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Giulia Martinengo Marquet sait révéler les talents de demain

12 Août 2019

Elle est l’une des meilleures cavalières italiennes et du monde. A l’ombre des oliviers qui parsèment son domaine de Burago di Muscoline, à deux pas du Lac de Garde, Giulia Martinengo Marquet se confie à Studforlife. La sportive raconte son parcours, sa vision du sport, son élevage et ses secrets pour dénicher des cracks. Sans oublier sa relation avec son époux Stefano Cesaretto. Cavalier de haut niveau dans les années 1990, il s’est mis en retrait pour jouer désormais les hommes de l’ombre dans ce duo harmonieux dont la méthode a permis de faire éclore au plus haut niveau bon nombre de chevaux de talent, à l’instar de la Chiara de Ludger Beerbaum.

Rayonnante et enthousiaste, Giulia Martinengo Marquet brille régulièrement dans les rangs de l’équipe italienne. A 40 ans, après deux championnats d’Europe, à Madrid avec Chiclana et à Mannheim avec Athletica, elle sera à nouveau de la partie à Rotterdam en compagnie d’Elzas (Diamant de Semilly). 

 

Daytona de la Caccia, une 6 ans par Diamant de Sémilly et Caretino, qui était bien classée à Rome dans les Youngster. 

Comment avez-vous débuté l’équitation ? 

Je suis née dans une famille de cavaliers. Ma mère était une cavalière de saut passionnée, tandis que mon père, militaire, montait en concours à un bon niveau. Pour son travail, nous habitions à Palmanova, près d’Udine, dans l’Est de l’Italie. Nous avions une écurie à la maison, donc j’ai vraiment grandi parmi les chevaux. J’ai toujours été passionnée par les chevaux, c’était la seule chose qui m’intéressait. Lorsque mes parents ont divorcé, on s’est rapprochés de Venise avec ma maman. Nous n’avions plus de chevaux à la maison, mais l’écurie était très proche. J’ai commencé à monter à poney puis, dès que j’ai été assez grande, je suis très vite passée aux chevaux. Je récupérais les chevaux de mes frères. J’ai deux grands frères, notamment Riccardo Martinengo Marquet, qui est aussi cavalier professionnel. Il a 7 ans de plus que moi, donc c’était logique que lorsqu’il terminait avec un cheval je le récupérais. Ma mère m’a toujours soutenue, m’a accompagné partout, mais elle ne voulait pas me forcer. Elle voulait que je prenne de l’expérience, sans brûler les étapes. J’ai eu une formation avec un instructeur très classique. J’ai monté beaucoup de chevaux différents, sans avoir la pression des championnats. Peut-être que sur le moment je voyais avec envie la carrière des autres décoller, mais avec le recul, je pense qu’il s’agissait d’une bonne manière de faire. Je n’ai jamais fait de championnats d’Europe juniors, mais deux avec les jeunes cavaliers. Aux Européens, j’ai monté une jument de 8 ans seulement, qui a ensuite été vendue à Michel Robert puis à Marta Ortega. 

L'entrée de la maison de Giulia et Stefano

Vous faisiez des études en parallèle de votre carrière sportive ? 

Oui, ma mère était intransigeante : pas question de suivre une école spéciale ou de bénéficier d’un allègement scolaire. Elle m’a toujours dit : « Je vais tout faire pour toi, mais j’attends que tu réussisses tes études. » Après le lycée, j’ai étudié l’Art à l’université de Venise. C’est là que j’ai dit à ma mère que j’étais sûre que l’équitation deviendrait ma vie et mon métier. Elle ne s’y est jamais opposée, pour autant que je parvienne à être indépendante financièrement. C’est à ce moment que Stefano est arrivé dans ma vie. Tout a été beaucoup plus facile. Je n’ai pas eu besoin de partir à l’étranger ou de monter pour un marchand. J’ai directement monté pour mon mari, dès la fin des jeunes cavaliers. Nous avons commencé avec des jeunes chevaux que nous avons vendu pour construire nos installations. 

Giulia Martinengo Marquet profite de monter à cheval le matin et notamment sur cette belle piste en herbe, entourée d'oliviers. 

Votre mari monte-t-il toujours ? 

