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Giulia Martinengo Marquet sait révéler les talents de demain

16 Août 2019

On connaît évidemment Elzas, 2edu Grand Prix de Lausanne et si souvent performant depuis le début de saison, mais qui sont les autres chevaux de votre écurie ? 

Il y a Casper VD Rode Poelhoeve (Casall), 8 ans, que nous avons acheté à Steve Guerdat. Nous en possédions d’abord la moitié avant de l’acheter à 100% au début de ses 6 ans. Steve était d’ailleurs ravi lorsqu’il l’a revu à Falsterbo sortir sans-faute d’une 150 ! Ensuite, il y a les chevaux que possède Scuderia 1918, notamment Princy. Agée de 10 ans, elle n’a jamais connu d’autre cavalier que moi : à 4 ans, elle a fait son premier concours avec moi. J’y crois beaucoup, elle a bien commencé à Oliva, avant qu’on ne lui découvre un virus. Parfaitement remise, elle a déjà repris les concours.. Il y a aussi Daytona della Caccia (Diamant), Hornesch et Hopkins, qui viennent d’être achetés par Scuderia 1918. Daytona a toujours bien tourné : cette année, elle a gagné à Rome le dimanche la finale pour les jeunes. Hornesch (Inshallah de Muze), un 7 ans que l’on a acheté à Arezzo, était monté par Joe Clee. Je l’ai amené à St-Gall, c’est un cheval très complet. Il a un bon caractère, il a des moyens et il est respectueux. Ensuite, parmi les plus jeunes, il y a Douce Emeraude d’Or (Univers d’Or) et Key Grey (Vigo). On peut aussi parler de Courage des Fegie (Cornet Obolensky), la jument que nous possédons avec Michel Robert. Je l’adore. A un certain moment, tandis que je n’avais pas vraiment de premier cheval, elle a fait le job même si elle n’avait pas tous les moyens. Elle a fait le Grand Prix à Rome puis à Mannheim. Je l’ai ensuite redescendue sur de plus petites épreuves. Elle est un peu mon passe-partout. Elle peut faire la grosse le premier jour ou une épreuve de vitesse, elle est un peu spéciale, sans doute parce que c’est une Cornet Obolensky, mais elle a un cœur énorme. Elle m’aide beaucoup avec les autres chevaux. Elle est très importante pour l’écurie.

Casper VD Rode Poelhoeve (Casall), 8 ans, ici aux Longines Masters de Lausanne

Quelle vision du sport avez-vous, et notamment sur le nouveau format des JO à trois l’an prochain ? 

C’est difficile de se prononcer sur une chose qui ne s’est pas encore passée. On verra. Mais sur le principe, je ne suis pas fan. Une bonne partie du suspense de notre sport provient justement du score que l’on peut barrer. Et rendre accessibles les Jeux à de trop nombreuses nations, parfois avec des cavaliers qui risquent de s’écraser dans les obstacles,  à quoi cela sert-il ? Le haut niveau, c’est surtout en Europe que cela se passe, et les Jeux devraient donc être ouverts à plus de pays européens. Mais ce ne sont que des aprioris.

L'écharpe reçue après la 2e place lors du Grand Prix des Longines Masters de Lausanne en juin dernier

Et pour votre sport en général ? 

Je pense que c’est comme lorsque tu joues à un jeu : tu dois prendre les règles qui sont en vigueur et tu sais que c’est comme cela que tout fonctionne. Notre sport peut être difficile. A ce titre, Steve Guerdat est mon idole : il a démontré qu’il pouvait être n°1 mondial en choisissant soigneusement les concours auxquels il participe et en mettant en pratique un management respectueux de ses chevaux. Nous le voyons régulièrement en 2* en Italie, où il prépare la relève. Pour moi, c’est vraiment un modèle, il amène ses chevaux patiemment tout en haut.

Et qu’en est-il du durcissement des réglementations en matière de dopage ou de traces de sang ? 

