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Cesare Galli, la science au service de l'élevage.

11 February 2019

Ces dernières années, l’ICSI a pris de plus en plus de place dans le monde de l’élevage. Des étalons que l’on pensait perdus à jamais tels que Cumano, Kashmir van’t Schuttershof ou encore Conrad de Hus ont recommencé à avoir des produits, alors que d’autres, dont le stock de paillettes devient très limité comme Chacco Blue, Heartbreaker ou Baloubet du Rouet ont donné de multiples embryons et souvent avec des juments assez exceptionnelles telles que Valentina van’t Heike, Quasibelle du Seigneur, Oh d’Eole et bien d’autres. Des embryons assez exceptionnels qui ont fait la joie des ventes aux enchères. Derrière ces embryons, un homme : Cesare Galli (en photo avec la crack Bella Donna) ! Installé à Cremona, à une heure de Milan, ce vétérinaire a l'essence d'un scientifique qui rêve avant tout de faire évoluer la science à laquelle il a dédié sa vie. L’argent qu’il gagne est aussi tôt dépensé dans ses recherches auxquelles il voue, avec son épouse, une véritable passion.

Qu’est-ce que l’ICSI ? La Fécondation in Vitro avec ICSI est une technique de PMA qui permet d'inséminer un ovule en y introduisant un seul spermatozoïde par le biais de la micro-injection. Une fois fécondé, l'ovule se transforme en pré-embryon et celui-ci est transféré dans l'utérus afin qu'il y poursuive son développement. Aujourd’hui, la récolte des ovocytes peut se faire dans différents centres en Europe avant d'être envoyés en Italie chez Avantea pour y être fécondés. La plupart des embryons ainsi fabriqués sont ensuite congelés une fois arrivés à maturation, pouvant être ainsi renvoyés à l’endroit désiré et réimplantés au moment voulu. Une véritable révolution, reste à savoir si c’est une véritable évolution !

Quels ont été vos premiers contacts dans les chevaux ?

Cesare Galli : « Mes premiers contacts avec les chevaux remontent en 1987 lorsque j’étais à l’université de Cambridge et que je travaillais sur les moutons et l’embryologie. Juste à côté de nous, il y avait le département de fertilité équine. Nous travaillions sur les vaches et les moutons et ils voulaient faire la même chose sur les chevaux. Nous avons donc commencé en 1987 à maturer les embryons de juments. J’étais donc déjà vétérinaire, j’effectuais mes recherches pour mon professorat à Cambridge. J’ai fait mon doctorat à Milan avant de partir en Angleterre où je suis resté 5 ans … mais les chevaux restaient marginaux, nos recherches étaient concentrées sur les moutons et les vaches, sur les embryons et le clonage. »

Vous, lorsque vous avez fait vos études, vous saviez que c’était plus la recherche qui vous intéressait ?

C. G. : « Oui, je me suis toujours senti l’âme d’un chercheur. Mon travail est avant tout dans un laboratoire. J’aime faire de la recherche puis de les traduire en applications pratiques. Je me considère avant tout comme un chercheur plus qu’un vétérinaire à temps complet. J’ai grandi dans une ferme avec des vaches et la pratique du transfert d’embryons était déjà répandue. L’idée était d’améliorer la qualité de la génétique. C’est la raison qui m’a poussé à partir à Cambridge où nous produisions des embryons dans les laboratoires. »

photo : paillettes d'embryons prêts à congeler ! 

Quand avez-vous décidé de rentrer en Italie ?

C. G. : « Nous sommes rentrés, avec mon épouse Giovanna Lazzari, en 1991. La recherche a été freinée à Cambridge par Mme Tatcher qui a décidé faire fermer plusieurs unités de recherche et dans le même temps, nous avons reçu une offre pour venir nous installer ici à Cremona pour continuer à nous occuper des vaches. Jusqu’en 2008, nous avons travaillé pour cette coopérative bovine. Néanmoins lorsque la maladie de la vache folle a frappé l’Angleterre et l’Europe, le marché bovin s’est effondré et la coopérative a eu peur de continuer ses investissements. Nous avons donc élargi notre secteur d’activité avec les porcs et nous sommes retournés vers les chevaux. Heureusement pour nous, nous avons fait ce choix avec les chevaux. Nous avions travaillé sur le sujet à Cambridge et nous savions ce qu’il y avait à faire et ce qui pouvait être fait. Au départ, nous avions travaillé essentiellement sur le clonage. Nous clonions des vaches et nous avons pensé que nous pourrions cloner des chevaux. C’était un travail purement scientifique. Lorsque la procréation assistée s’est développée chez l’homme, nous avons aussi tenté de développer cette technique et nous nous sommes rendus compte que cela pouvait être possible. Nous avons donc débuté doucement. La première année, nous avons dû faire entre 10 et 20 récoltes d’ovocytes. Mais l’activité bovine continuait de décliner et la coopérative a décidé en 2008 de stopper ses activités car ils ne voulaient plus investir dans de la recherche puis les chevaux et les porcs ne faisaient pas partie de leur secteur d’activités. C’est à ce moment-là que nous avons créé Avantea avec mon épouse. Nous avons racheté l’endroit et réemployé tous les travailleurs. Cela ne fait donc que dix ans qu’Avantea existe… mais les gens qui nous accompagnent travaillent avec nous depuis bien plus longtemps. »

C’était un gros challenge pour vous ?

C. G. : « Oui ! C’était aussi un énorme challenge pour nos propres vies familiales car Avantea est une société qui a été créée par ma femme et moi-même ! Au début, nous avons eu énormément de travail et je remercie nos enfants de nous avoir suivi dans notre travail biologique. Nous étions des scientifiques mais quand vous faites une société, vous devez faire d’autres choses. Vous devez vous occuper du personnel, payer les factures, vérifier que les clients nous paient… Il y avait beaucoup de facettes dont nous ne nous occupions pas lorsque nous travaillions pour la coopérative. Cela a été difficile, non pas techniquement mais juste de faire du travail que nous n’avions pas l’habitude de faire. Mon épouse a continué à faire plus de recherches que moi. Avec les vaches, je m’organisais avec les éleveurs directement mais avec les chevaux, ils ont plus besoin de personnes polies ou en tous cas qui les écoutent… alors, elle est meilleure que moi pour s’organiser avec les gens. »

Vous êtes avant tout un chercheur mais avec les chevaux, il y a une grande part de business qui intervient, c’est une chose qui vous intéressait aussi ?

C. G. : « Non, pas du tout. Évidemment, lorsque vous êtes patron et que vous employez 15 personnes, vous devez sécuriser votre société pour être sûr de payer tout le monde d’autant plus que la plupart des gens sont ici avec nous depuis le début, donc plus de 25 ans. »

photo : Arielle (Accord II) qui a permis à William Whitaker de remporter son premier Grand Prix coupe du monde à Malines. 

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