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Cesare Galli, la science au service de l'élevage. (3/3)

13 February 2019

Lorsque vous voyez le développement de cette technique de l’ICSI ces cinq dernières années, est-ce que vous pensez que l’insémination et l’élevage traditionnel a encore un avenir ou cette technologie va prendre le dessus ? 

C. G. : « Je ne pense pas qu’il y a une technologie pour chaque chose. Faire du transfert d’embryons coûte cher, si le poulain vaut moins que le coût, ça n’a pas de sens. Il faut au moins compter 5 à 6.000 euros pour faire un poulain par ICSI. Je pense aussi que comme dans tout marché, vous avez une courbe ascendante puis le marché se stabilise. Je pense que nous ne sommes pas encore au pic mais je pense que certaines personnes font de l’ICSI parce que c’est à la mode, pas parce qu’ils calculent un certain profit. A la fin, seuls des gens comme Luc Henry ou Jos Lansink qui font cela de manière professionnelle avec des juments vraiment intéressantes et qui ont un retour vont continuer. Les privés qui font cela en pensant qu’ils ont la meilleure jument arrêteront lorsqu’ils se rendront compte qu’ils n’ont pas de retour sur leur investissement. »

On voit aujourd’hui très régulièrement les mêmes courants de sang qui reviennent, cela ne vous fait pas peur que l’on réduise le nombre de lignées utilisées ?

C. G. : « C’est une possibilité. Cela a aussi été un problème dans les vaches où l’on s’est retrouvé avec trois, quatre taureaux qui se retrouvaient dans toutes les origines. Cela crée un problème d’inbreeding et cela a besoin d’être contrôlé. »

photo : Casa Deus Hero Z (Casall & Quasibelle du Seigneur) a été conçu par ICSI

Pour vous, en tant que scientifique, vous pensez que c’est un vrai problème ou pas ?

C. G. : « Je dirais que ce n’est pas mon problème ! C’est le problème des gens qui font de l’inbreeding. Ils doivent être prudents. Ici, j’ai des clients qui ont une fille de Chacco Blue et ils veulent un embryon avec Chacco Blue, vous cherchez les problèmes quand vous faites cela. Avec les chevaux arabes, ils pratiquent beaucoup de la sorte car ils veulent un cheval aussi pur que possible… mais vous ramenez des problèmes de caractère et des dysfonctionnements génétiques. La population arabe humaine connait aussi le même problème à cause des mariages arrangés. Le problème du clonage est identique. Vous n’allez pas cloner tous les chevaux, il faut que les animaux clonés aient un intérêt génétique. Personnellement, je ne pense pas que l’ICSI, de la manière dont elle est pratiquée aujourd’hui dans les chevaux, fasse véritablement évoluer la race car on utilise souvent de vieux étalons avec de vieilles juments, ce qui est contraire au progrès génétique… mais je mets en place ce que l’on me demande. »

Pourquoi est-ce que le clonage n’a pas eu un grand engouement d’après vous ?

C. G. : « A cause de l’argent premièrement car le clonage coûte très cher. Ensuite à cause des différentes règlementations, le clonage a soulevé beaucoup d’oppositions. Dans les vaches, nous avons arrêté de le pratiquer. La coopérative pour laquelle nous travaillions était intéressée… mais il n’y avait pas de débouché pour leur utilisation. Nous avions des clones de taureaux… mais nous ne pouvions pas les utiliser car il y avait une directive européenne sur le sujet. Il y a vraiment toute une propagande autour de l’interdiction et le parlement européen a voté une motion pour l’interdiction du clonage d’animaux vivants. Ce n’était pas un règlement, juste une motion mais la commission européenne ne l’a jamais prise en considération car aux USA, ils utilisent les clones et la progéniture des clones. Cela aurait créé des problèmes donc ils ont préféré ne pas prendre position plutôt que de risquer des tensions avec les Américains. Pour les chevaux, c’est différent car ils peuvent être enregistrés comme animaux non consommables. Cela donne plus de libertés car la peur est que l’on puisse les manger. J’en ai mangé au Japon… et c’est très bon ! Chaque scientifique peut prouver que la viande n’est pas différente d’un autre animal, c’est juste psychologique. Il n’y a absolument aucun risque. Maintenant, la Fédération Equestre Internationale a néanmoins décidé que les clones ne pourraient pas participer aux Jeux Olympiques. Cela freine évidemment les gens qui voudraient investir, d’autant qu’en Europe, les gens ont moins d’argent à dépenser qu’aux USA. » 


D’ici une dizaine d’années, vous serez probablement la personne qui aura le plus influencé l’élevage de chevaux de sport et d’obstacle en particulier, qu’est-ce que cela vous inspire ? 

C. G. : « Je suis fier et heureux de cela. En 2008, nous avons reçu un prix pour la fécondation en reproduction, après, j’ai cloné un cheval, j’ai eu ma reconnaissance auprès des scientifiques alors je serais heureux de l’avoir auprès des éleveurs. Je suis heureux de contribuer et que cela soit apprécié. Au départ, le clonage n’était pas apprécié et j’ai fait un jour de prison pour cela. Nous avions exposé un taureau cloné dans une foire agricole. Il venait d’y avoir un changement de gouvernement en Italie et le lendemain, notre laboratoire était encerclé par les Carabinieri et j’ai été emmené… parce que j’avais cloné un taureau. » 


Qu’est-ce que vous espérez pour le futur ? 

C. G. : « J’ai encore beaucoup de projets et de nombreux challenges qui nous attendent. Pour les chevaux, nous voulons améliorer nos infrastructures dans les deux années à venir. Nous avons également le projet de pouvoir nous améliorer au niveau du sexage des embryons et obtenir des taux de réussite encore plus important. Peut-être pourrons-nous également développer des tests génétiques pour vérifier s’ils sont porteurs de maladies mais je ne vois pas de grands changements. Pour moi, le challenge se porte vraiment sur les porcs génétiquement modifiés. Nous avons un important travail à faire dans ce domaine. Nous voulons faire une porcherie spécialisée dans les cinq prochaines années car cela coûte beaucoup d’argent, sauf si nous vendons notre société française, nous pourrions réinvestir l’argent ici pour faire de meilleurs porcs pour la recherche. »