Oui, il monte encore à la maison, mais plus en concours. Au moment où l’on s’est rencontrés, il y a 20 ans, il avait déjà performé à haut niveau, il a participé aux Championnats du Monde de Stockholm en 1990 et aux Européens de Rotterdam en 1991. A ce moment-là, il avait aussi beaucoup de clients et il a décidé de mettre sa carrière de côté pour m’aider. 

L'armée est un soutien important dans la carrière de Giulia. 

Depuis combien de temps montez-vous pour l’armée italienne ? 

Depuis 2005. L’Irlande et l’Italie ont toujours été attachées à leur tradition militaire. En Italie, l’armée soutient beaucoup les sportifs, dans de nombreuses disciplines. En 2005, j’étais la première femme à entrer sur la Piazza di Siena en uniforme. C’était un sentiment particulier. C’est vraiment formidable de pouvoir profiter de cette aide. L’armée n’est pas propriétaire de mes chevaux, mais me soutient étroitement. 

Quels sont les moment-clés de votre carrière ?

L’an passé, j’aurais sûrement répondu le double sans-faute aux Européens de Mannheim de 2007 avec Athletica. C’était la première fois que je sautais à ce niveau. L’Italie n’était pas en première ligue, donc je n’étais pas habituée à participer à une épreuve aussi relevée. Se retrouver aux Européens, en plus avec une jument de 9 ans, et signer deux tours sans-faute, dont un sous une pluie battante, c’était incroyable. Tout le monde parlait d’Athletica, qui a été une vraie guerrière. Cela reste un moment très fort émotionnellement. J’ai aussi gagné deux fois les championnats d’Italie, en 2015 avec Istafan Sissi et en 2018 avec Verdine (Verdi). Après ce titre avec Verdine, le chef d’équipe m’a emmenée à Rome pour la coupe des Nations où nous avons gagné. Et le fait de s’imposer à Rome, c’est un truc de fou. Un rêve. Tu as l’impression de gagner pour tout le monde. Je suis vraiment une cavalière d’équipe. J’adore monter les Coupes des Nations. A ce moment, l’Italie ne pouvait pas compter sur ses piliers, donc gagner avec notre équipe, c’était vraiment quelque chose !

Qui sont les chevaux qui ont marqué votre vie ? 

Je peux dire que Athletica et Verdine ont changé ma vie, mais on est toujours arrivé à faire quelque chose avec nos chevaux. Ma carrière n’est pas liée à un seul cheval. On essaie néanmoins toujours d’en avoir un pour le haut niveau. L’an passé c’était Verdine, cette saison, c’est Elzas. Et il faut penser à la suite.


Vous travaillez au quotidien avec votre mari, mais y a-t-il d’autres personnes qui vous suivent ? 

Oui, nous avons toujours tenu à collaborer avec d’autres entraîneurs. C’est important d’avoir un regard extérieur, cela vous apporte de l’expérience. C’est très enrichissant. Nous avons travaillé avec Hans Horn, Henk Nooren et trois ans avec Michel Robert. Depuis une année, c’est Jos Kumps qui me suit. Cavalier de Baloubet quand il était jeune et sauvage, il a monté les chevaux d’Athina Onassis et Doda, entraîne Jos Verlooy ou encore Gudrun Patteet. Il travaille dans l’ombre. Il est vraiment fort. Il vient toutes les 6 semaines et reste deux jours. On monte tous les chevaux avec lui, que ce soit Elzas ou les jeunes. Mes années avec Michel Robert ont été une fabuleuse expérience, bien que cela ait été difficile au début : sa méthode était très différente de ce que je connaissais, tandis que Michel était exigeant d’un point de vue mental. Il voulait que j’oublie tout ce que je savais. Lui, il savait où il voulait m’emmener, mais moi non. Je me suis dit « Merde, je n’y arriverai jamais ! » La remise en question a été si rude que j’en ai pleuré. A la fin de la première leçon, même le passage de quatre barres au sol au pas et avec les rênes longues me semblait hors de portée. C’était difficile, mais j’ai voulu m’accrocher et au final cela a donné quelque chose de vraiment fort. Il ne vient plus nous faire travailler ici, mais lorsque je le croise en concours, j’aime toujours lui demander conseil. Ce partage avec lui était vraiment formidable. Nous avons d’ailleurs toujours une jument en commun, Courage.

 La suite demain...