouver sa relève. C’est mon travail aujourd’hui de trouver la prochaine Gazelle mais elle est tellement particulière que je mets la barre très haut et du coup, c’est encore plus difficile mais aujourd’hui, nous sommes avant tout vraiment heureux et nous allons profiter de ces beaux moments. », nous expliquera madame Parsky.