Je trouve cela délicat. Les extrêmes me font peur. Par exemple, dans un barrage, sur un saut ou dans la dernière ligne droite, si vous bougez un peu trop la jambe en stimulant votre cheval, malheureusement vous pouvez le marquer. Est-ce juste d’être éliminé à cause d’un barrage un peu trop enthousiaste ? 

Que pensez-vous de l’adaptation des règles sur les guêtres postérieures ? 

 C’est facile pour moi de me prononcer là-dessus car je ne les utilise pas tellement! En plus, si un cheval saute trop fort derrière, tu dois être d’autant plus fort pour gérer les antérieurs, et ce n’est pas mon truc. On verra l’an prochain. Par contre, je trouve normal et essentiel que la Fédération soit intransigeante avec les jeunes cavaliers et les jeunes chevaux.


Quels sont vos plans pour cette saison ? 

Il y a les Championnats d’Europe à Rotterdam. C’est toujours agréable d’arriver à un championnat dans un bon état de forme. Evidemment, l’explosion d’Elzas a été rapide avec Rome (5edans le GP), St-Gall (triple sans-faute dans la Coupe), Lausanne (2edu GP) et Falsterbo (1+5 dans la Coupe). Les choses s’enchaînent plutôt vite, mais je suis fière et contente. C’est important pour un team. Pour être honnête, les Européens arrivent un peu tôt, mais c’est cette année et pas l’année prochaine, alors on va se battre.

Hornesch (Inshallah de Muze), 7 ans

L’Italie doit aussi encore obtenir sa qualification pour les JO de Tokyo, cela ajoute de la pression…

Oui, mais il ne faut pas oublier qu’il y aura encore une chance à Barcelone. Je crois que c’est là que nous aurons nos meilleures chances. On a des cavaliers brillants en Italie.

Vous avez un bon esprit d’équipe ? 

Très fort, même avec les cavaliers qui sont à l’étranger, comme Lorenzo de Luca, Alberto Zorzi et Emanuele Gaudiano. C’est typiquement latin, on se bat ensemble, on se serre les coudes, c’est dans nos gènes. On a un fort esprit d’équipe. 

Giulia avec son mari Stefano et leur fille Bianca

Et quelle vision portez-vous sur le statut de la femme à haut niveau ? 

C’est un sport vraiment démocratique. C’est le seul sport où l’on concourt ensemble. Mais c’est vrai que pour une femme, qui veut aussi avoir une famille, la différence réside dans le staff qui t’entoure. Si je n’avais pas toute l’organisation pour Bianca, ou encore Stefano qui me soutient à 100%, ce ne serait pas possible. Stefano ne m’est pas seulement indispensable du point de vue sentimental, mais aussi pour toutes les choses quotidiennes de ma vie professionnelle, c’est grâce à lui que je peux gérer le côté sportif et familial.

Bianca avec son poney Paddy

 Votre fille monte aussi à cheval… la relève est assurée ?

Ne parlons pas trop vite ! Je sais ce que cela signifie de vouloir monter à cheval, donc je veux qu’elle soit sûre que c’est ce qu’elle veut. Si elle tient à monter, évidemment, nous la soutiendrons. Quand elle a envie de faire un tour sur son poney, on lui prépare son Paddy, mais si elle ne veut pas, il n’y a aucun problème. Il y a beaucoup d’enfants qui pensent qu’ils doivent monter par obligation, je ne veux pas de ça pour Bianca. Je n’ai aucune attente envers elle. Ma seule priorité, c’est qu’elle se sente bien dans l’écurie, qu’elle n’ait pas peur des chevaux. En concours, elle est très indépendante, pas toujours collée à moi. Si je prends l’exemple de ma famille, nous sommes trois enfants dont deux sont cavaliers, alors que mon autre frère est avocat. On verra ce que l’avenir nous réserve !